‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 288 sur 515 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

Mais le soinget curiosité est encore entré plus auant dedans le cœur des Egyptiens que de nulle autre nation, dont ils ont mérité grande loiiange , s'estans monstrés tant affectionnés à la mémoire de leurs parens , que pour la conseruation d'icelle ils estoient coustumiers d'embaumer les corps tous entiers d'ireux en vaisseaux de verre diaphanes et transparens,et les mettoient en lieu le plus honorable de leurs maisons, pour en auoir tousiours la mémoire deuant les yeux , et leur seruir d'aiguillon pour les stimuler de los ersuiure et imiter leurs vertus, à fin de ne dégénérer et forligner de leur naturel et inclination.

Et d'auanlage seruoient iceux corps ainsi embaumés , de souuerains gages et asseurance de leur foy : si bien que s'il estoit aduenu qu'aucun desdits Egyptiens eust affaire de quelque grosse somme d'argent, il ne failloit point delà Irouuer à emprunter chez ses voisins sur le gage d'vn corps de ses parens , se tenans tous asseurés les créditeurs, que moyennant tel gage le débiteur manqueroit pluslost de vie que de foy, tant ils auoient à cœur de retirer tel gage. Et si la fortune faisoit, et le malheur fust si grand , qu'aucun s'oubliast de tant en ses nécessités, que de rie vouloir ou sçauoir trouuer moyen de retirer son gage , il tomboit en tel deshonneur et infamie, qu'il n'eust pas esté bon à donner à manger aux chiens, et ne se fust osé monstrer en public : car on luy faisoit la huée comme l'on fait à vn loup ou vn chien enragé , et de liberté tomboit en vne ignominieuse

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seruitude, comme ayant desauoùé et renoncé sa race et origine. Ce qui est tesmoigné par Claude Paradin , en la Préface du liure qu'il a fait des Alliances et Généalogies des Roys et Princes de la Gaule.

Pierre Messie en ses diuerses Leçons, chap. 8. escrit, que les anciens Romains auoient vne couslunie de brusler les corps morts , et que le premier des Sénateurs qui fust bruslé après sa mort , fut Sylla , et après luy plusieurs autres hommes notables et illustres : les cendres desquels on gardoit dedans des vrnes ou vaisseaux de terre, puis on les posoit dedans les sepulchres ou tombeaux sous terre , faits en voulte.

Les Grecs auoient aussi ceste manière de brusler les corps morts.

Stobée escrit que les Colches n'enterroient point leurs morts , mais les pendoient aux arbres.

Les Scythes d'Asie se seruoient pour boire de l'os du crâne de leurs parens et amis, enchâssés en or, pour en auoir tousiours mémoire : et entre tous leurs thresors et choses precieu ses estimoient lesdites tasses.

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