‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 219 sur 515 · DESCRIPTION DE LA PESTE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DE LA PESTE

Peste est vne maladie venant de l'ire de Dieu , furieuse, tempestaliue, hastiue, monstrueuse, espouuen table, contagieuse, terrible, appelée de Galien beste sauuage, farouche, et fort cruelle, ennemie mortelle de la vie des hommes, et de plusieurs besles,

1 Ce livre de la Peste avait paru en 1568 réuni à quelques chapitres sur la petite vérole , la rougeole et la lèpre, sous le titre de Traicié de lu pesie, etc. Il se composait alors de 60 chapiires, plus le chap. 55, placé après l'histoire de la petite vérole et intitulé : Des incommodilez de la pesie, en total 51 chapitres. En 1575, il fut séparé du livre de la petite véroUe, et réduit à 50 chapitres, (bien que la table en indique par erreur 51) par la suppression du chap. 34 : Du charbon non pestiféré. En 1579,11 regagna 51 chapitres par la division en deux du 50= j en 1585, il arriva au chiffre de 52 par l'adjonction du 30'^, intitulé: Accidens de peste; et enfin j'ai cru devoir rétablir le chapitre supprimé, ce qui donne pour, cette édition 73 chapitres.

J'ai ajouté en outre un chapitre complémentaire tout spécial, pour un arlicle retranché dès 1579, et qui n'avait pas reparu depuis. Je veux parler du fameux passage sur l'antimoine, qui appartenait, dans les éditions de 1568 et 1575, au chap. 27 : Des medicamens purgatifs.

plantes , et arbres^. Les anciens l'ont appelée Epidémie, quand la corruption venoit de l'air qui promptement fait mourir plusieurs en vn instant, et en mesme région : aussi ont -ils appelé Endémie vne maladie qui est propre et familière en certain pays, comme les escrouëlles en Espagne, le gouëU on en Sauoye, la lèpre en Guyenne vers Bordeaux, qu'on appelle Gabetz, et en la basse Bretagne

2 Celte définition, un peu trop poétique, est de 1585 , de même que tout le reste de ce chapitre jusqu'à la phrase finale. Dans les éditions précédentes, le titre du chapitre était le même, mais le texte différait complètement; c'est pourquoi il est essentiel de le reproduire :

«Peste est vne maladie furieuse, qui court généralement sur tous les hommes, ou sur autres bestes, contagieuse, cruelle et pernicieuse, accompagnée de grands accidcns, (qui viennent quant et elle en vn mesme temps) comme fleure continue, bubons, charbons, pourpre, nausée, vomissements, et autres. Or elle nuit par sa qualité vénéneuse, de laquelle la force surpasse la condition de pourriture et corruption ordinaire, et non pas à cause de quelque qualité élémentaire, comme par trop excessiue chaleur, froidure, seicheresse et humidité, ou de toute sa nature: car si elle estoit telle, elle tueroit toute personne indifféremment, combien que ne ie vueille pas nier qu'elle ne soit plus griefue en certains corps, temps, saisons et pays, comme sont aussi toutes au-

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Cacots, et sont nommés Ladres Mançs :

et ainsi d'autres maladies qui régnent és autres prouiuces. Or la peste est souuent accompagnée de tres-cruels et pernicieux accidens, qui sourdent iournellement auec elle : comme fiéure, bubons, charbons, pourpre,llux de ventre, délire, frénésie, et douleur mordicatiue d'estomach , palpitation de cœur, pesanteur et lassitude de tous les membres , sommeil profond ,

très maladies, ainsi que dit Hippocrates au troisième liure des Apliorismes ( Aphor. 3). Or tel venin est du tout contraire, principalement à l'esprit vital , contenu au cœur : et si l'esprit est plus fort que le venin pestiféré, il le chasse loing du cœur : au con- Iraire, si le venin est plus fort que les forces de l'esprit vital et qu'il ne puisse résister à son enneray, il s'enfuit arrière de luy , et demeure vaincu. Et aussi s'il s'espand en la masse sanguinaire où sont contenues les humeurs, il les infecte par sa qualité vénéneuse, et engendre fleures pestilentielles simples, ou compliquées auec bubons et charbons, et quelquefois aussi plusieurs éruptions et ebullitions de sang, et taches noires parmy le corps , lesquelles sont trou uees aucunes fois de diuerses couleurs, que 1 on nomme communément le pourpre , et le tout prouient par la vertu expultrice irritée (forte ou débile), et aussi se font diuerses altérations selon la diucrsilé des tempéraments et corruption de l'humeur où telle venenosité est fondée.

« Voila ce qu'il me semble de la description de ceste peste , etc.

Ceci est le texte pur de 1568; en 1575, après ces mots : au troisième liure des Aphorismes, l'auteur ajoutait :

« ... mais décela peut on seulement conclure, que l'effort et furie de la peste peut estre augmentée ou hcbetee, par le moyen ou association d'vne des quatre qualitez : et non pas que son essence gise et dépende entièrement de l'vne ou plusieurs d'icelles. »

Il y a aussi plus bas quelques mots ajoutés, mais qui n'altèrent en rien le sens. L'édition de 1579 avait suivi celle de 1675.

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