CHAPITRE V
EN QVELS VAISSEAVX FAVT DISTILLER LES EAVX.
Pour distiller toutes sortes d'eaux , deux vaisseaux sont principalement nécessaires, qu'on nomme en vn mot, alemUc -. l'vn d'iceux est appelé proprement cuctirbite, ou vaisseau contenant : l'autre est dit chapiteauouchape^ auquel sont amassées les vapeurs conuerties en eau , pour-ce qu'il représente quelque certaine forme et figure de chef ou de teste , au regard du dessous qui est plus grand, large et long. En ce vaisseau il y a vn canal en forme de bec d'oiseau, par lequel l'eau distille goutte à goutte en vne fiole, ou autre vaisseau «.
t Ici se trouvait la figure d'un fourneau
Or à fin que ton alembic ne vacille do costé et d'autre , et qu'il ne nage estant à demy vuide : pareillement aussi craignant qu'il ne se rompe estant immédiatement contre la cuue, ie t'ay bien voulu bailler vue manière fort commode pour y obuier i.
Pareillement tu peux distiller par la vapeur de l'eau , ce que tu feras commodément par tel fourneau et
de baiug Marie, auec les alembics et recipiens. On peut s'en faire une idée d'après la rubrique suivante, que j'ai voulu conserver au moins en note :
RÀ Monstre la cuue de cuiurc, laquelle
est pleine d'eau.
B Le couuercle de ladite cuue percée en
deux endroits pour passer le vaisseau.
C Le canal de cuiure attaché à la cuue,
auquel est contenu le Teu pour es-
chauffer l'eau.
D L'alembic auec son chapiteau, E Le récipient dans lequel distille l'eau, »
Cette première flgure était suivie d'une autre avec ce titre : Autre manière de baing Marie, lequel n'est si portatif. C'est un vaisseau contenant l'eau , surmonté de trois alembics; le feu est placé au-dessous, tandis que dans le précédent le feu était porté dans la cuve même, dans le canal de cuiure indiqué.
i Cette manière fort commode, illustrée par deux figures, consistait en ceci : l'alembic était placé sur une platine de plomb circulaire, de la circonférence de laquelle partaient quatre cordelettes qui allaient embrasser le col de l'alembic pour le tenir fixe et droit sur la platine. Voici d'ailleurs les rubriques jointes aux figures :
«A Monstre le vaisseau ou alembic de verre.
B La platine de plomb, sus laquelle est posé le vaisseau ou alembic.
C Les cordelettes qui tiennent le vaisseau à la platine.
D L'anneau auquel sont attachées les cordelettes. »
DES DISTILLATIONS. 619
vaisseaux qui te sont icy présentés Quant à la vertu des eaux distil-
lées, il est tout certain que celles qui sont extraites Ml balneo Mariœ, c'est à dire en double vaisseau de verre en eau boïiillanle, ou sur la vapeur d'icelle, sont sans comparaison meilleures et plus excellentes : d'autant qu'elles retiennent exactement , non seulement l'odeur, mais aussi la saueur et couleur lucide , acidité , aspérité , austérité , douceur , amertume , et autres qualités de leurs plantes, sans sentir tant soit peu la fumée. Ce qui se fait , par-ce que le baing d'eau boiiillante par son humidité relient , garde et conserue les parties plus subtiles des plantes : par ce moyen empeschant qu'elles ne se resoluent
1 Ici venait la figure d'un : Fotirneau avec sen vaisseaupour distiller à la vapeur de l'eau. On en aura une idée par la rubrique suivante :
« A Monstre le chapiteau ou chape de ton alembic,
B Monstre l'alembic situé dans vn vaisseau de cuiure à ce propre et accommodé,
CG Monstre le vaisseau de cuiure troué et percé en plusieurs endroit, à fin de receuoir la fumée et vapeur de l'eau : iceluy vaisseau contiendra l'alembic, lequel estant posé sera enuironné de scieure d'ais , à fin qu'il reçoiue mieux la vapeur : pareillement y sera mis de ladite scieure de bois au fond, de crainte que l'alembic ne rompe, estant immédiatement contre le vaisseau de cuiure,
D Monstre le vaisseau d'airain contenant l'eau,' posé dans le fourneau.
E Le fourneau auquel cslposé le vaisseau.
F Monstre vn entonnoir , lequel sert à remettre l'eau , selon qu'elle s'est exhalée en vapeur.
G Le récipient. »
LE VINGT-SIXIEME LIVRE
et exhalent, comme il se fait de celles qui sont distillées par le feu violent de bois , de charbon : lesquelles représentent lousiours au gouster quelque nitrosité et acrimonie de saueur, de fumée , et vne empyreume ou ignité d'adustion. Et semblableraent acquièrent vne mauuaise qualité des vaisseaux où elles sont distillées , et principalemenldeplomb, qui sonnent porte dommage aux parties pectorales, comme à l'estomach , au foye, et autres parties intérieures. Qu'il soit vray , on peut facilement connoistre qu'elles ne sont de tel effet et ne retiennent leurs qualités, comme celles qui sont distillées au baing- Marie. Car celles qui sont distillées des plantes acres, poignantes et ameres, ne se ressentent de l'amertume et acrimonie de leurs plantes, mais plustost d'vne douceur aucunement fade : ce qu'on connoist aperlement en l'eau d'aluine distillée en vaisseau de plomb , qui est douce , et non amere comme sa plante. Dont pour le dire en vn mot , les herbes distillées au baing Marie sont de plus grande vertu , et plus gracieuses au gouster, et plus plaisantes à odorer et à voir, que celles qui sont distillées par alembics de plomb, d'estain, onde cuiure, d'airain, déterre, par-ce que du vaisseau de verre ne peuuent acquérir nulle mauuaise qualité.
Les eaux sont distillées non seulement d'vne seule plante, mais aussi de plusieurs meslées ensemble : et telles eaux sont appelées eaux composées, à raison de la mixtion de plusieurs plantes et matières. Et de ces eaux les vues sont alimenleuses , les autres purgatiues, les autres odoriférantes, les autres seruent aux fards et ornemeus du corps , lesquelles seront cy après déclarées,