‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 304 sur 515 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

nisconn des avthevrs TovcnANt le

NATVREt, Î)E LÀ LICORNE.

Moindre n'est la contrariété des authéurs touchant le naturel de ladite licorne. Car Pline , au lieu cy dessus allégué, la dit estre la plus furieuse de toutes les bestes : mesmes qu'elle hurle fort hideusement, et que iamais on ne la prend viue. Cardan la dit pareillement estre fort cruelle, comme naissant és lieux déserts d'iEthiopie, en terre orde, et entre les crapaux et bestes venimeuses

Gesnerus dit que le Roy d'iEthiopie , en l'Epistre Hébraïque qu'il a escrite au Pontife de Rome , dit que le Lion craint intiniraent la Licorne, et que quand il la voit , il se relire vers quelque gros arbre, et se cache derriei^ ledit arbre. Lors la Licorne , !e voulant ft'apper, fiche sa dovne bien auant dans l'arbre, tet demeure là prise, et lors te Lioh la lue' : toutesfois il aduient aucunesfois autrement.

Autres au contraire la disent fort douces bénigne , et d'vwe mignotise la plus grande du mondé, pourueu que l'on ne l'offi^nse point. LoHys<le Barthame, en ses N auiga lions cy dessus alléguées, est dé Céstéi opinion, niant les Licornes estre cruelles , comme en ayant veu deux enuoyées d'iEthiopie au Soudan , qui les faisoit nourrir en la Mecque, ville de l'Arabie heureuse (où est le sepulcbre de Mahomet ) enfermées en certains treillis , qui n'esloient nulleaient fa-

1 Ce paragraphe se Usait déjà .textuellement dans le chapitre de 1579.

DE l/A.

rouelles. Theuet dit auoir voyagé en ces régions là , et s'estre enquis diligemment des habitans : n'auoir toutesfois iamais sceu rencontrer homme qui en eust veu, ou qui eust peu rapporter quelque certitude delà figure et nature de ccsle beste

Olhodit auoir veu et manié à Rome, au nuigasin du tbresor des Papes, vne corne de licorne qui estoit luisaute et polie comme yuoîre , et qu'il fust fort esmerueiHé de la voir si petite, se prenant à rire, veu qu'elle n'auoit à grand'peine que deux palmes de longueur : on luy dist que par

1 Tout ce pangrni lie est copié du chapitre de 1579, où H suivait immédiatement celui atiqueJ serappoi'le la noie piécédenle ; mah il était d'al>ord un peu p4us éleuda. Ainsi lapiemière ■plirase éluit ainsi conçue :

« Autres a« contraire la disent estre fort douce elbenign*, et d'vne mignotise la ^jlus jr*ndie du waiide, pourueu que maUcieuse-r toe^jt^Mi ne l'iOiffenee : cat ils disent coflime ainsi soit qu'elle Joe pasluj'een terre , e&limt la longueur de Ja corne qu'elle a a.u front, force est qu'elle paslure és arbres fruitiers, et és râteliers, ou en main mangeant toutes sortes de fruicls qu'on lui offre, comme herbes , gerbes, pommes , poires, oranges, <4«mz«He , «t ^tes sortes de -tegufliaig* , iusques là qu'ils feignent icelle s'amouracher des filleSj prenant tel plaisir à les contempler, qu'elle est souucut prise par ce moyen. »

Et à la fin du paragraphe^ l'auteur ajoutait:

« Or ces contrarielez d'opinions me font iiigcr, que tout ce qu'on dicl des Licornes est chose controuuee à plaisir par les pein- •tres et historiens : car comme le clicmin qui «û droit en quelque lieu est vn, et les dest'iurs au contraire sont plusieurs : ainsi la bctilcnce de vérité est lousiours vne etsernittluhle ùsoy, cl celle de ineqsauge est lousiours diuerse et bigarxec de coulrar.ielé et sepugiiance. *

UCOjRNE. //Cjg

le (f'Qp graïul et fréquent vsoge de l'HUoir mariée, elle estoit deuenuq ainsi petite.

II y en a aussi qui est gardée par grande singularité dans le cliqcqr du grand lejoplede Stjrasbourg, laquelle est de longueur de sept pieds et denay, cneore l'on a eoupé Âvliiijepicnt le bojgt de la poifi te , laquelle sans eela &efoit encore plus longue. Elle est par le bas de la grosseur d'vu bras, et va en tortillant cornroe vn cierge a^i est tors, et s'estend vers la pointe en l'orme de pyramide, estapt de couleur nojrastre par dehors , Gomme vu blanc salli pour auoir esté ijjanié : et par dedans elle est blanche comme yuoire, ayant vn trou au milieu comme pour mettre le petit j(î^igt, qui va tout au long.

Jjgts cornes qui se monstreut aux Testes solennelles publiquement à Venise, au temple ( c sainet Mafc, dif^ ferent de ceste-là en grandeur^ couleur, et figure, tellement qu'il n'y a.

ftulle conformité entre elles.

Pareillement ejj l'église de saiuet Denys en France , il y a, à ce qu'ojj dit, vne corne de Idcofne qui en grosseur, longue^urj et'flgure, se rappoj-te aucunement à celle de Strasbours".

Or si lesdiies cornes ne sont de vrayes Licoriies , de quelles bestes sont elles? dira quelqu'vn. fheuet a Oi)inion que telles cornes ne sont que dents d'elephans, ainsi cerneléeset mises en œuure : €ar ainsi, dit-il, les desniaiseurs qui se trouuent en Le- : uant, vendent les rouelles des dents de Rohart pour cornes de licornes , les creusent et allongent à leur aise.

El à la vérité ceste corne de licorne , ' estant bruslée, rend et respire semblable odeur que l yuoire. Et à lin que ceste façon de contrefaire ne semble impossible, Cardan dit que les

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DISCOVRS

(lents des elepbans se peuuent amollir et estendre comme les cornes de bœul».

Louys de Paradis, Chirurgien natif de Vitry en Partois, duquel i'ay fait mention cy deuant , dit auoir veu en Alexandrie d'Egypte deux aiguilles, appellées les aiguilles de César, hautes et grandes à merueilles, neantmoins chacune toute d'vne pièce : et tient-on pour vray qu'elles sont de pierres fondues. Hors ladite ville enuiron huit cens pas, il y a vne colomne, qui s'appelle la colomne de Pompée, de merueilleuse grosseur et hauteur, tellement que c'est tout ce que peut faire le plus fort homme de lelter vne pierre sur le sommet d'icelle. La grosseur est telle que cinq hommes, ayans les bras estendus , ne la pourroient entourer : neantmoins on dit qu'elle est toute d'vne pièce , et de diuerses couleurs de pierres , comme noire, grise, blanche, incarnate, et dit on qu'elle est aussi de pierres fondues. Que si ainsi est que de telle matière on ail peu construire lesdites aiguilles et colomne, qui empeschera que l'on ne puisse contrelaire les cornes de licornes?

1 Ce paragraphe est extrait presque textuellement du chapitre de 1579, et il finissait alors par celle réflexion : uiais qui a-il sous le ciel , que l'auare curiosité d<!S hommes du temps présent ne conlreface? — D'un autre côté il convient de noter qu'il y avait ici une figure d'éléphant empruntée au livre des Monstres de 1679, sans le texte qui l'accompagnait, lequel s'était trouvé dès lors supprimé. J'ai reproduit ce texte dans l'appendice des Monstres, à la fin de ce volume.

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