Q TELLES CHOSES DOIVENT ESTRE CON- SIDEREES ÉS DISTILLATIONS
Après auoir monstré que c'est que distillation , faut connoistre quelles choses sont requises en icelle.
Donc il faut premièrement choisir vn lieu conuenable pour mettre le fourneau, à fin qu'il ne face tort à la maison , ny 'aussi que rien ne puisse tomber sus les vaisseaux. Lors qu'on distillera quelque matière qui soit de qualité maligne et vénéneuse, durant la distillation on ne doit approcher que le moins qu'on pourra. Si on fait distillation en vaisseaux de verre, il les faut choisir bien cuits, sans bulles, non fissurés , égaux do toutes parts. Le feu ne doit eslre violent du commencement, tant pour la
sauuegarde des vaisseaux qui se pourroient casser, receuans la chaleur trop subite, tant aussi que les matières reçoiuont la chaleur tout doucement. Ne faut mettre dans le vaisseau trop grande quantité de matière, autrement pourroit regorger et sortir hors. Les matières chaudes, pour estre de plus grande efficace, requièrent bien d'estre distillées par deux ou trois fois , en les reiettant sus autre matière , ou bien les rectifier ù part, comme sont gommes, cire, axonges, huiles d'os, d'ambres, iamme et jayet, el à chacune distillation faut diminuer la chaleur d'vn demy degré, et ainsi consequemment, attendu qu'il n'est requis si grande chaleur, par ce que la matière, estant subtiliée de plus en plus par chacune distillation, ne mérite si grande chaleur à la fin qu'au commencement, qu'elle est plus grosse et plus espaisse. Mais quant aux choses aromatiques , comme girofle, canelle, et semblables, et aussi ce qui est extrait de la sauge, rosraarin, thym et semblables, ne se doiuent rectifier , par-ce qu'elles sortent toutes pures*.
En toutes distillations faut diligemment séparer et mettre à part le phlegme, c'est-à-dire l'humeur plus aqueux, et pour ce faire faut aduiser soigneusement à la matière que l'on distille : car au commencement le phlegme sort du vinaigre quand on le distille, et au contraire en l'eau de vie le phlegme sort le dernier, encore qu'elle soit distillée plusieurs fois. Si on veut que les eaux ayent l'odeur ou saueur, ou autre qualité de quelque chose, comme de canelle, de camphre, de musc, ou autres tel-
• Celle dernière jjhrasc : mais quant aux choses aromaiiqtics, est une nddilion de 1579.
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les matières odorantes, sera bon de mettre la matière odorante, comme musc, canclle, ou semblable, dedans et auec la substance que vous voudrez distiller », à lin que par ces matières l'eau distillante en retienne l'odeur, ou autre qualité.
Les liqueurs distillées au feu de cendre ou au sable acquièrent ordiuairement quelque empyreume, et pour-ce est très - expédient de les mettre au soleil , la ilole bien bouchée, et par fois l'ouurir, à fin de faire exhaler telle odeur, et consommer le phlegme , si peu qu'il en seroit resté.
Or combien qu'en toute distillation plusieurs choses soient requises et nécessaires, toutesfois faut auoir esgard principalement à ces deux cy , lesquelles se proposent tous bons ouuriers et artistes en cest art. L'vne est la matière qu'on veut traiter et mettre en œuure, à sçauoir quelle elle est , à quoy de son naturel elle est propre pour endurer ou agir :
l'autre, que l'on choisisse les fourneaux et vaisseaux conuenables, tant en leur matière que figure. Et si l'ouurier veut considérer ces deux points, il ne faut douter que son œuure ne soit bien conduite : car tous corps ne sont faits et formés de toute sorte de matière, ny les artisans peuuent indifféremment faire d'vn seul bois tout ouurage. Ainsi en cest art lors qu'on veut extraire huile ou eau de quelque matière , faut sçauoir si elle est telle qu'on en puisse espérer huile ou autre chose semblable : puis
1 Le texte de cette phrase était fort différent en 1 675; on lisait : «Sera bon d'en frotter te cliapiieau auec ces matières, ou enfermer quelques vnes d'icelles dans vn jjeiit iioUet de toille,et les mettre à l'extrémité du chapiteau, à fin que par ces matières, etc. » La rédaction actuelle date de 1579.
choisir et chercher les instnimens pour l'œuure que l'on désire. Car si l'on distille quelque matière qui soit destituée de la liqueur ou humeur que nous cherchons, que sera-ce autre chose sinon que vouloir extraire de l'huile d'vn mur? Attendu que tous corps sont mixtionnés des quatre clemens, et qu'entre iceux les vns participent plus de l'air, les autres plus de l'eau, autres plus du feu, autres plus de la terre. Ce considéré sera facile, moyennant la force du feu, extraire l'eau des matières plus aqueuses, comme l'huile de celles qui sont plus aérées et ignées.
D'abondant est à considérer, que quelquesfois l'eau vient la première :
puis l'huile en donnant feu plus aspre, comme de toutes les herbes froides , bois et racines : et des chaudes, l'huile vient la première auec l'eau.