DES CEROVENNES ET EMPLASTRES
Les ceroiiennes et emplastres ont si grande affinité en leur composition, que souuentesfois on escrit l'vn pour l'autre, tout ainsi que les linimens et onguens , lesquels on confond quclquesfois l'vn auec l'autre : à ceste cause nous distinguerons bien peu les ceroiiennes des emplastres , car la différence est bien petite.
Ceroiienne est une composition plus dure et solide que les onguens , et plus molle que les emplastres, laquelle a son nom de la cire qu'elle y reçoit pour donner consistence et arrester l'huile. Les différences sont prises aucunesfois des parties oîi elles sont appliquées , comme ceralitm stomachicum : autresfois de leurs effets , comme ceratum refrigerans Galeni :
souuentesfois des simples desquels ils sont composés, comme ceratum santalinum , et ainsi des autres.
La propre matière des ceroiiennes est la cire neufue , et les huiles accommodées aux parties et maladies :
de sorte que linimens et onguens ne différent aucunement des ceroiiennes, s'ils recoiuent de la cire en leur corn-
DES MEDICAMENS.
position : comme mgnentum rosaceutn , s*\l reçoit de la cire , sera appellé ceroiienne, non onguent. Les ceroUennes qui sont composés de résines , gommes, et métaux , sont pl«stost appellés emplastres que ceroûennes, comme le ceroiienne pour la hergne, communément appelé Empîastrum contra ntpftiram.D'auantage souuentesfois s'il y a douleur ou inflammation en vne partie , nous faisons ceroiiennes des emplastres liquéfiés enhuile, de peur que la substance trop solide , dure et pesante de l'emplastre ne blesse la partie dolente par sa granité, et n'augmente l'inflammation , empeschant la perspiration d'icelle par sa solidité. Et pourtan t délaissant la manière de composer lesdits ceroiiennes, dirons des emplastres.
Emplastre est vne composition faite de toute sorte de medicamens, principalement gras et secs, assemblés et amassés en vn corps espais et visqueux , dur et solide , adhérant aux doigts. Les différences des emplastres sont autant manifestes que celles des onguens. Qu'il soit vray, elles sont prises bien souuent d'vn principal médicament qui entre en la composition , comme diachylon , de metiloto , de baccis lauri , diachalcileos siue palmeum , de betonica siue de ianua. Aucunesfois de leurs effets, comme diuinum , gralia dei , aposiolicon , conlra rupturam. Quelquefois aussi de la couleur, comme emplaslrim nigrum , griseum, et autres telles différences , lesquelles connoistras à leur nom commun et vulgaire.
La matière des emplastres est prise des parties des plantps , des métalliques et corps terrestres principalement , et des parties des bestes : desquels les vns laissent seulement leurs
vertus , comme le vin , vinaigre, eau, et tous jus liquides des herbes : les autres seruent principalement pour donner consistencc ferme aux emplastres, comme la litharge (laquelle selon Galien est la principale matière à faire emplastres 1 ) la cire , l'huile et les résines. Les autres sont mis aux emplastres, non seulement pour seruir de matière, mais aussi pour donner leurs vertus et effets, comme les gommes , quelques métalliques , parties des bestes, et résines, comme la térébenthine pour digérer, mondifler et desseicher.
Or des emplastres aucuns sont faits sans coction , les autres auec coction.
Ceux qui sont faits sans feu, incontinent sont desseichés, et ne son t aucunement visqueux. Ils sont faitsdefarine et poudre meslées et incorporées auec jus, ou autre chose humide. Tels emplastres doiuent pluslost estre appelés onguens durs ou cataplasmes, qu'emplastres. Qu'ainsi soit, par décoction sont faits les vrais emplastres, laquelle est aux vns plus longue, aux autres plusbriefue, selon quelesingrediens la peuuent endurer de leur nature et substance : parquoy il est fort vtile connoistre ceux qui portent grande décoction ou petite.
Donc la méthode et moyen de bien faire les emplastres , c'est que les racines , bois , fueilles , tiges , fleurs , semences seiches et puluerisées , sont mises presque toutes les dernières , lors que l'emplaslre est quasi cuit, ou qu'il est ja hors du feu, ou autrement leur vertu s'euaporeroit. ïoutesfois si quelques vues de ces choses entrent en la composition lors qu'elles sont fraisches et encore verdes,ouil
1 Aux liures de la Composition des medicamens en particulier. — A. P.
LE VINGT-CIIN
les faudra faire cuire en quelque liqueur, puis les passer et mesler auecqucs le reste , ou bien si elles ont du suc , on le tire après les auoir pilées : et se sert-on de ce suc pour cuire les autres choses , et les fait-on du tout consommer, n'y laissant rien que sa vertu et faculté, comme l'on peut voir en l'emplastre de ianua ou beionica , et gratia dei : ce qu'on obserue aussi és mucilages : vray est qu'à cause de leur viscosité , ils ne se consomment pas tant que les sucs.
Quant au miel et huile, il en demeure encore beaucoup , encore que l'emplastre soit parfait. Et quant aux sucs solides et endurcis , comme l'aloés , l'hypocistis, l'acacia, et autres semblables, si quelqu'vn entre en la composition de l'emplastre , et s'il est encores récent et frais , il le faudra seulement dissoudre et deslremper en quelque liqueur propre en nostre intention , lequel neantmoins il faudra faire consommer à force de cuire, auant que le mesler en la composition : ou bien faire cuire toute la composition iusques à la consomption de l'humidité des sucs.
Les gommes, comme galbanum, opopanax, sagapenum, ammoniacum, et autres, se doiuent dissoudre en vin , vinaigre , eau de vie , ou autre liqueur : puis doiuent estre coulées et cuites iusques à la consomption desdites liqueurs et consistence emplastique, et seront mises aux emplastres ja du tout cuittes. Et est à noter , que pour bien auoir la quantité et poids des gommes , il les faut premièrement dissoudre et couler, et les faire cuire, à cause des petits esclats deljois et autres ordures qui s'y trouuent le plus souuent.D'auantage, le Chirurgien doit auoir esgard en quelle liqueur il les fait dissoudre :
3V1ÉME LIVRE,
car le vinaigre fait de bon vin fort et puissant, est de trop plus grande vertu pour sublilier et pénétrer, que celuy qui est fait de petit vin , brusc , rude, etaspre.
Les autres gommes qui sont plus seiches sont mises en poudre, et mcsiées à la fin des emplastres : les métalliques, comme œsvslum, chalcitis, magnes, bolus armenus, sulphur, auri pigmentum^ elles autres qui se peuuent puiucriser.doiuent estre mis à la fin, si d'auenlure on ne veut obtondre et refréner leur trop grande force par longue décoction. Ainsi est fait des résines, de la poix, de la térébenthine , laquelle doit estre mise après la cire, sans sentir aucune coction, ou bien petite : les graisses sont meslées sur le feu. La litharge auec l'huile doit estre cuitte à consistence, si l'on veut que l'emplastre desseiche sans mordication. La cerusse pourra bien endurer tant longue decotion , mais elle ne rendra l'emplastre blanc:
tout ne plus ne moins que la litharge d'argent ne donne tant belle couleur aux emplastres que la litharge d'or.
Finablement tel ordre garderas en la décoction des emplastres. La litharge sera cuitte à consistence, les jus ou mucilages ja consumés : puis on y adioustera les graisses , en après les résines seiches , les gommes, la cire , la térébenthine, et à la fin les poudres.
La parfaite coction des emplastres est conneuë parla consistance crasse»
dure, glutineuse et adhérante. Ce qui est euident, quand en prenant quelque portion de l'emplastre , icelle refroidie , soit par l'air ou eau froide, ou marbre , elle ne vient à adhérer aux doigts : d'auantagc, quand tout est bien meslé, et la pasle et l'emplastre est bonne et bien amassée, difficile
DES MEDICAMENS.
à rompre et mettre en morceaux.
La quantité des medicamens que l'on veut mesler pour faire emplaslre nese peut descrire, ains est estimée par vne coniecture artificieuse , ayant esgard aux medicamens qui donnent consistence et glutinosité : puis à la coction parfaite on conuoist si l'emplaslre est trop mol ou trop dur. La cire n'entre point aux emplastres esquels il y a du ladanum , car il sert de cire. D'auantage , si la composition d'vn emplastre reçoit quelques medicamens emplasliques, la cire sera diminuée : au contraire, si les autres sont tous liquides , l'on augmentera la cire en telle quantité qu'elle puisse donner consistence empiastique. Le temps aussi et l'air varient la quantité de la cire , et pourtant sera bon laisser la qu antité de la cire au iugement de l'o perateur , escriuant seulement , cerœ quantum sufficit. Des onguens on peut faire emplastres, en y adioustant ou cire ou résines seiches , ou autre chose dure et solide. Aucuns veulent que pour vne poignée des medicamens grossement puluerisés , on y mette vne once ou once et demie d'huile , ou autre liqueur : mais de cecy ne s'en peut donner précepte certain, ains toutgist en l'examen et considération des emplastres ja composés des anciens , esquels se faut diligemment exercer, pour bien entendre la manière d'ordonner emplastres. A ceste raison nous descrirons les plus communs.
Emplast, de Figo cum Mercurio,
^. Oleî chamaemeli, anethi, de spica, liliorum ana §. ij.
Olei de croco 5 . j. Pinguedinis porcinœ Ib. J.
Pinguedinis vitulinaî H>. fi.
Euphorbij 3. y.
Thuris 3. x.
Olei laurini § . j. fi •
Ranas viuenles n. vj.
Pinguedinis vipcraî § . ij fi>.
Lumbricorum lotoriim in vino g.ilj. fc.
Succi ebiili, enula; ana g . ij.
Schœnanti , stœcados , raatricariae ana
m. ij.
Vini odoriferi îb. ij.
Lithargyri auri Ib. J.
Terebenlhin;e clara; Styracis liquidœ 5 . j. fi.
Argenli viui extincti.
Fiatcmplastrum.
Pour chacune liure d'ingrediens , on y met iiij. § . de vif-argent, et souuentl'on le multiplie, pour estre ladite emplastre de plus grand effet.
Les vers doiuent estre laués auec eau de fontaine, puis auec vn peu de vin, à fin de leur ester toute la terre qu'ils pourroient auoir : estant ainsi laués , on les fera tremper au vin qui entre en ceste composition , et les grenoiiilles toutes viues seront adioustées , et le tout boiiilli ensemble iusques à la consomption de la tierce partie :
puis sera mise l'herbe appelée matricaria incisée, aussi leschœnantheconlus, et le stœchas, et de rechef on fera cuire le tout iusques à la consomption d'vne liure. Telle décoction sera cuitte à perfection, et qu'ellesoit claire: puis sera laissée refroidir , puis coulée et gardée, attendant que la litharge aye esté nourrie l'espace de xij. heures auec huile de camomille, anelh,delis, de saffran , ensemble les axonges de porc , de veau , et de vipère ( en lieu de l'axonge de vipère , on prendra de i'axonge humaine), laquelle litharge ayant esté nourrie , sera cuitte bien lentement : puis esterez le tout du feu, et adiouslerez vn quarteron de la susdile décoction : en après sera mise sus le feu , à fin que l'humidité en soit
^7^ I-E VINGT-CINQVIÉMÉ LIVRE,
eonsommée , et continuerez iusques à ce qu'ayez mis toute la décoction :
et notez qu'vne partie de l'huile d'aspic sera gardée pour mettre à la lin de ladite décoction , à Gn que i'emplastre aye meilleure odeur. Cela fait, lors adioiistercz succos ebuli et enulœ campante , faisant le tout cuire iusques à leur consomption : puis l'ayant osté hors du feu adiousterez le thus . euphorbium , et de la cire blanche tant qu'il en sera besoin , puis mettrez l'argent vif esteint auec la térébenthine , et huile d'amandes ameres , et le styrax , l'huile laurin et despica, en remuant tout iusques à ce qu'il soit froid : puis en ferez magdaleons. Le vif-argent sera incorporé, esteint , comme dit est , auec l'emplastre, sur le marbre auec les mains.
Annotation au ieune chirurgien, que tous les onguens ausquels entre du vif argent, on le doit esteindre auec vn peu d'axonge ou huile visqueuse, comme de lin ou térébenthine , puis après l'incorporer auec le médicament , estant presque du tout refroidi : autrement il s'euaporeroit en fumée, ou se reùniroit en corps comme deuant qu'il fust esteint : laquelle chose est bien à noter principalement, comme à l'emplastre de de Vigo et autres K
Ceratum œsypi ex PhUagrio.
"Jf. Croci 3. ij. C ,
Bdellij, masti. ammoniaci, aloes, styrac. liquidae ana § . C Cerœ albœ Ib. û.
Terebent. 3, vj.
Medullae cruris vaccœ, adipis anseris ana o-j-
OEsypi, vel axung. gall. si desit § . ix. Olei nard. quantum salis ad magdaleones formandos.
Expressionis scilla; g.j. fi.
Olibani §. û.
Sepi vitulini 3 . j.
Vœsipus, sepum, adeps et medulla auec la cire , seront fondus ensemble : et estant le tout refroidi , adiousterez: l'ammoniac dissout en vne demie once d'vne décoction faite de fœnugrec et de camomille , et en vne once et demie de suc de scille, faisant consommer l'humidité: puis mettrez le styrax et térébenthine, et remuant touGiours , lors adiousterez le bdellium, origan, mastic, aloé, mis en poudre : le tout estant bien incorporé auec huile de nardinum, en formerez magdaleons.
Emplaslrum de gracia dei.
^. Tereben. ft. û.
Resinœ Dj. j.
Cerae alba; g . iiij.
Mast. § . j.
Fol. verb. bel. pirapia.ana m. j.
Les herbes verdes , et principalement leurs sommités , seront hachées et broyées en vn mortier de marbre , puis seront cuiltes en bon vin rouge et odoriférant , iusques à la consomption de la tierce partie , et en la colature adiousterez votre cire taillée en petits morceaux pour la faire fondre :
et l'humidité consommée , mettrez la résine, et le tout estant réfrigéré, adiousterez le mastic bien puluerisé, le malaxant entre vos mains pour le mieux incorporer.
Emplast. de iaiiua, seii de beionica.
"if. Succi béton, planlag. apij ana Ib. j. Cera3,picis,resinœ, terebenth. ana ffi. 6
Fiat emplast.
' Cette annotation a été ajoutée en 1579. 1 Les sucs seront mis auec la cire
DES MED
pour la liquéfier et fondre , lesquels seront consommés iusqiics à la consomption (le trois parties, puis adiousterez la résine , poix , lesquels estans fondus seront passés tous chauds, adioustant puis après la térébenthine, après en seront faits magdaleons.
Emplaslr, oxtjcroceum.
'if. Croci, picis communis {ouplustosi naualis, laquelle à la vérité semble plus propre eji ce cas, de tant que tel onguent est préparé pour amollir, discuter et euoquer la douleur des iointures ) coloph. cerœ ana §• ij-
Terebenth. galb. atnmon. thuris, myrrhae, mastic, ana 5. v. &.
Vous ferez lentement fondre la cire, adioustant la poix et colophane , puis mettrez vos gommes dissoutes comme il appartient , et meslées auec la térébenthine : et le tout estant osté du feu , mettrez le thus et la myrrhe Tvn après l'autre , et sus la fin le saffran bien puluerisé : puis en formerez magdaleons auec huile de vers.
Emplastnm de cerussa,
"îf. Ole! communis B. ij.
Cerussœ subtiliss. Ib.j.
Si tu veux faire ton eraplastre plus blanche , ne faut mettre que a . ix.
d'huile. Vous ferez cuire votre emplaslre petit à petit , mettant tout ensemble, en remuant iusques à ce qu'il aye consistence d'empiastre.
Emplastrum triapharmacum ou nigrum.
2^.Lilharg. triti, aceli fortissimi analb. fi. Olei antiqui Hj. j.
Fiat emplastrum.
La litharge sera nourrie auec l'huile l'espace de ix. heures, la faisant cuire à petit feu, iusques à ce qu'il soit es-
rCAMENS.
pais, puis adiousterez vostre vinaigre petit à petit, vous donnant de garde qu'il ne se brusle , et ferez tout bouillir iusques à la consomption d'iceluy vinaigre, Icelle emplaslrc est dite Iriapharmacum , à raison qu'elle est composée de trois simples.
Emplastrum palmeum siue diachalciteos.
Olei veteris ft. iij.
Axungiie veteris sine sale ib. ij.
Lilhargyri trili ft.iij.
Vitrioli g . iiij.
L'huile et la litharge seront mises ensemble, à fin de la nourrir, l'espace de xij. heures, puis sera cuitte ayant quelque consistence, adioustant l'axonge : et faut tousiours remuer auec vne spatule de palme , ou en lieu d'icelle auec vne racine de canne ou baston de saulx : et estant cuitte à perfection, et ostéedu feu, adiousterez votre vitriol bien puluerisé.
Emplastrum contra rupturam.
"if, Picis naualis, aloës ana 5 . iij.
Lithargyri, cerœ, colophonia;, galbani, ammoniaci ana o-'j- Visci quercini g. vj.
Gypsi vsti, vlriusque aristolochiœ ana