‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 211 sur 515 · CHAPITRE Xr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xr

DE LA PICOVEVRE d'vnE VIVE.

La viue a eu ce nom à cause de sa grande viuacité, car estant tirée de la mer , demeure long temps en vie :

ses aiguillons sont vénéneux, [rincipaiemonl ceux qui sont au bout de ses ouyes. Pour ceste cause les cuisiniers leur coupent la leste deuant que les seruir à table. A Rouen les poissonniers ne les osent vendre , que premièrement ne leur ayent coupé la teste.

Ceux qui en sont piqués sentent

' Premier liiire des animmx. — A. P.

2 1,c chapitre ne s'arrêtait point là dans les snciennes éditions ; mais l'uulcnr y avart réuni deux paragraphes concernant la vive et sa piqûre, qu'il m'a paru plus logique de reporter en téte du chapitre suivant.

grande douleur à la partie , auec inflammallon d'icelle, fiéiire , def;iiliatice (le cœur, gangrené el morliOcalion. et par conséquent la mort, si promplement on n'y remédie

Puis n'agueres, la femme de monsieur Fromaget, greffier aux requestes du palais , fut piquée d'vne viue au doigt médius : et peu de temps après il s'enfla bien fort, auec grande rougeur et peu de douleur. Elle voyant que la tumeur s'augmentoit iusqu'à la main , craignoit qu'il ne luy suruinl vu tel accident qui de n'agueres pour vn cas semblable esloit aduenu à vue sienne voisine, vefue de feu monsieur Bargelonne, lieutenant particulier au Chastelet de Paris , pour auoir esté ainsi piquée : dont luy estoit suruenu (pour sa négligence) vne gangrené et mortification totale du bras, et en fin mourut misérablement.

Or estant arriué vers madame Fromaget et ayant entendu la cause de son mal , promptement ie luy appliquay sur le doigt , et semblablement sur la main , vn cataplasme fait tl'vn gros oignon cuit sous la braise, et du leuain auec vn peu de Iheriaque. Et le lendemain malin ieluy fls tremper toute sa main en de l'eau assez chaude, à fin d'attirer le venin au dehors :

1 Ce sont làles deux paragraphes que l'auteur avait laissés dans le précédent chapitre, el qui sont de (579. Ce qui suit, au contraire,est de 1575; c'éta't le 24'' et dernier chapitre, qui alors débutait de la manière suivante :

« le ne veux encores laisser à réciter ceste histoire d'vne piqueiire de viue, qui est vn poisson qui nous est fort en vsage : el de sa piqueure sourdent de pernicieux acddens , voirc la mort, qui n'y donne ordre de bonne heure. »

Après quoi l'auteur passait au récit des deux histoires suivantes, dont la date peut être ainsi ossez bien assignée.

et après ieluy fis plusieurs scariticalions superflciellcs auloiir du doigt:

puis luy appliqua)' des sangsues sur Icsdiles scarifications, lesquelles tirèrent suffisamment de sang : et après i'appliquay du tlieriaque dissout en eau de vie : et le lendemain Irouuay son doigt et sa main presque toute desenflce , et sans nulle douleur:

et quelques leurs après lut entièrement guarie.

Autant en auois-ie fait n'agueres au cuisinier de monsieur de Soussy, tresoi ier de TEspargne , lequel se piqua semblablemenl d'vne viue, dont loul le brasesloit enflé et enflammé jusqu'à l'espaule , et en brefs iours fut pareillement guari.

Ces histoires seruiront aux ieunes chirurgiens, quand ils se trouueront à l'endroil de pareilles piqueures'.

Dioscoride esciil que pour remédier à la piqueure, faut appliquer la viue fendue par la moitié, ou de l'aluyue, ou de la sauge, ou du soulphre incorporé auee du vinaigre.

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