LIVRE, DE LA PESTE
et les sens tous hébétés. Aucuns ont vne chaleur interne bruslante , et sont froids au dehors, auec inquiétude, difficulté de respirer, vomissemens frequens, flux de ventre, flux de sang par le nez et par autres parties du corps, appétit perdu, grande altération, la langue seiche , noire et aride, regard haue et hideux , la face palle et plombine , et queiquesfois rouge et enflambée, tremblement vniuersel, crachement de sang, puanteur des excremens , et plusieurs autres, qui se font selon la pourriture et altération de l'air pestiféré, et de la cacochymie de ceux qui en sont frappés. Neantmoins tous ces accidens ne se trouuent pas tousiours à vne fois, ny en toutes personnes, mais en aucunes s'en apperçoiuent plusieurs, aux autres peu : voire à grand' peine voit-on deux malades infectés de ceste peste les auoir semblables, mais diuers les vns des autres, selon les effects qu'elle produit Ce qui prouient pour la diuersité du venin , de la cacochymie et complexion des malades, des années et saisons, et des parties qu'elle aura saisies : aussi qu'elle n'est pas lousioursd'vnemesme sorte , mais diuerse l'vne de l'autre : qui a esté cause que l'on lui a donné diuers noms, à sçauoir fiéure peslilente, caquesangue, coqueluche^ suelte, trousse - galant , bosse , charbon , pourpre , et autres , que déduirons cy après. Or l'essence de ce venin pestiféré est inconneu et inexplicable, dont nous pouuons dire la peste estre vn quatrième genre de maladie. Car si elle estoit vne intemperature simple , elle serait chaude ou froide , ou humide ou seiche, ou composée d'icelles : et lors auec medicamens coutrarians par leur seule qualité chaude, froide, seiche, humide, ou mixtion-
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nées ensemble , scroit guarie. Si c'estoit incomnioderalion , c'est à dire mauuaise composition , elle seroit en indeuë conformation ou figure , ou en nombre, ou en magnitude, ou en situation. Si c'estoit aussi solution de continuité , ce seroit érosion , contusion, incision, perforation, morsure, piqueure et niption, toutes lesquelles choses seroient guaries par les remèdes escrits des anciens : mais elle vient non seulement d'vne simple corruption, mais aussi d'vne contagion d'air pestiféré indicible et inconneuë, qui imprime sur vn corps ja préparé le caractère de son venin. Or me dira quelqu'vn : comment sera-il possible àvn Chirurgien pouuoir guarir cesle contagion par vraye méthode, attendu que sa cause ne peut estre conneuëPA quoy faut respondre, qu'il faut suiure le mouuement de Nature :
car ayant en horreur la qualité veni meuse qui premièrement saisit le cœur, tasche et s'efforce de chasser et pousser dehors les matières que le venin a corrompu, lesquelles entretiennent le mal , et dont s'engendrent fiéures pestilentielles, carboncles, bubons, pourpre, et autres accidens, au grand soulagement des parties nobles : tellement que si le tout (ou la plus grande partie) peut estre iiinsi poussée dehors sans rentrer au dedans, le patient peut eschapper du danger. Parquoy le Médecin et Chirurgien, qui sont ministres et coadiuteurs de Nature, n'ont autre chose à faire que poursuiure tels mouuemens : comme en prouoquant les sueurs et vomissemens dés le commencement , et par choses qui fortifient le cœur, vsant de tous remèdes esprouués contre la putréfaction et venenosité. En somme, il faut munir le cœur par antidotes, et attirer au
RIÉME LIVUR,
dehors la malierc conioinlc, et pournoir aux accidens, diuer.siliant les remèdes selon la nature d'iceux.
Voila ce qu'il me semble de la description de la Pesie, laquelle n'est jamais vniui'rselle, ny d'vne mesme sorte, comme nous auons dit cy dessus.