CHAPITRE XXIV
DES HVILES.
Huile proprement dite, est celle qui est tirée des oliues meures, ou non meures : mais abusiuement elle est prise pour toute liqueur fluxile, onctueuse , et aërée , de laquelle on fait trois espèces.
La première est des huiles faites par expression, tant des fruits que de semences broyées et cassées, afin d'en
1 Paré décrit ici les pessaires tels que les comprenaient les anciens ; il faut recourir à son livre de la Génération pour lui voir donner aux pessaires la solidité et la forme exigées parla moderne signification du mot, ■Voyez tome II, page 741 et suiv., la longue note où j'ai tracé l'histoire des pessaires au XVI" siècle.
VILIJHE LIVRE, j
faire sortir par expression ce qui est ^ oléagineux. Aucunesfois sans feu : | comme huiles d'amandes tant douces | qu'ameres : huile de noix tant petites ; que grandes: huile de kerua, ou | palma christi : lesquelles aussi se peuuent tirer auec feu. Aucunesfois seu- > lement auec feu : comme huile de lin, i de laurier , de nauette, de channeuy, [ et autres telles semences. La maniera de les faire tu trouueras au troisième de Mesué, où il parle des huiles.
La seconde espèce est des huiles composées de medicamens simples auec l'huile, à find'imprimer et laisser en l'huile la vertu des medicamens :
et se fait en trois manières. La première est par décoction des racines , fueilles et sommités, fleurs, fruits, semences , gommes , bestes entières cuiltes auec du vin, ou eau, ou jus, en huile commun , omphacin, ou autres , selon nos intentions , iusques à la consomption dudit vin et eau : ce qui se connoistra, si vne goutte de telle huile ieltée dans le feu ne crépite point et ne pétille auec bruit.
Or telle consomption se fait, à celle fln que l'huile se puisse mieux et plus long temps garder sans crainte de corruption, de laquelle semble bailler occasion l'estrange matière d'eau ou de vin meslée auec icelle. Quelquesfois on fait tremper et macérer les fruits, semences, et autres in grediens, par quelque espace de temps auant que les faire cuire. Et la coction se doit faire en double vaisseau, à fia qu'elles ne retiennent vne qualité du feu, que nous appelions Empyreum.
Ainsi sont faites oleum costinum, rur taceurn^ de croco, cydoniorum, myrtillorum, masHcMmim , de evphorbio, vulpinum , de scorpionibus, et autres telles huiles cuittes auec le feu. La seconde manière se fait par macéra- •
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lion : quand on met tremper par quelque espace de temps les medicamens simples en huile : quelqueslbis sur les cendres, chaudes : quelquefois en fiente de cheual ou au soleil, à fin que par ceste chaleur modérée l'huile puisse retenir la vertu des medicamens macérés. La troisième manière est faite par insolation, quand en Esté l'on laisse au soleil fleurs des herbes mises tremper en huile, à fin que la dite huile estant eschauffée de la chaleur amiable du soleil, puisse prendre les facultés et effets desdites fleurs : et de ce nombre sont, huile de roses, de camomille, d'aneth, de lis, de nymphœa, de violes, et autres, lesquelles pourras voir en Mesué, à fin d'apprendre leur, composition et vertu comme des autres cy-dessus.
La troisième espèce appartient aux alchymistes, laquelle est faite par résolution en diuerses manières , et a vertus et effets merueilleux : quand par chaleur, soit du soleil, soit du feu, soit de putréfaction, vne liqueur huileuse est tirée. Or l'extraction de ladite liqueur est faite en deux manières, l'vne per ascensum, l'autre jjer descenstim, ainsi qu'ils appellent,
Per ascensum sont faites huiles auec alembic et receptoire, eschauffés ou en cendres, ou arène, ou limature de fer, à fin de faire monter en haut la vapeur et exhalation des medicamens contenus au dedans, laquelle par réfrigération du sommet de la chapelle et alembic descend au receptoire, et telle liqueur est la partie la plus ténue et subtile qui soit esdits médicaments : ce qu'ils appellent resolution en ses elemens, et extraction de l'humidité substantiflque de la matière.
Ainsi est fait oleum philosopkorum, qui est descrit au troisième liure de l'Antidotaire de Mesué : aussi çleum ni.
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xulphîiris, qni est de très-grande efficace et vertu, et presque toutes les nobles et bonnes compositions qui vulgairement ont le nom de baume.
Aucunesfois est faite telle sublimation à la vapeur de l'eau, qu'ils appellent balneum Mariœ.
Per descenmm sont faites huiles, quand la liqueur ne monte en la chapelle , ains descend en vne cornue en la manière que s'ensuit. Il faut emplir vn vaisseau de terre bien plombé, qui ait le col estroit, de taillures menues du bois , ou autre médicament gras duquel nous voulons auoir huiie, et les bien disposer audit vaisseau par ordre : puis appliquer au col d'iceluy vne lamine de fer ayant plusieurs trous et pertuis, et la lu ter au col tant dudit vaisseau que d'vn autre vaisseau de verre , qui doit receuoir ladite huile, lequel faut mettre en terre : puis faut eschauffer l'espace de deux heures ou plus le vaisseau dessus , contenant les medicamens que l'on veut distiller , et par ainsi distillera huile dedans le vaisseau enterré : telle distillation , comme auons dit, est faite per descensum, c'est-à-dire par descente contraire à la précédente. Plus ample doctrine de telles sortes de distiller tu trouueras en Philippe Vlstade, en son liure Lu Ciel des Philosophes, et au premier liure de la matière de Chirurgie, chapitre des Resoluens : aussi Mesué la descrit, parlant de l'huile de genéure. Ainsi se peut tirer l'huile du bois de genéure, de gaiac, de fresne, du bois de rosmarin, et plusieurs autres de vertus et effets merueilleux en la curation des maladies. Semblablementest tirée par resolution, huile d'œufs, de froment , et de moustarde : loutesfois elles se peuuent tirer par expression, comme la première espèce.
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Il y a vne autre façon d'extraire telles huiles pcr desccnsum^ quand on met le vaisseau coulenaut medicamens decliuo et panctié en lieu frais, comme en la caue : ainsi est tirée huile de myrrhe, huile de tartre, et de vitriol. Or faut noter qu'en l'extraction de la quinte-essence des vegctables, c'est à dire qui ont fixculté decroislre ou diminuer, comme sont les herbes , l'humidité substantiûque est tirée la premier* : mais des minéraux est tirée la dernière, laquelle est pure et nette , semblable à huile.
Il y a d'autre substance excreraenteuse qui se tire , mais elle n'a tels effets que la substanlifique, laquelle surpasse toutes autres facultés des medicamens, bien souuent outre toute opinion commune.
Nous vsons des huiles, à On que la vertu pénètre au profond, ou à fin que l'huile puisse adoucir la substance des choses que l'on mesle auec ladite huile. Toutesfois faut entendre, que quand on fait huiles froides composées auec huile commune, il faut prendre de l'huile omphacin, c'est-à dire tirée d'oliues vertes et non meures, comme l'huile rosat. Aussi quand on veut faire huiles chaudes, comme huile des philosophes, ou lenedida, il faut prendre de l'huile douce et bien meure , ou vieille , ou d'infusion de rosmarin et semblables.