CHAPITRE XXVIII
Dl£ LA SALAMANDRE.
La Salamandre ne fait seulement mourir les personnes par le venin de sa morsure, comme les autres serpens venimeux : mais aussi infecte de sa baue les fruicts et les herbes par où elle passe, et d'une certaine humeur espaisse qui lui sort de tout le corps, comme vne sueur, au grand danger de ceux qui mangent desdites herbes, comme on a veu par expérience en plusieurs qui en sont morts. Parquoy ne faut trouuer eslrange si aucuns modernes ont dit, qu'aucunes maisons esloienl entièrement peries pour auoir beu de l'eau des puys, dedans lesquels vne salamandre estoit par fortune tombée sans y penser : car si elle grimp ' sur vn arbre, elle infecte tout le fruict,ct fait mourir tous ceux qui en mangent, de la qualité froide et humide de son venin , n'estant eu rien diCferenle de l'aconit.
Aëce dit que ceux qui auront auallé du venin de la salamandre, il sort
1 Celle singulière façon d'exprimer le doulc ne se lisait pas en 1579 ; clic n'a clé ajoutée ici qu'en lôS."),
3l8 LE VINGT -THQFSriîME LIVHE ,
(le leurs corps tacbes |jlapches , puis noires , lesquelles se pourrjssans, font tomber le poil de tout Ip corps
On remédie à leur venin par yomissemens el dysteres, en donnant aussi du tberiaque et mellu idal. Auicenne ordonne mesmes remèdes qu'on donne contre l'opion , parce qu'ils sont tous deux de nature froide: el pour l'alexitcre propre à (.el venin , c'est la térébenthine, le stprax, la graine d'ortie, et les fueilles de cyprès.
Dioscoride dit la salamandre est vue espèce de lezart de diuerses couleurs : et est folie de dire qu'elle ne se brusle point au feu. Pline dit qu'elle est si froide, qu'elle esteint le feu au toucber seulement, comme la glace 2 : ce qu'elle fait mise sur les cbarbons , comme on feroit vue carbonnade qu'on y voudroit rostir.
Toulesfois Mattluole dit, qu'estant ieltéeau milieu d'vne grande flamme, subit est consommée. C'est, dit-il, grande folie vouloir croire que le feu ne la peut consommer, et qu'elle en vit comme le caméléon de l'air.
La salamandre est noire , semée de grandes taches iaunes, en figure d'cstoiles. Elle a vue vertu chaude, corrosiue, et vlceratiue : on en vse aux medicamens, comme des cantbarides , à faire vessies, pour nettoyer et consommer les matières conioinles en quelque partie extérieure du corps aux lépreux.
dormis. Elle vit aux riuagcs fangeux, de chair des autres poissons, quelle prend par finesse : car estant cachée dans le limon , elle rend les poissons qui s'approchent d'elle tellement endormis, osl ourdis et immobiles, qu'elle les prend , et en ioiiit à son plaisir. Non seulement a cesto vertu contre les poissons, mais aussi contre les hommes : car si vn homme luy touche auçc vue verge, elle luy endormira le bras : aussi fait-elle aux pescheurs qui l'ont prise pn leurs rets.
Ce que tosmoigne Pline liure xxxij.
chap. j Ce qui est confirmé par le docte seigneur du Barlas au cinquième liure de la Sppmaine, par ces vers » :
La Torpille, qui soait qu'elle porte en son flanc Vn liyuer insensible , vn pestiféré sang, Vn inconnu paiiot, yne )ipleinc crqelle. Qui roidit tous les corps ()ni s'puoisjnent d'elle : Verse traistrcusemcnt sur les proches |)oissons le ne scay quels venins, ie ne sray quels glaçons, Dpnt l'estrange vertu s'espandant par les ondes N'^rreste seulement jeuis froHpes vagabondes, Ajns mesnie endort leurs sens : puis se paist de
leurs corps.
Dont les membres gelés sont et morts , et non > morts.