‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 346 sur 515 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

DES CLYSTERES,

Clystere, c'est à dire, ablution ou lauement, est vue iniection appropriée au siège et aux intestins en première intention : car autrement sont aussi faits et donnés des clysleres, tant pour le ventricule, ratte, reins, vessie, amarry, mésentère, et autres parties voisines, que mesme pour la teste, de laquelle souuent par clystere acre est faite reuulsion de la matière en bas, comme il se pratique iournellement, etnon sans heureux succès, en l'apoplexie : de sorte qu'il n'y a aucune partie qui ne ressente quelque profit du clystere, mais les vnes plus, les autres moins.

Il a plusieurs espèces ou différences : car ou il est remollitif, ou purgatif, ou anodyn, ou astringent, ou détersif, ou sarcotique, ouepulotique,ou nutritif. Touteslesquelles différences sont composées et faites des parties des plantes , des parties des bestes, ou des medicamens composés, tant solutifs qu'autres, selon les intentions du composant.

Les parties des plantes sont racines, semences, fueilles, fleurs, fruits, germes, jus, mucilages.

DES MEDICAMENS.

Les parties des bestes sont, iaunes et aubins d'œufs , miel, poulet , chapon, vieil coq vené et préparé, la teste et pieds do mouton, laict clair, tripes, suif de bouc, axonge : toutes lesquelles parties, tant des bestes que des plantes, on fait cuire et bouillir, et en la décoction l'on mesle et destrempe les medicamens laxatifs et autres , tant simplesque composés. Quelquesfois sans mixtion de medicamens composés sont faits clysteres , seulement d'huile, comme d'huile de noix pour la colique : de laict clair, de décoction de pieds, teste et tripes de mouton , potage de pois ciches , d'orge.

Laquantité duclystere est aucunesfois grande, aulresfois plus petite, selon les températures et complexions, et selon les intentions. Aucuns peu uent endurer grande quantité , les autres moindre : aux enfans, débiles, femmes grosses, conuient moindre quantité. Aussi où le ventre est fort serré et dur, en vne colique , dysenterie , lienterie , et autres affections du ventre inférieur, faut que la quantité du clystere soit plus petite. Au contraire, où l'on veut seulement esmouuoir le ventre, faut plus grande quantité : toutesfois la quantité de la décoction communément est d'vne liure et demie , d'vne liure , ou tout au moins de trois quarterons : mais le plus souuentnous laissons la quantité au iugement de l'Apoticaire, disant seulement quant, sufficil.

Il faut que le clystere soit tiède, plus ou moins, selon que les patiens le peuuent endurer, de peur que s'il estoit froid , il n'offençast les intestins et autres parties voisines , qui sont nerueuses et froides de leur naturel :

et d'auantage faut en faire l'iniection

peu à peu et doucement , de peur que poussé d'impétuosité et tout à coup, il ne chasse les flatuosités (qui ordinairement sont contenues en la capacité des intestins) en haut, et par ce moyen n'excite des tranchées intolérables. Pour donner le tout à entendre, faut à présent venir à descrire les exemples de chacune différence des clysteres.

Clystere Hmollîiif,

'if. Maluœ, violarum, bismaluœ, braaciB vrsinaî ana m. j.

Radicis allbifix etliliorum alborum ana 5-j-

Passularum et flcuum pinguium ana §. ft.

Fiat decoctio ad ffi. j. in qua dissolue: Cassiee, butyri recenlis ana § . ].

Olei violati 5 • i'j-

Fiat clyster.

Les clysteres laxatifs sont faits de quatre sortes de medicamens, de la décoction de medicamens laxatifs, huiles et miel , ou autre qui ait vertu d'irriter. La décoction est quelquesfois propre à tirer les humeurs que l'on veut purger : comme pour tirer les humeurs froids et visqueux , elle se fera ainsi :

Clystere pour l'humeur visqueux.

If. Saluiœ, origani, abrotoni, camomillae et meliloti ana m. d .

Seminum anisi, fœniculi, cumini ana 3.

Seminis cartbami 3. ij.

Fiat decoctio, in qua dissolue:

Diaphœnici et hieraî simplicis ana g .' 6 . Olei anelhi et chamœm. ana g.j. 6.

Mellis anthosati et sacchari rubri ana 3- j- Fiat clyster.

LK VmGT-CmQVll.'ME LIVRE,

j4utre *.

Vini albl gêner. Ib. j.

Bul. ad consiimpt. mcdieta. in qna diss. sacchar. rubri §, ij. ilcrum parum addendo vilell. ouor. num. ij.

Et fiât clyster.

Pour purger et tirer l'humeur cholérique et bilieux, il sera fait en ceste manière :

Clystere pour l'humeur bilieux.

^. Quatuor remollientium, parictanœ, cichorij, endiuia; ana m. ft.

Seminum quat. frigidorum maiorum ana 5. iij.

Hordei integri p.].

Fiat decoctio, in colatura dissolue : Cassiœ § . j.

Olei violati et mellis rosali ana ij.

Fiat clyster.

Pour tirer et purger l'humeur melancholique, l'on fera tel clystere :

Clystere pour l'humeurmelancholique.

"if. Fumiterrœ, centaurij minoris, mercurialis ana m. j.

Polypodij quercini, folliculorura senœ ana 3, iij.

Seminis agni casti, thymi, epithymi ana 3. ij.

Fiat decoctio, inqua dissolue :

Confeclionis hamech 5 . fi .

Cassiae recens extractae 5. iij.

Olei violati etliliorum ana §. fi.

Sacchari rubri et mellis violati ana §.j. Salis communis 3. j.

Tels clysteres ne seruent seulement à euacuer les humeurs susdits, mais aussi souuent contrarient aux intera-

1 Cette formule manque dans toutes les éditions du vivant de l'auteur, et se lit pour la première fois dans l'édition posthume de 1598,

peratures : comme le premier et dernier altèrent les intempéries froides :

le second conuient aux intemperatures chaudes.

Les medicamens laxatifs qui sont mis aux clysteres sont doux, ou forts.

Les forts, comme confectio hamech, benedicla, diaprunis solutiuum, diaphœnicmi, sontmeslés à part soy iusques à 3. vj. ou 5 . j. tout au plus, selon la nature du patient facile ou difficile à esmouuoir. Les débiles et bénins, comme catholicon , cassia , hier a simplex, de 3. vj. iusques à § j. g., § ij. au plus, selon les indications. Et tels medicamens l'on dissout le plus souuent en décoction commune de clysteres, qui est faite de quelques remollitifs auec fleurs de camomille et semence d'anis.

Le clystere anodyn est fait sans medicamens laxatifs des medicamens anodyns, descriten ceste manière.

Clystere anodyn.

Of. Florum chamajmeli, meliloti, anethi ana p.j.

Radicis bismaluie §. j.

Fiat dccoct. in lacté, colaturae adde :

Mucilaginis seminis Uni et fœnugraeci extractaî in aqua maluœ §. ij.

Sacchari albi § . J.

Olei camoraillae et anethi ana f . j.

Vilellos duos ouorum.

Fiat clyster.

Tels clysteres faut garder long temps, à fin qu'ils puissent mieux appaiser les douleurs.

Vn clystere astringent est fait de choses astringentes , en la façon qui s'ensuit-

Astringent.

"if. Caudœ equinœ, plantaginis, polygoni ana m. j.

Fiat decoctio in lacté vstulalo ad quart, iij. colaturs adde :

DES MEDICAMENS,

Boli armeni et sangui. draconis ana 5. ij. Olei rosati 5 . iij .

Albumina duorum ouorum.

Fiat clyster.

De tel clystere nous vsons en vne dysenterie, après que les grosses matières sont euacuées et nettoyées , ou en flux excessif des hemorrhoïdes.

Les clysteres sarcoliques, epulotiques , détersifs , sont faits de medicamens descrils en leurs propres chapitres, pour seruir aux vlceres des gros intestins.

Les clysteres nutritifs sont faits de }a. décoction de poulets, chapons, vieils coqs cuits iusqu'à. pourriture et forte expression d'iceux , moelle, gelée , et autre telle viande bien plus cuitte que si on la vouloit prendre par la bouche , à raison que les intestins ont la vertu coctrice plus foible que le ventricule.

On fait quelquesfois lesdits clysteres de vin et décoction d'orge, quand il n'y a point de tiéure ny douleur de teste : souuentesfois de laict et de iaunes d'oeufs : on y adiouste petite quantité de sucre blanc, de peur qu'il n'irrite les intestins à excrétion par la vertu detersiue qui luy est naturelle : ou rosat ( car tel est aucunement astringent) comme appert par les exemples.

^. Decoctionis capi perfectae ft. j. fi. Sacchari albi vnc. fi .

Misée, iniiciatur cum syringa.

:^.Decocti pulli et gelatinae ana li. fi. Vini optiml § . iiij.

Iniiciatur.

:2f,. Decocti hordei mundati et in cremorem redacti Ib. fi.

Lactis boni tt. j.

* "Vilellis ouorum duos.

Fiat clyster.

Nous vsons de tels clysteres pour nourrir enfans et gens débiles, comme en vn grand deuoyemenl d'estomach, quand il ne retient la viande qu'il prend. Toutesfois en l'vsage de tels clysteres faut auoir esgard à trois choses 1 : la première est qu'il faut auant que prendre tels clysteres , asseller le patient, soit par art auec vn suppositoire ou clystere , soit du propre mouuement de nature , de peup que tels clysteres nourrissans estans meslés auec les excremens, ne soient gastés et corrompus ; la seconde est qu'il soit donné en grande quantité , à fin qu'il soit porté par tous les intestins : la troisième est , s'il est possible, qu'on dorme après tels clysteres, tant à fin que le malade face mieux son profit et concoction de tels clysteres, qu'aussi qu'il les retienne mieux : de tant que le dormir arreste toutes les euacuations. Pour laquelle mesme raison les Médecins défendent de mes- 1er en tels clysteres, sel, miel, ou huile, par-ce que les deux premiers en detergeant irritent l'excrétrice ; et la dernière en lubrifiant 2.

Aucuns veulent affermer que nul clystere peut eslre nutritif, à raison que ce qui doit nourrir doit auoir receu trois coctions : dont la première est au ventricule , la seconde au foye, la tierce en chacune partie de nostre corps. Mais telle opinion peut estre reprouuée tant par raison

1 Ces règles pour l'administration des lavements nutritifs ont été empruntées presque textuellement au chapitre 48 du livre De la Peste de 1568 (aujourd'hui ch. 49); voyez ci-dessus la note de la page 454.

2 Le texte du livre De la Peste disait seulement de celte dernière raison : La troisiesmc, que le malade retieime son clystere le plus longtemps qu'il Imj sera possible.

Û56 LE VINGT-CINQVIÉME LIVRE

que par expérience. Par raison, puis que les parties de nostre corps ont vn sentiment naturel de la chose qui défaut, et que la nutrition est repletion de ce qui a esté inany et vacué, telles parties estans débilitées par trop grande inanition faiîe és maladies, attirent premièrement tout ce qui est conuenable à leur nature : ou au défaut de tel aliment le premier qui s'offrira. Or clysteres nutritifs ne sont faits que d'alimens doux , amiables, et familiers à Nature, grandement ja préparés à concoction i : et pourtant telles choses estans és intestins , seront attirées des veines et artères mesaraïques (qui ont quelque faculté de sanguifier, ainsi que dit Galien au liure De vsu partium ) : des veines mesaraïques sont distribuées à la veine porte et au foye : et du foye à toutes les parties du corps, lesquelles aux grandes maladies, quand le patient ne peut prendre aliment par la bouche, demandent à estre remplies de ce qui leur est plus propre.

Par expérience aussi, uous voyons que gens malades , estans long temps sans manger, par l'vsage de tels clysteres nutritifs ont esté aucunement soulagés et sustentés : à raison que les parties affamées attirent promptement ce qui leur est familier, le sucçant des veines, lesquelles, estans vuidées, attirent du foye et des veines mesaraïques

Qu'est-il besoin d'exemples plus

* Le chapitre précité du livre de la Peste ajoutait ici :

« .... Comme tu pourras voir par cestuy suiuant que nous te baillons pour exemple : »

Et donnait ici la formule qui a été conservée au chapitre 49 du livre actuel de /a Peste; voyez ci-dessus, page 454.

2 Ici le chapitre cité du livre de la Peste

claires, veu qu'aucuns ( comme on a veu) ont reietté les clysteres par la bouche , voire les suppositoires ? Ce qui monstre bien que l'attraction n'est pas seulement faite des veines mesaraïques, mais aussi du ventricule, et des autres parties ».

Telles trop curieuses disputes ie laisseray à présent , pour déclarer le temps de prendre clysteres, et l'vsage.

L'on a couslume de prendre clysteres à toutes heures deuant et après disner, moyennant que soit loin du repas;, de peur que ne soit faite attraction par le clystere de la viande estant encores à cuire en l'estomach.

Parquoy on les peut prendre à six, sept, huit, neuf heures du matin auant disner, ou quatre, cinq, six après.

L'vsage des clysteres est assez manifeste par la connoissance de la matière qui entre en iceux : ioint que tous ont vn commun vsage , qui est d'aider l'expulsion des superfluités contenues és intestins , et successiue-

ajoutait le paragraphe suivant, qui a été effacé depuis :

« Or que quelque substance se puisse attirer des intestins pour alimenter nostre corps, on le peut encor prouuer par les verollez qui ont nodositez aux os : car leur faisant faire la diette teniie , lesdictes nodositez se resoluent, consument et degastcnt du tout par le moyen de la chaleur naturelle, qui attire et opère incessamment, non seulement aux aliments, mais aussi aux humeurs et excréments qui ia auoyent esté iettez par Nature comme chose à elle nuisible et superflue, ainsi que l'on voit aussi en ce qu'vn homme ayant extrême faim et soif mangera du pain à demy pourry, et boira de l'eaiie trouble et de mauuais goust. »

1 Là se termine l'emprunt fait au livre ie la Peste de 1568.

DES M2

ment dos autres parties. D'auantage quand l'aage ou la vertu du malade (comme aduient aux eniims , et gens débiles et malades) n'est suflisante à porter médecine, lors sommes contraints d'vser de clysteres , à cause qu'il ne débilitent point tant les forces que les médecines. Pour ceste cause, aucuns ont coustume de prendre clysteres de deux iours l'vn , encores qu'ils soient sains , quand Nature est paresseuse à ietler les excremens. A gens malades ils sont ordonnés plus souuent , pour tousiours tenir lasche le ventre.

L'vsage desdits clysteres a esté inuenté des cicoignes , lesquelles de leur propre mouuemeut uaturel iettent de l'eau de la mer ( qui pour sa salsitude a vertu d'irriter et euacuer ) en leur siège pour s'asseller, ainsi que recite Galien en son Introductoire de Médecine.

La manière de prendre clystere est telle, loi's que le patient le reçoit , qu'il ait la bouche ouuerte, à cause que tous les muscles qui aident à l'expulsion sont laschés, qu'il n'ait rien qui lui comprime le ventre , et qu'il soit situé en flgure courbe pour le rece-

Figure d'vn instrument propre po

uoir plus à l'aise, estant couché sur le coslé droit. Car par telle situation le clystere receu pénétrant iusques au haut des intestins, quasi comme d'vn rauage, laue plus facilement tout le ventre : où au contraire le patient estant situé sur le costé gauche, il aduient que le clystere est contraint de demeurer au rectum ou au colon : pour-ce qu'iceux par telle assiette sont pressés de la masse et pesanteur des autres intestins supérieurs.

Après qu'il a receu , il doit demeurer quelque temps sur son dos, puis se tourner de costé et d'autre, ou sur la douleur, s'il luy est possible

Or il se trouue certaines femmes qui pour nulles choses ne voudroient prendre vn clystere de la main d'vn homme , pour vne vergongne et honte qu'elles ont de se monslrer : à ceste cause i'ay fait portraire cest instrument , duquel elles se pourront aider à receuoir vn clystere , le mettant par deuant (ayant vn peu les fesses louées) la cannule dans le siège marquée B. puis versera la liqueur dedans la boëLe marquée A, Le couuercle marqué D.

!• se donner soy-mesme vn clystere ^.

1 Ici finissait le chapitre en 1676; ce qui j 2 j'ai dit dans mon Introduction, p. xCix. suit est de 1&T9. quand et par qui avait été inventée la se-

Autre syriiigue pour bailler clystere aux hommes.

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