‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 242 sur 515 · COMMENT SE FAIT LA FIEVRE PESTI- LENTIELLE · texte numérisé non relu

COMMENT SE FAIT LA FIEVRE PESTI- LENTIELLE

Peuant que venir à la curafion de ceste maladie pestilentielle, il nous conuient premièrement déclarer comment se fait la fiéure en icelle. C'est que quand la personne a attiré cest air pestilentpar inspiration faite par le nez et la bouche, au moyen de lattraction que font les poulmons et autres parties dédiées à ce faire, et aussi vniuersellement par les pores et petits trous du cuir, et cauilés des artères et veines qui sont disséminées par iceluy lequel air estant attiré et conduit en toute la masse sanguinaire et aux humeurs qui sont plus aptes à receuoir tel venin , les couuerlit en

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sa qiialilé vénéneuse : et comme si c'cstoit chaux viiie sur laquelle on iellast de l'eau , s'esleue vne vapeur pulride, qui est communiquée aux parties nobles, cl principalement au cœur, sang et esprit, lequel boiiillonne dedans ses ventricules, dont se lait vne cbullilion appellée fiéuro, qui est communiquée par tout le corps par le moyen des artères, voire iusques en la substance des parties les plus solides, qui sont les os, les eschauffanl si fort comme s'ils brusloient, faisant diuerses altirations selon la diuerse température des corps, el nature de l'humeur où ladite fiéure est fondée : et lors se fait vn combat entre le venin et Nature, laquelle si elle est plus forte, par sa vertu expultrice le chasse loin des parties nobles , et cause par dehors sueurs, vomissemens, flux de sang, apostemes aux emonctoires , charbons, ou autres pustules et éruptions par tout le corps : aussi flux de ventre, flux d'vrine, euacuations par insensible transpiration , et autres que déclarerons cy après. Au contraire , si le venin est plus fort que la vertu expultrice, Nature demeu re vaincue, et par conséquent la mort s'ensuit.

Or pour connoistre que la fiéure est pestilentielle, c'est que dés le premier iour qu'elle commence, les forces sont prosternées et abbatues sans aucune cause qui ait précédé auparauant ' : car sans grande euacuation faite , les panures malades sont tant débiles et affoiblis , qu'on eslimeroit qu'ils auroient esté vexés de quelque grande maladie : et plusieurs sentent mordication à ToriOce de l'estomach , et grande palpitation de cœur, et ont sommeil profond , et

1 Rondelet en sa pratique. — A. P.

RIÉME LIVRE ,

les sens de l'entendement hebetés« Ils sentent aussi grande chaleur au dedans de leurs corps, et les parties extérieures sont trouuées froides , de façon que ceux qui ne sont expérimentés en telle maladie sont facilement deceus , eslimans qu'il n'y ait nulle fiéure, pource que le pouls et vrines des malades ne sont gueres changés : et toutesfois ils ont grande inquiétude et difficulté de respirer, et ont leurs excremens fort fétides et autres griefs accidens , el le plus souvent le troisième iour ont resueries et grand flux de ventre et vomissemens, auec vne extrême soif, et n'ont point d'appétit. Parlant il faut prendre garde qu'aucuns de ces signes sont tousiours presens , el les autres viennent lors qu'il y a quelque partie offensée : comme s'il y a difficulté de respirer , cela demonstre que les parties pectorales sont offensées , et quand le délire vient, cela signifie qu'il a vice au diaphragme et au cerueau, qui se fait quand la matière du charbon se putréfie prés d'icellos parties, ou en icelles mesmes. Or en toutes ces choses l'imbécillité des forces est commune , et les affections du cœur pareillement, veu que ce venin pestiféré est contraire à nostre nature, et qu'il infecte principalement le cœur, fontaine de vie.

El combien que ceste fiéure surpasse en malignité les autres qui ne participent point du venin pestiféré, si est-ce qu'elle est aussi diuerse comme icelles: car quelquesfois|elle est tierce, aulresfois quarte, aulresfois quolidiane , selon la diuersité de l'humeur qui est principalement affecté : ce qu'on connoisl par les inlerualles, c'est-à-dire , l'espace interposé entre les accès. Pareillement elle est dite simple , quand la qualité vénéneuse

DE LA

consiste seulement en l'esprit \ital, et que les humeurs ne sont encore corrompus. Elle est dicte composée ou compliquée, quand ladite qualité est fourrée és esprits et aux humeurs, en toute la substance du corps, auec charbons, bosses et pourpre Aussi il y a d'autres diflerences et diuersité d'icelles, qui se coniioissent par les vrines, excreniens, habitude vniucrselle du corps, température d'iceluy : aussi par les accès , la chaleur, le, pouls et autres. Donc selon que la fiéure tiendra la nature de tierce, quarte, quolldiane, ou continue, faudra diuersiûer les remèdes pour la*curalion d'icelle : ce que ie laisse à messieurs les Médecins.

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