‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 26 sur 515 · DES PIERRES QVI S ENGENDRENT AV CORPS HVMAIN · texte numérisé non relu

DES PIERRES QVI S ENGENDRENT AV CORPS HVMAIN

L'an mil cinq cens soixante et six, les enfans de maistre Laurens CoUo \ hommes bien expérimentés en l'extraction des pierres , en tirèrent vne de grosseur d'vne noix , au milieu de laquelle fut trouuée une aiguille dequoy couslumierement les cousturiers cousent. Le malade se nommait Pierre Cocquin, demeurant en la rue Gallande, près la place Mauberl à Paris, et est encore à présent viuaut. La pierre fut présentée au Roy en ma présence, avec ladite aiguille que les-

1 Je respecte ici l'orthographe que Paré a donnée à ce nom de Collo, et qui est restée la mêtne en cet endroit dans toutes les éditions. Dans celle de 16G4 , à l'occasion de la taille des femmes , Paré avait écrit Colloi; mais il a ensuite corrigé Collo dans toutes les éditions postérieures, et l'édition latine a également admis cette dernière orthographe. Toutefois ni l'une ni l'autre n'a prévalu , et dans l'ouvrage posthume de François Colot, publié par Sénac en 17S!5 , on trouve le nom écrft avec un i et une seule l. Peutêtre cependant, si l'on considère l'amitié qui unissait Paré à Laurent Collo et à ses fils, la première manière dont il avait écrit ce nom , corrigée uniformément dans toutes les éditions suivantes, et enfin le consentement du traducteur latin ; peut-être, dis je, y aurait-il quelque présomption que l'orthographe de Paré était la véritable , et c'est pourquoi je l'ai conservée , au moins en cet, 1 endroit.

LE DlX-NEVFrÉME LIVRE,

dits Collos m'ont donnco pour mctlre en mon cabinet , laquelle le garde et ay encores de présent en i^a possession, pour mémoire de cUose si iponstrueusc.

L'an mil cinq cens septante, madame la duchesse de Ferrare enuoya quérir en ceste ville lean Colle , pour extraire vne pierre de la vessie d'vn pauure pâtissier, demeurant à Montargis laquelle poise neuf onces, de grosseur d'vn poing » et de figure comme tu vois icy le portrait : et fut tirée en la présence de monsieur maistre François Rousset , et maistre loseph laueUe , hommes sçaaans et bien expérimentés en la médecine, médecins ordinaires de ladite dam«.

Et fut si heureusement tirée , que ledit pâtissier guérit : toutesfois peu de temps après luy vint vne suppression d'vrine , au moyen de deux petites pierres qui descendirent des reins, qui bouchèrent les pores vreteres , et furent cause de sa moi t.

Figure d'vne pierre extraite à vu pâtissier de Mont ar gis.

1 Ladite dame couslumiere d'aider aux pauvres, fit tous les frais pour la cure dudii pâtissier. — A. P.

L'an mil cinq cens soixante et six , le frère dudit lean Collo , nommé Laurens fit pareillement en ceste ville de Paris extraction de trois pierres estans en la vessie , de grosseur chacune d'vn bien gros œuf depoulle, de couleur blanche , pesans les trois douze onces et plus , à vn surnommé ïire-vit , demeurant à Marly ^ : lequel pour-ce qu'il auoit dés l'aage de dix ans quelque cominencement desdites pierres en la vessie , tiroit ordinairement sa verge , dont fut nommé Tire-vit : car la vertu expultrice de la vessie , voire de tout le corps , s'efforçoit à ietter hors ce qui luy nuisoit, et pour- ce luy causoit vn certain esguillonnement à l'extremilé d'icelle verge ( comme se fait ordinairement à ceux qui ont quelque sable , ou pierre aux parties dédiées à l'vrine , ce quei'ay escrit plus amplement en mon liure des p ierres 3.) Icelles furent présentées au roy , estant pour lors à SainctMaur des fos^sés : on en cassa vne auec vn marteau de tapissier, au milieu de laquelle fut trouuée vne autre , ressemblante à vn noyau de pesche , et de couleur tannée. Lesdits Collos m'ont donné les susdites pierres pour

1 Lesdits Collos, chirurgiens ordinaires du Roij , sont très expers à l'extraction des pierres, et en plusieurs autres opérations de la chirurgie. — A. P. 1673.

2 Ledit, subit que sa playe fut consolidée , s'en retourna en sa maison, où à présent est encore viuant. — A. P.

Cette note, comme la précédente, est reproduite d'après l'édition de 1573; toutes deux avaient été ou retranchées ou omises dans l'édition suivante.

3 Ceux qui ont vne pierre à la vessie ont tousiours vn prurit et punclion à Vexlremilé de la verge. — A. P. Le livre des Pierres auquel il renvoie est celui de l5Gi, qui fait partie aujourd'hui du Livre dc« Opérations.

DES SIONSTRES ET PRQDIGKS.

mellre à mon cabinet, comme choses monslnieuses, et les ay fait porlraire

au plus prés (lu vif, ainsi que tu peux voir par ces Ogures ».

Figures de ims pierves exlvailes (t vue foi^ sans inlerualle de temps, de la vessie d'un appi^lé T\i;e-vit, l'vne desquelles est brisée.

D'auantage îe puis icy attester que ien ay tronué dedans les reins des

1 On trouve dainsV Inlrodnclion d'A.. Paré, chapitre 2 (tome 1" de cette édition , page 28) , riiistoire de ce Tire-Fii racontée d'une manière toute difTérente , de telle sorte qu'il faut nécessairement admettre , ou bien que CoUo opéra deux individus du nom de Tire-vii^ce qui est peu probable, et ce qui aurait dù au moins être noté ; ou bien que Paré a pris un malade pour l'autre , et mis sous le nom de Tire-vitune observation qui ne le concernait pas ; ou enfin qne les deux observations n'en constituent qu'une seule, qui aurait été incomplètement racontée dans l'un et l'autre endroit. Ce qu'il y a de plus certain , c'est que Paré , ici comme en beaucoup d'autres occasions, s'en fiait à sa mémoire pour se rappeler des faits écoulés depuis long-temps: et que cette malheureuse habitude est ce qui a le plus encombré la chirurgie d'observations douteuses, vagues, sans certitude et presque sans valeur.

corps morts, de plusieurs figures , comme de cochons , de chieos , et tres diuerses figures , ce qui nous a esté laissé par escvit des anciens 2.

Monsieur Dalechamps recite en sa chirurgie, qu'il aveu vn hon^me auoir vne aposteme sus les lombes, dout après la suppuration icelle dégénéra en fistule , par laquelle ielta en dir uerses fois plusieurs pierres venans du rein : et enduroit le trauail du chenal et des chariots.

Ilippocrates escrit ^ de la chani-

2 Cette attestation sr légèrement donnée d'un homme tel que Paré est bien propre à nous faire connaître que les meilleurs esprits néchisscnUiuclquefois sous les préjuges de leur siècle , en même temps qu'elle explique l'origine de tant de monstres admis par la crédulité de ce temps.

3 Liurc 5 des Epidémies. — A. P.

32 LE DIX-WEVFl

briere de Dyserc , aagée de soixante ans , qui auoit des douleurs comme elle si eust deu accoucher : dont vne femme luy lira de la matrice vne pierre aspre et dure, de la grandeur, grosseur, et figure d'vn pcson de fuseau.

Lacques HoUier, Docteur regent en la faculté de Médecine à Paris, escrit ' qu' vne femme, après auoir esté tourmentée d'vne difficulté d'vrine par l'espace de quatre mois , en fin mourut : laquelle ayant esté ouuerte, furent trouuées en la substance du cœur deux assez grosses pierres, auec plusieurs petites apostemes : estans les reins et les pores vreteres et la vessie sains et entiers.

L'an mil cinq cens cinquante-huit, fus appelé de lean Bourlier, maistre tailleur d'habits, demeurant ruesainct Honoré , pour luy ouurir vne aposteme aqueuse qu'il auoit au genouil :

en laquelle trouuay vue pierre de la grosseur d'vne amende, fort blanche, dure , et polie , et guérit , et encores est à présent viuant 2.

Une dame de noslre cour fui longuement et extrêmement malade , sentant douleur au ventre, auec grandes espreintes : estant pensée par plusieurs médecins , lesquels ignoroient le lieu de la douleur. On m'enuoya quérir, pour sçauoir si ie pourrois connoislre la cause de son mal.

Par l'ordonnance des médecins , luy regarday au siège et à la matrice, auec instrumens propres à ce faire, et pour tout cela ne pus connoistre son mal; Monsieur Le Grand luy ordonna vn clystere, et en le rendant ietta vne

1 Llu. 1, cil. de la Pulpilalion du Cœur. — A. P.

2 C'est là le premier cas connu d'un corps étranger développé dans le genou , cl extrait heureusement par l'incision.

ÉME LIVÎIE ,

pierre par le siège , de la grosseur d'vne grosse noix : et tout subit ses douleurs etautrosaccidens cessèrent, et depuis s'e t bien portée '.

Semblable chose est arriuée à la dame deSainctEustache, demeurant au carrefour de la rue de la Harpe 2,

Le capitaine Augustin, Ingénieux du Koy, m'enuoya quérir auec monsieur Violaine , docteur regent en la faculté de Médecine, et Claude Viard , Chirurgien luréà Paris, pour luy extraire vne pierre qu'il auoit sous la langue , de longueur de demy doigt , et grosse d'vn tuyau de plume. Il en a encore vne , qu'on ne peut bien encore deslacher ^

1 Dans l'édition de 1673 et encore en 1575, cette histoire était rapportée après celle de Dalechamps , et la rédaction en était un peu

différente :

« Monsieur le Grand , Docteur regent en la faculté de Médecine, et médecin ordinaire ,du Roy , homme sçauant et grandement expérimenté, lequel fait autant bien la médecine qu'homme que i'aye iamais cogneu , fus appelé auec luy pour appliquer \n spéculum uni à vne dame d'honneur qui estoit tourmentée d'extrêmes douleurs au ventre et au siège, toutefois sans nulle apparence à la veuc d'aucun mal : il luy ordonna certaines potions et clisleres, auec l'vn desquels ietta vne pierre de grosseur d'vn esteuf , et subit ses douleurs furent cessées, et guérit.»

En 1579, Paré modifia la rédaction de l'observation , qui était peu correcte , mais en conservant à Legrand à peu. près les mêmes éloges, que l'on retrouve encore dans la traduction latine. C'est en 15S5 qu'il changea définitivement et le texte et le plan de l'histoire , comme on la lit aujourd'hui.

2 Cette observation a été ajoutée en 1585.

3 Cette observation , de même que la précédente , a été ajoutée en 1585. On trouvera une autre observation de calcul sous la langue dans la grande .Jpoloyie, au titre: f-^oijaijc de Bayoïmc, 156-i.

DES MONSTRES

Or pour le dire en vn mot, les pieres se peuueut engendrer en toutes les parties de nostre corps , tant intérieures qu'extérieures. Qu'il soit vray , on en voit estre engendrées auv iointures des goutteux Antonius Beniueuius , médecin florentin , au liure 1, chapitre 24, dit qu'vu nommé Henry AUeman ietta vne pierre de grosseur d'v ne auelaineen toussant.

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