CHAPITRE XVIII
DV l'ROGNOSnc.
Prognostiqiicr est prédire les choses à aduenir , qui se fait par la connoissance de la maladie et de ses accidens, et principalement de la température et dignité de la partie malade et action d'icelle : par quoy pour ce faire, sera bien nécessaire que le Chirurgien aye connoissauce de l'analomie, et aye veu plusieurs malades : car ainsi, faisant bon prognostic, et déduisant bien aux parens et amis du malade les accidens qui peuuent aduenir en la maladie, acquerra honneur et profit.
Toulesfois quant à la peste , nous disons qu'il n'y a point de iugement certain de la vie , ou de la mort : car ceste détestable , abominable et traistresse maladie a ses mouuemens par interualles inégaux et incertains, et est quelquesfois tant hastiue ei fallace, qu'elle tue l'homme sans qu'on y puisse prendre garde: ce qui aduient à aucuns en dix, quinze, ou vingt quatre heures , ou beaucoup moins.
Et tel venin est quelquesfois si violent, qu'incontinent qu'on reçoit le soufflement ou haleine du pestiféré , on voit subit s'esleuer pustules et ampoulles au cuir, auec douleur acre, comme si on estoit mords d'vne mousche à miel. Et par la violence de ce venin si prompte et" subite, ceux qui sont frappés sont plustost morts qu'ils n'ont pensé à mourir : et mesme en beuuant , mangeant et vacquant à leurs affaires, tombent morts en cheminant par les rues et temples, ce qu'auons veu nagueres lelloy estant à Lyon.
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Quelquesfois aussi les accidens se relaschent, et semble que le malade se doiue bien porter, faisant bonne chère : ce qui aduint à vne des damoiselles de la Royne, nommée la Mare , le Uoy estant au chasteau de Roussillon : laquelle fut frappée de ceste peste , ayant vn bubon en l'aine, qui s'en retourna au dedans, et le troisième iour disoit ne sentir aucun mal, fors qu vne difficulté d'vriner (à cause de l inllammation qui occupoit les parties dédiées à l'vrine) se pourmenant par la chambre, auec bonne ratiocinalion : toutesfois ce iour mesme rendit Tesprit à Dieu : qui fut cause de nous faire prompleraent debu.^quer dudit lieu.
Et partant les Médecins et Chirurgiens sont le plus souuent deceus en telle maladie : car aucuns meurent plus tost, les autres plus tard, selon que le venin est violent et fort : et pour le dire en vn mot , en ceste maladie il n'y a point d'heure, de iour, ny de temps preflx.
Outre-plus, on voit par expérience que gens de toute nature, sexe, et diuerses complexions, soient enfans, adolesceus ou hommes en aage, consistans, foibles ou robustes, ieunes ou vieux, yurongnes , crapuleux , et ceux qui font abstinence en leur viure, tant oiseux que ceux qui trauaillent , riches ou panures, Roys, Roynes,Princes, Princesses, Papes et Cardinaux', sont tous suiets à estre pris de la peste. Neantmoins on voit que les ieunes cholériques et sanguins, qui sonlde tempérament cliaud et humide, y son t plus suiets que les vieux qui sont de température froide et seiche, pour ce que leur sang ne s'enflamme pas si tost : aussi que l'humidité d'i-
* Le pape Pelagius mourul de peste, — A. P.