CHAPITRE XXVI
DES ONGVEPIS.
Les onguens ont plus de consistence et sont plus fermes que les linimens , et de plus grands effets : ainsi nommés à cause que les parties où l'on les applique sont ointes et engraissées.
Les différences d'iceux sont prises en partie de leurs effets, à cause qu'ils eschauffent, réfrigèrent, desseichent, humectent , raondifient , confortent les parties , consument la chair, faisans cicatrices , et autres choses semblables : en partie de leurs couleurs, et des noms des inuenteurs , comme alhnm Rhasix, dessiccaliuum rubrum:
en partie aussi du nombre des simples desquels ils sont faits , comme vnguentum tetrapharmacum , que communément on nomme basilicon^ et tripharmacum , que l'on dit nutritum : et de plusieurs autres tels accidens sont faites les différences desdits onguens, comme le plus souuent ils retiennent le nom du principal simple qui entre en la composition d'iceux : ainsi nous disons vnguentum de lilhargyro , de minio , diapompholigos, et les autres semblables.
Ils sont faits d'herbes, racines , semences , fruits, des parties des bestes., des métalliques, et quelques corps terrestres. Les jus et autres humidités sont consumées en cuisant , comme aux huiles : les herbes et parties d'icelles sont puluerisées, si elles sont seiches , tout ainsi que les metalli-
Ô64 LE VJKGT-CINC
ques et corps tcrreslres : si elles sont vertes , elles snnl ciiillcs, exprimées, et puis leur jus eoiisommé en decoclion. Les gommes et résines aucunesfois sont puluerisées. autresfois sont dissoutes et fondues, ou par l'eu , ou par quelque liqueur conuenable. La cire se fond auec l'huile sur le feu.
Or pour composer onguens , on a accouslumé garder telle proportion , que pour vue once de poudre , on y mette deux onces de cire, et huit onces d'huile : toutesfois puisque la cire n'est mise aux onguens que pour leur donner consistence, il vaut mieux laisser la quantité de cire au iugement de celuy qui les fait : ioint qu'il faut aussi moins y adiousterde cire en Esté qu'en Hyuer : à cause que la chaleur de l'Esté desseichant d'auantage la composition totale de l'onguent, luy donne plus de consistence.
Telle est la reigle des communs praticiens pour ordonner onguens , laquelle entendras mieux par exemple.
Onguent repercussif et anesiani flux de sang.
Of. Olei rosacei § . iiij.
Pilorum leporis, boli armenl, terrœsigillatœ anaS. j.
Balaustiorum et gallarum ana 3. ù .
Tritis quse terenda, et simul mixtis, addiia cera quod sulBcit, fiât vnguentum.
Ainsi promptement à ta nécessité pourras composer onguens à cest exemple : mais souuent on en fait d'autre façon. Car il y a trois manières de composer onguens : la première est celle qui est faite sans feu , en pistant seulement au mortier :
ainsi est fait vnguentum nutrilum :
la seconde, quand auec feu nous fondons en l'huile la cire, ou autre telle graisse : puis quand tout est fondu , nous meslons les poudres en mesme
aiÎME LIVUE,
proportion que celle cy dessus : en cesle façon l'on compose vtiguenlum aureum , basilimn , diapompholygos , dcsiccaliuum rubrum, et enulalum. La troisième manière est de pister axonges auec les herbes , puis les cuire ensemble et les couler, car la colature est onguent. Et pour facile intelligence , ie te donneray la description des susdits onguens, et la manière de les faire.
ngiienlum nutrilum.
'2f. Lilhargyri auri Iriti et loti a. C .
Olei rosati Ib. j.
Aceti rosati §. iiij.
El fiât vnguentum.
Vous prendrez premièrement votre litharge, et la mettrez en vn mortier, y adioustant vn peu d'huile à fin qu'elle s'espaississe, la remuant auec vn pilon -.puis adiousterez autant de vinaigre, en remuant iusques à ce qu'ils se soient incorporés ensemble :
et continuerez àietter tantost vn peu de vostre huile , puis du vinaigre , iusques à ce que l'onguent soit rendu en bonne forme et consistence. Et si lu veux faire de cest onguent l'emplastrum nigrum, tu feras consommer petit à petit tout ton vinaigre, et lors l'emplastre viendra noire et luisante.
Vnguenlum aureum.
Cerae citrinîe § . vj.
Olei boni ]t. ij.
Tereb. 3 . ij.
Resinœ, colophoniœ ana o-j- ^• Olibani, mastiches ana § . j.
Croci 5. j.
Fiat vnguenlum.
En premier, ferez fondre vostre ciro auec vue grande portion de l'huile,
DES MEDICAMENS.
puis VOUS adiousterez la résine et colophone rompue par pelitsmorceaux :
et estans fondues , osterez le tout du feu , et adiousterez vostro térébenthine : cela estant à demy refroidi , meltrez l'oliban et mastic puluerisés , et sur la On le saffran dissout ou destrempé auec le reste de vostre huile.
Le tetrapharmacum est ainsi appelle, par-ce qu'il est composé de quatre simples , sçauoir ; cire, résine, poix et suif de taureau, également meslés et fondus.
ynguentim tetrapharmacum,
'2f. Resinae, picis nigrœ, cerœ ana §. ij, û. Olei veteris oliuarum matur. ïb. j. fi, aut a. j. si durius id esse vis.
Fiat vnguenlum.
Faites fondre auec l'huile la cire coupée par petits morceaux, puis adiousterez la résine et poix : et le tout estant fondu aurez vostre onguent.
Aucuns l'appellent iasilicum.
Knguenium diapompkolygos.
'if. Olei rosali § . ix.
Cerae albse g . iij.
Succi solani hortensis ^ . iiij.
CerussEE lotœ 5 .j.
Pompholygos, plumbiysti et loti, olibani puri ana 5 . fi.
Fiatvnguentum.
En l'huile sera fondue la cire à petit feu , puis estant ostée du feu , adiousterez vos susditsingrediens, et lesbroyerez long temps en vn mortier de marbre, versantpelit à petit du suc : et ce qui ne sera incorporé , vous le séparerez.
iigueulum desiccalimm rubmm.
"il. Lapidis calaminaris, terra; sigillataî ana
Lithargyri'aurl, cerussae ana § . ]. fi.
Camphoraî 5. fi .
Cerœ g. ij. C.
Olei rosatietviolarumana S-'U- Fiat vnguentum.
Vous ferez fondre la cire auec l'huile , et estans refroidis vous meslerez vos poudres , remuant auec vne spatule de bois, adioustant sur la fin le camphre dissout auec vn peu d'huile rosat , ou eau de roses.
ugiienlum enulatum.
'if. Radicis enulaî campanjB coctaî cum aceto, et pistatae vt decet It. fi.
Axung. porci, olei communis ana 5»
Argent! viui extincti, et terebenthinaj lotœ ana § . j.
Salis communis puluerisali 3. ij.
Incorporentur vt decet.
Vous prendrez vos racines cuites, et passées par l'estamine, lesquelles ferez cuire auec vostre axonge à petit feu, en remuant tousiours, puis soudain ietterez vostre sel, et l'huile, et cire, le tout meslés ensemble : cela fait, sera ostée du feu la composition : à laquelle estant froide, adiousterez le vif argent esteint auec vn peud'axonge et térébenthine.
P^nguenlum album Ehasis.
if. Olei rosati ^ . ix.
Cerussa; albae 5 . iij.
Cerae albai § .ij.
Conûce sic.
La ceruse sera bien puluerisée, sus laquelle ietterez l'huile et la cire que vous meslerez ensemble chaudement, puis longuement battrez le tout ensemble, iusques à ce que la meslange vous en semble bien parfaite.
LE VINGT-CllVQVIjfME LIVRE,
f^iujuenlwn de alihœa.
^. Radicis allhiciD It-.j.
Seininis lini, fœnugrœci ana Hi.
Scillaj 3 . iij.
Olei communis It. ij.
Cerœ li. fi .
Terebenlhina), galb. gummi hederaj ana 5- j-
Colophoniœ et res. ana iij.
Lesracinesellesmorceauxdescille, et les semences de lin, seront mises en infusion chacun à part, en cinq liures d'eau l'espace de trois iours, puis on les fera boiiillir iusques à la consomption chacun de trois onces :
cela fait, ou en tirera les mucilages, que l'on fera cuire auec l'huile, adioustant la cire taillée en petits morceaux : puis l'ostant du feu mettrez le galbanum dissout en vinaigre meslé auec la térébenthine , ensemble la gomme de lierre , colophone et résine, réduits en poudre : ou bien ferez fondre vostre colophone et résine auec la cire et l'huile , qui seroit mieux.
Vnguenlumpopuleonis,
"îf.Ocnh populiarb. a.j. fi.
Folio, papauer. nig. mandrag. foHor.
rubiœ. hyoscya. vermic. lactucas, semperuiui, folior.violar.cymbalaris folior.
nominati cortali nascentis in flg. et muris ana § . fi •
Cordus et Fernelius, itemqueNicolaus dozent les simples iusques à trois onces chacun:
Adipis suilli recentis expertis salis ft. ij. Vini boni lî>. j.
Fiat vnguentum.
Les fueilles de violes et œillets de peuple seront pistés en vn mortier de marbre auec les axonges, puis seront
mis en vn pot , et laissés l'espace do deux ou trois mois, attendant que les autres herbes soient en leur vigueur :
lesquelles cstans cueillies, seront hachées et pistées comme les susdites, puis meslées ensemble, et sera le tout rais en vn lieu tiède l'espace de huit iours, adioustant vue liure de vinaigre fort : cela fait, on fera le tout cuire iusques à la consomption de l'humidité, qui seconnoistra lors que l'on en iettera vnpeu dessus le feu, et s'il fait bruit, c'est signe qu'il y a encore quelque humidité : laquelle estant consommée, ledit onguent sera passé par vn gros linge, en exprimant bien fort le marc des susdites herbes.
F~ nguentum apostolorum.
Terebenthinœ, cerœ albœ, resinœ ana 3.
xiiij.
Opopanacis et floris aeris (scu viridis ajris : car flos œris ne se prend pas icy proprement pour ces petits- grains, qui comme scintilles saillent de l'airain, lors que les mareschaux l'abreuuenl d'eau pour le rafraîchir : mais il se prend pour le verd de gris, qui est fort propre contre les vlceres malins contre lesquels tout cest onguent est préparé) ana 3. ij.
Ammoniaci 5. xiiij.
Aristolochiae longœ, Ihuris mascu. ana 3. vj.
Myrrhaiet galbant ana 3. iij.
Bdellij 3. j.
Litbargyri dracb. ix. Olei ib. ij.
Fiat vnguentum.
La litharge doit estre nourrie auec 5 . ij. d'huile, l'espace de cinq heures, en après cuitte à petit feu iusques en forme de miel, en remuant à fin qu'elle ne se brusle, à laquelle estant hors du feu, adiousterez la cire fondue auec le reste de l'huile, ensemble la résine : puis le tout estant refroidi, mettrez
DES MEDICAMENS.
les gommes dissoutes en vinaigre, et cuites incorporées auec la térébenthine, ou bien les adiousterez en poudre : cela fait, les poudres d'aristoloche, myrrhe et encens seront incorporées : et par ainsi aurez vostre onguent, y adioustant sus la fin floris œrh bien subtilement puluerisé.
Encore que par cy deuant la description de l'Egyptiac soit mise, ien'ay voulu faillir le mettre en ce lieu.
2f. Floris seris, aluminis rochœ, mellis communis ana 5 . iij.
Aceli acerrimi § . T.
Salis communis § . j.
Vitrioli Romani g . fi .
Sublimati pulueris. 3. ij.
Bulliant omnia simul, et fiât vnguenlum vt artis est.
l'ay adiousté le sublimé pour luy donner plus de force, lequel tu pourras diminuer ou oster si bon te semble.
F'tiguentum Comilissœ.
"if. Corticum medianorum castanearum, corticum medianorum arborisglandium, et glandium, myrlillorum, caudœ equinae, corlicum fabarum, acinorum vuarum, sorborum siccorum immalurorum, mespillorum immalurorum, radicum chelidoniae, foliorum prunorum syluestrium ana § . j. C .
Aquœ plantaginis ft. viij.
Cerœ nouœ § . vlij. C .
Olei myrtillorum Ib, ij. C.
En après te faut espandre dru et menu la poudre des choses qui s'ensuiuent.
^. PulueHs cortlcis medianî castanearum, corticis mediani glandium, corticum mediatiorum arboris glandium, id est quercus, gallarlim ana § . j.
Cincris ossium cruris bouis, myrtillo-
rum, acinorum vuarum, sorborum siccorum ana 5 . fi.
Troohiscorum de carabe § . ij.
Fiat vngucntum.
Premièrement vous ferez vne décoction en l'eau de plantain , des simples concassés qui s'ensuiuent, comme cortex mcdîatius arboris quercini, acini vuarum, radix chelidoniœ^ mespilla, sorba, cauda equina, semen myrtillorum , pruni sylueslris folia , corlices fabarum , cortices mediani glandium , castanearum cortices . et gallœ : lesquels simples estans bien cuits , seront laissés en infusion l'espace de deux heures , et ladite décoction sera passée et séparée en neuf portions, et auec vne des susdites portions la cire estant fondue auec l'huile de myrlils , sera lauée , en continuant telle ablution sept fois ; cela fait , et l'ayant bien esgoultée , de sorte qu'il ne reste aucune goutte de la décoction, auec la cire et l'huile la ferez fondre , adioustant les poudres qui s'ensuiuent, comme ossium cruris bouis, corticum medit rum a»*boris quercini, et mediorum corticum glandium, corticum mediorum castanearum, gallarum, sorborum^ mespillorum, scminum myrtillorum, acinorum vuarum, et sus la fin trochiscos de carabe : et par ainsi aurez vostre onguent fait selon l'art.
V uguentum pro stomacho.
"if. Olei absinlhij, mastichis, de spica et rosatt ana § . fi .
Pul. absinthij, rosar. maioranse, menthœ ana 3. j.
Garyopliyllorum, cinnamomi, mastichis, galangœana 3. j.
Puluerisenlur pulucrisanda, et cum sulTicienli quanlilate cerœ liât vnguentum molle, de quo vnguatur slomachus calidô per horam ante pastum, continuando.
568 LE VIHGT-CINQVIIÎMIÎ LIVRE,
Nous vsons des onguens à On qu'ils demeurent et s'arreslent en la superficie, sans couler, et aussi à fin qu'ils ne pénètrent trop au dedans : pour caste raison ils sont moyens entre les linimens et emplastres : et bien souuent nous prenons onguenspour linimens, vsans indifféremment de l'vn et de l'autre
V liguent de liedms escrit par Galien, propre aux morsures des bestes enragées, et à toutes morsures, soit d'hommes ou attires ohimaitx : aussi aitx ragadies du fondement ; on en fait pareillement des pessaires remollitifs 2.
Of,. Cerae albœ ft. ij.
Cerussœ, lithargyri aurei ana D), j.
Myrrhœ et medullœ cerui ana § . ij.
Thur. g.j.
Olei a. C.
La manière de le faire est telle : il faut cuire la litharge auec l'huile iusques à bonne consistence, cela fait il faut ielter la cire et ceruse , et les mouuoir : et lors qu'ils seront vnis, et n'adhéreront point aux doigts, estez les du feu, et y mettez la moelle : puis quand il seront refroidis, on y adioustera la myrrhe et le thus subtilement puluerisés : et sera gardé tel onguent pour en vser aux dispositions susdites.
Aittfe médicament de Galien propre aux morsures des chiens enragés, et aux piqiteures des nerfs et tendons : il prohibe que telles platjes ne se peuueni ghiliner ny cicatriser. Il se fait ainsi ' :
Prenez vne liure de poix grasse, trois onces
' Ici s'arrêtait le chapitre en 1575; le reste est de ibld.
^ Liu, 1. delà ComiposHion des medicamens en gênerai. — A. P.
■J Liu. 3. de la Composition des medicamens en gênerai. — A. P.
d'opopanax, cuits en fort vinaigre, huile de lis, axonge de porc fort vieille i et soit fail onguent.
II dit que l'huile de moustarde est si acre, que la mettant sur les playes recentement fermées, qu'elle a vertu les faire ouurir : et partant elle est bonne ausdites playes faites des bestes estranges, et aux ponctions des nerfs et tendons.