CHAPITRE LUI
EPILOGVE OV CONCLVSION DE CE DIS- CQVr.S DE I.A PESTE
Or ie m'asseure que le Lecteur qui aura appris en ce pelit traité le moyen de s'en preseruer, et mesme sans danger visiter et secourir son pro-
' Ce cliapili-e était confondu avec le précédent en 16G8 et 1675 ; il n'en a clé séparé qu'en 1579.
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chain, ne nicspriscra point mon labeur, combien que (si faire se pouuoil) i'aimerols beaucoup mieux qu'il ne fusl besoin à piMSOnne s'en aitier, et que la sereiiilé de l'air par la bonté de nostre Dieu i'usl tousiours telle, que la peste perdist son nom et ses cffels. Mais puis que cela prouient par l'iniquité des bommes, laquelle se perpétue auec eux tout le cours de leur vie, en receuant patiemment ce qu'il plaist à Dieu nous enuoyer, nous suiuons aussi sa volonté, quand nous apprenons et vsons des remèdes selon qu'en toutes choses il en a mis la propriété et vertu, pour seruir à l'vsage de l'homme, tant à la nourriture du corps qu'à la conseruation et recouureraent de ia sanlé d'iceluy.
Et de tant plus que ce mal est grand, d'autant faut il recoui'ir promptement au remède qui csl seul et gênerai : c'est que grands et petits, de bonne beure implorions la miséricorde de Dieu par confession et desplaisance de nos forfaits, auec certaine délibération et propos de nous amender et donner gloire au nom de Dieu , chercbans en tout et par tout de luy obeïr et complaire suiuant sa sainte parole, sans eslriuer à rencontre de luy par nos desordonnées passions , comme nous auons fait et faisons iournellement. Et s'il luy plaist encores après cela nous battre de çes verges là, ou de quelques autres selon son conseil éternel, faut l'endurer patiemment, sçacbant que c'est tout pour nostre proQl et amendement : et ce pendant s'entreaider des remèdes qu'on pourra irouuer , sans abandonner ainsi les vns les autres, par vne extrême barbarie et inhumanité.
Croyons que le mal seroit beaucoup moindre, ayans aideetconsola-
luÉMi: Liviu-: ,
lion les vns dos autres. Le Turc le fait, et nous, Chrosliens de nom, n'en tenons compte : comme si nous pensions en ceste sorte oschapper des mains de Dieu. Helas, où nous pourrons-nous cacher que ne soyons trouués? Rcconnoissons plustost auec le Psalmiste : Si te prcns les ailes de l'aube du iour, et que i']iabilc aux dernières parties de la mer, là aussi ta main me conduira, et ta dextre m'empoignera^.
Croyons que quand nous pourrions euiler la mort de ce costé là ( ce qui ne peut estre) il a cent mille morts plus honteuses et misérables pour nous atlrapper, et confondre le corps et l'âme pour estre tourmentés à tout iamais. Parquoy ayans nos cœurs remplis de charité, il nous faut retourner à luy, d'autant qu'il est plein de clémence et bénignité, prest à nous soulager en nos tribulations, et est tout bon, et nous aime comme ses enfans : et quand il luy plaira, il retournera toutes nos afflictions eu nostre salut , voire «mieux que nous ne sçaurions souhaiter ou imaginer.
De là prenons ceste résolution ferme, de nous assuiettir et ranger paisible ment à sa bonté et saincte volonté, qui est la reigle de toute sagesse , à laquelle nous douons conformer toutes nos cogitations et actions. Voila vn tres-bon onguent alexitere pour adoucir nostre pesle , et vn i-emede salutaire pour appaiser nos murmures et nous imposer silence, et vu anest certain pour faire cesser le procès que nous intentoiis couslumii3remenl contre Dieu, quand il nous chastie plus rudement qu'il ne nous semble bon et profitable (au iugement de la chair et non de l'esprit.) Parquoy apprenons à nous capti-
1 Pseaume 139. — A. P.
DE LA
Util', et brider nostrc appelit, cslimans que Dieu fait toutes choses en poids et mesure : et quoy qu'il nous cnuoye peste, famine, ou guerre, et autres infinies calamités, il ne fait rien qui ne soit bon et droit. Et quand il lu y plaira nous retirer de ce monde, de là naistra nostre bonheur et félicité, veu que ceste vie Iraine auec soy vne inQnité de trauaux et misères, où nous sommes presque abysmés de choses caduques et transitoires Et par ceste mort sommes appelles à la pleine fruition du royaume céleste, comme par vn herault et embassade enuoyé du Ciel. Si vn roy par vn messager appelloit vn pauure et misérable à soy pour le faire participant de son royaume, quel plaisir et soulas receuroit-il? A plus forte raison deuons nous estre ioyeux, quand Dieu par la mort nous enuoye ce messager qui nous guide à luy, pour hériter son royaume éternel et bienheureux. Veu donc que l'eschange est tel,~nous auons matière de consolation, la mort nous estant cest heureux messager, lequel nous fait passer de ce monde au ciel, de ceste vie misérable à la vie éternelle, de malheur en félicité, d'ennuy en liesse, de misère en prospérité, qui nous doit grandement consoler, et tollir toute occasion de lamenter. Et par tel argument de resioùyssance , quand il plaist à Dieu nous appeller et enuoyer la mort, laquelle il a souffert pour nostre rédemption, Ezechias désire la mort, non qu'il fust despilé contre Dieu : mais estant ennuyé des fascheries et tourmens du monde, il desiroit d'en sortir, pourueu toutesfois
* Ici finissait ce paragraphe dans les deux premières éditions de ce livre; tout ce qui suit est de 1570.
PESTij. 463
que Dieu s'y accordast. Car noslro vie est comme vne garnison en laquelle Dieu nous a mis, nous enioignant y demeurer iusques à ce qu'il nous appelle, et nous licence pour eu sortir auec foy, et qu'il n'est pas venu en ce monde souffrir et estre mis en croix que pour la rédemption des pécheurs, et non des iustes , comme il a dit (d'au tant qu'vn homme sain n'a que faire de Médecin). Donc il se faut humilier, et auoir ferme tîance qu'il nous pardonnera toutes nos fautes, pourueu que nous luy addressions nos prières du profond de nostre cœur, et de droite et ardente affection, croyans que luy mesme a dit qu'il ne vouloit la mort du pécheur, mais sa rédemption. Esaïe dit qu'il mettra nos péchés derrière le dos, voire au profond de la mer, et n'en aura iamais de recordation. Ces choses considérées, nous ne deuons craindre la mort , n'estans en ce monde que comme en maison empruntée, de laquelle il nous faut desloger quand il plaira au Seigneur, à laquelle elle appartient. Que si le parlement de ce monde est vne entrée à vie, qu'est-ce de ce monde sinon vn sepulchre ou tombeau? Et comme les mariniers désirent vn bon port, aussi deuons nous désirer de sortir de ceste grande mer de misère et calamité , pour aller au port de salut où tout mal cessera, et n'y aura orage ne tourmente, mais toute ioye et repos. lob dit que l'homme nay de femme est de peu de ioui s et rempli de misères, qui sort hors comme la fleur, et est coupé, et s'enfuit comme l'ombre, et n'arrcsle point K Autres comparent ceste vie à vne fumée , ou vapeur d' vne bouteille d'eau, qui s'es-
iJoù, 14. — A. P.
46/| I-I'- VltNGT-QVATHlKMK 1,1 V P. K,
leiie en temps de pluye : aulres à vnc
nacelle estant au milieu de la nier,
agitée çà et là des vonis cl des ondes,
heurtant contre les rocliers, qui sonnent se perd aux gouffres et abysmes
profondes. Et par ainsi il faut mettre
en la pro'ection de Dieu la garde de
nostre anie, qu'il nous a donnée pour
estre réunie en ce corps : lequel sera
gloritiéen la résurrection vniuerselle
des morts.
Et pour conclusion, si nous r'ap-
porlons le tout au conseil de Dieu, nous aurons dequoy nous consoler au milieu des plus grandes angoisses et deslresses qui nous pourroient aduenir : lequel nous prions de bon cœur, et de ferme et viue foy, qu'il nous pai doime nos péchés, lesquels sont cause de ceste maladie pestiférée et autres, croyant que c'est le vray ani idole contre là peste. Car lesus- Christ, voulant guarir le Paralytique, luy dit : Tes pcchés ie sont pardonnés : raouslrant et déclarant par cela, que la cause et racine de sa maladie procedoit de son péché, et que pour en auoir la fin, il falloit que l'ire de Dieu fust appaisée, et qu'il luy lust propice et fauorable par la remission de ses péchés. Ainsi donc nous implorerons sa grâce d'vn cœur ardent, ayant flance qu'il nous gardera et défendra , nous donnant ce qui nous est nécessaire tant au corps qu'à rame. Que s'il luy plaist nous appeller, il sera nostre rédempteur, et nous ayant retiré de ce labyrinthe et gouffre de tous maux et misères, il nous introduira en l'héritage de sa gloire, pour l'amour de son cher fils nostre sauueur lesus-Christ, auquel soit gloire éternelle. Ainsi soit il
1 C'est ainsi que se terminait le livre de
ADVKHTISSEMENT DE l'AVTUEVII.
L'autheur a fait ceste petite admonition pour le ieune Chirurgien, se tronuant quelquesfois aux lieux où il n'y a prestres, ny autres gens d'Eglise à la mort des panures pestiférés.
Comme i'ay ven, le roy Charles estant à Lyon, pendant la grande mortalité, où l'on enfermoit aux bonnes maisons vu Chirurgien pour medicamenler ceux qui esloient pestiférés, sans pouuoir estre secourus d'aucunes personnes pour les consoler à l'extrémité de la mort : et ledit Chirurgien, ayant esté instruit de cesto petite admonition , pourra seruir à la nécessité d'vn plus grand clerc que luy. Et ne veux icy passer les bornes de ma vocation : mais seulement aider aux panures pestiférés en leur extrémité de la mort.
La morl est la peur des ridies , Le désir des panures , Lm ioye des sages, La crainle des meschans , Lin de loiiles miseras , El commencement de la vie clemeUe , Bien-heureuse aux esleus , El mal-heureuse aux regrouués ' .
la Peste en 16G3 et 1575; l'avertissement qu'on va lire a 616 ajouté en 1570.
1 L'édition de 1579 iioi lait : El commencevicni de la vie clenielle à ceux qui crotjenl en Dieu et ont espérance en sa miséricorde infinie. Du resie, ces sentences accompagnaient une ligure de squelette debout, le bras droit appuyé sur une bêche, et destinée sans doute à frapper les yeux en même temps que le texte frappait l'esprit. Je n'ai vu aucune raison pour la conserver.