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ceux , dont s'engendre la coniipUon, est exhalée etaiicunement consumée.
Mais les huvneurs des ieunes se corrompent pour logero occasion, et par conséquent reçoiuent la vapeur vénéneuse , laquelle facilement est attirée et pénètre au centre du corps, qui est de telle température chaude et humide, et partant disposée ù receuoir inflammation et pourriture : à cause qu'ils ont les veines et artères plus larges , et par conséquent tous les conduits du corps, dont il aduient que l'air pestilent trouuant les pores ouuerts, entre dedans plus facilement auecques l'air attiré par le continuel raouuement des artères.
D'auantage la peste venant de l'air prend pluslost les ieunes que les vieux , parce qu'ils ont les pores plus ouuerts que n'ont les vieux. Pareillement ceux qui sont hors des maisons sont alors pluslost espris que ceux qui demeurent dedans. Et quand la peste vient de la corruption des humeurs, elle n'est pas tant contagieuse que celle qui vient du vice de l'air : mais les pituiteux, melancholiques, et gens aagés sont en plus grand danger de mort , lors qu'ils sont frappés d'iceluy venin venant de cause corporelle, parce qu'il ne se peut bien exhaler et sortir hors , à cause de la closture ou condensation de leurs conduits ou pores du cuir. Aussi ceux qui sont cacochymes et remplis d'humeurs vicieux sont plus prompts et disposés à en estre infectés , et en plus grand danger que ceux qui sont de bonne température : tout ainsi qu'vn fagot sec est pluslost allumé du feu et bruslé qu'vn verd, ainsi sont-ils préparés, de mesme façon que le soulphre est préparé à prendre le feu.
Et par ainsi on voit communément , qu'en temps de peste , nulles ou peu
d'autres maladies npparoissent, d'au tanl qu'elles se tournent facilement en icelle : et lors qu'elles commencent à régner, la peste aussi commence à cesser.
Donc comme vn homme cacochyme est plus disposé à eslre frappé de peste , aussi au contraire vn homme bien tempéré difficilement en peut estre frappé. Car combien que le feu soit violent, neantmoins il demeure amorti et vaincu quand il ne trouue contre quoy agir. Semblablement vn corps bien sain et nettoyé de mauuaises humeurs, bien tard et à grande peine est malade de ceste pesle : et où il en seroit espris, elle ne pourroit luy faire telle nuisance comme aux autres qui sont remplis de mauuaises humeurs : toutesfois on obserue que ceux qui ont fiéure quarte et chancres vlcerés, aussi les punais, ladres, veroUés , escroiielleux , teigneux , et ceux qui ont fistules et vlceres carieuses coulantes , ne sont fort suiels à prendre la peste : parce qu'ils ne sont seulement cacochymes, mais à demy pourris : et leur cacochymie ne permet souuent la peste entrer en leur corps, quasi comme si elle leur estoit vn alexitere contre le venin pestiféré. Les femmes enceintes sont fort suiettes à estre prises delà peste, à cause de la grande abondance d'humeurs superflus et corruptibles qui abondent en elles pour le défaut de leurs purgations, ioint aussi qu'elles ont tous leurs conduits fort ouuerts :
et quand elles sont frappées de ceste maladie et font leurs enfans, elles meurent presque toutes, dequoy l'expérience fait foy. Aussi les filles ausquelles le flux menstruel commence àfluer, sont fort suiettes à prendre ce venin , comme aussi les petits eufans, parce qu'ils sont lanuleux, c'est
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îVdiie mois et tendres et de rare texture, ioinl qu'ils viuent desreglément. Le menu peuple soulTrcleux , et qui liabilont és maisons ordes, et qui en tous temps viuent ordement, et qui ne cliangent point d Iiabils, d'autant qu'ils approchent plus prés de la putrefaclion , s'acquièrent vne disposition ef. conformité grande à la pesle, et parlant sont plustost assaillis, que ceux qui viuent au contraire
Outre-plus, ceux qui cri cesle maladie ont sommeil profond, meurent quasi tous, à cause de la crassilude des vapeurs qui montent au cerlieau, lesquelles Nature ne peut vaincre. Aussi ceux qui ont la respiration fort puante outre leur coustume, meurent tous : pource que la pourriture est du tout confirmée en la substance du cœur et aux poulraons.
Or plusieurs meurent subitement delà pesle, à cause que le venin saisitle cœur et inslrumensquiseruent à l'inspiration et expiration, lesquels estans serrés et comprimés à cause de l'inflammation qui est aux poulmons, au diapbragme et aux muscles du larynx. Tait que le panure malade est subit estranglé et suffoqué par faute de respiration.
Aussi si les bosses, charbons, ou pustules et éruptions, qu'on appelle pourpre, qui viennent à la superficie du cuir, sont de couleur noire, ou verte, ou violette, ou liuide,peu en reschappent, parce qu'ils demonstrent mortification de la chaleur naturelle.
Quand le bubon apparoist premier que la fiéure, c'est bon signe: car il demonslre que le venin est moins fu-
t Celte dernière phrase est une addition de 1&8&.
MÊME LIVRE
rieux,^et que.Naturea esté maistresse et qu'elle a eu victoire, l'ayant ietlé et chassé hors : au contraire, s'il apparoist après la fiéure, cela vient de l'impétuosité du venin , lequel domine : partant est vn signe pernicieux et le plus souuent mortel, qui demonstre Nature eslre gaignéeet abbalue.
D'abondant, au decours de la lune, les malades meurent plustost, ou pour le moins leur mal et accidens s'augmentent, parce que les vertus sont plus débiles , ioint aussi que les humidités de notre corps abondent d'auanlage Or que les vertus de noslre corps soient plus débiles au decours de la lune, la cause est que la vigueur des facultés consiste en chaleur : or est-il qu'au decours de la lune les corps sont plus froids et humides, pour la défectuosité de la lune qui est la cause pourquoy sur la fi du mois les femmes ont règlement leur flux : car lors le sang estant plus humide, est plus prompt à couler, et noslre cbaleur estant moindre ne peut retenir vn tel couis, comme elle souloit estant fortifiée et guidée de la vertu de la lune, qui a plus de lumière, et par conséquent de chaleur, estant pleine, qu'on decours : comme Ires-bieu dit Anstote , liure 7 de Historia animalium, chap,2.
Aussi faut noter que si l'air pestiféré est subtil comme bize, il est plus dangereux et contagieux, et tue plustost que lors qu'il est gros et nubileux. Qu'il soit vray, lors que la pesle est en ceste ville de Paris, elle n'est si dangereuse que lors qu'elle est en Prouence et en Gascogne : qui se fait a cause que l'air de ceste ville est plus
1 Là s'arrête ce paragraphe dans l'édition primitive ; le reste est d* 1676.
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gros et niibileux : et est tel , tant à raison delà sUualion, que de la g rande mullitiule du penpîe, et excreraens des bestes, boucheries, cuisines., la Irincs et autres causes , qui font esleuer plusieurs grosses vapeurs , lesquelles estant attirées des poulmons, ne permellent que l'air peslileré entre si légèrement au profond de nostre corps.
Outre les causes de mort cy dessus alléguées, nous voyons plusieurs personnes mourir par faute d'estre promptement secourus , parce qu'il y en a bien peu qui veulent prendre conseil de bonne heure, et parauant que le venin ait saisi le cœur, et que plusieurs accidens ne leur soient desia suruenus. Or le cœur estant saisi, alors il y a peu d'espérance de santé, ce que toutesfois on attend ordinairement : d'autant qu'il est Ires-difficile de counoistre la peste dés le commencement, parce que les accidens ne sont pas touiours semblables , comme nous auons desia dit : parquoy plusieurs Médecins et Chirurgiens y sont abusés, tant experts puissent-iJs estre : dont ne se faut esraerueiller si le prognostic de cesle maladie ne peut estre certain. Qui plusesl, elle est si détestable et espouuentable qu'aucuns de la seule appréhension meurent, parce que 'la vertu imaginaliue ou fantasie a si grande seigneurie en nous fainsi que i'ay escrit en mon liiire de l'Anatomie du corps humain) que le corps naturellement luy obéit en plusieurs et diuerses sortes, lors qu'elle est fermement arrestée en quelque imagination. Donc en crainte el peur, beaucoup de sang se relire au cœur, qui estouffe et suffoque du tout la chaleur naturelle et les esprits, la rendant plus foible pour résister au venin, dont la mort s'en-
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suit: au contraire, il adulent quelquesfois que ceux qui fréquentent ordinairement les pestiférés n'en rcçoiueut aucun mal, parce qu'ils n'appréhendent rien.
Pour conclusion , on voit commu- -nément que tous ceux qui en sont frappés ne meurent pas, combien qu'ils n'ayent receu grands secours , .et ceux qui vsent de bons antidotes, ou choses contrariantes à tel venin, ne laissent souuent à estre pris et mourir. Bref quand on en reschappe, on peut bien dire que c'est vne chose plus diuine que humaine, veu qu'on est souuent incertain de la cause :
partant deuons estimer que telle chose est faite par la volonté de Dieu, auquel quand il plaist faire sonner sa trompette pour nous appel- 1er, on ne la peut aucunement euiter par artifice humain.