DE LA. PESTE
faire du pain d'auoine, féues, pois, de lentilles, vesse, de glands, racine de feugere, et dent de cliieu : aussi manger troncs de choux, et autres clioses semblables : après, dis ie, telle manière de viure, suruient ordinairement vne peste. Car telle nourriture engendre obstructions et pourriture d'iiumeuis, dont s'ensuiuent galles, apostemes, vlceres et fleures putrides, qui sont préparatifs à la peste : à quoy aussi aide grandement la perturbation des esprits et humeurs , comme de crainte, frayeur, fascherie, ou autre cause : car telles choses changent l'œconomie de toute l'habitude du corps.
Et comme és iours caniculaires on voit que, par la grande chaleur et ebuUition, la lie est esleuéc en haut "et meslée parmy le vin : ainsi la melancholie et autres humeurs , estans meslés et pertroublés , infectent le sang et le disposent à pourriture et venenosité, dont la peste est souuent procréée, et autres pourritures i. Ce que n'agueres nous a esté manifesté en plusieurs de ceux qui furent blessés à la bataille prés Sainct Denys, leurs plqyes degeneroient en grandes pourritures, accompagnées defiéures putrides et autres grands accidens :
et presque tous mouroient,tant d'vne part que d'autre, voire encore que leurs playes fussent petites, et en lieux du corps non dangereux : et aussi qu'ils fussent traités de toutes choses nécessaires, tant à leur manière de viure que autres choses.
Dont plusieurs affirmoient et philosophoienl que c'estoit à raison de la poudre à canon et des boulets empoisonnés : ce qui me semble n'estre vray, ainsi que i'ay amplement dis-
1 Rondelet , en sa pratique. — A. P.
couru au Traité des playes faites par harquebuses et autres basions à feu, tant par autorité, raison, qu'expérience. D'auantage, les pourritures et autres accidens ne venoient seulement aux playes faites par basions à feu, mais aussi à celles qui estoient faites par autres armes, comme d'espées, de piques, de lances, et autres.
Parlant il me semble (sous correction) que les accidens ne venoient par la malignité de la poudre à canon, et moins des boullels qu'on disoit estre enuenimés : mais plustost à cause de l'ebuUition du sang et des autres humeurs, se broiiillans et meslans ensemble , tant pour l'extrême cholere et effroy de l'appréhension de la mort qu'on voit si proche, et principalement aussi pour la constitution et pourriture de l'air. Et qu'il soit vray, vn iour ou deux qu'on liroit du sang aux malades pour sur uenir aux accidens, il se trouuoit de couleur non rouge , mais du tout changé de sa nature, à sçauoir blanc ou verdoyant comme sanie des apostemes, qui demonstroit eslre du tout corrompu. loint aussi lors qu'on faisoit ouuertures de corps morts, on trouuoit presque à tous des apostemes aux parties intérieures, comme au foye et aux poulmons ' : qui se
1 Je ne sache pas qu'on trouve dans aucun auteur avant Paré la mention de ces abcès métastatiques , constatés à l'autopsie. J'ai déjà fait cette remarque pour les abcès du foie succédant aux plaies de tête ( lome H, page 32). On trouve aussi la meniion d'abcès internes à la suite des plaies d'arijucbuses dans la première Apologie (lome II, page 17G ) ; mais cette Apologie, datée de 1572, e-t postérieure de quatre ans au Traité de la peste, et ne s'exprime pas d'une manière aussi nette et précise que le ctiapitre auquel se rattache celte note.
36a LE VINGT-QY/
faisoil pour \n poin rituic î^cquise p^r le bri)uill(!nioiil <Ju sang, el pi incipaloMU'.nl (le l'air um.l'ipns -AHaié vÀ wyrompu, cl noii par \i\ poudre çanp.p, ny les boulets, qu'aucuns lepoinnt oslrc empoisonnés.
Mainlenanl nous descrirons les si gnes et preSci§res de la pesle à qduenir, pris de la cprrupUon de l'air.