‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 389 sur 515 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

L\ MANIERE DE TIREB LES HVILES DES VEGETAVX PAR DISTILLATION.

Presque toutes les herbes qui portent leurs fleurs et semence en mouchet, ont leurs semences composées de substance chaude , subtile, aërée , et parlant il faut qu'ils tiennent quelque chose de la substance oléagineuse ou huileuse : car presque^toute huile est composée de mesmes parties. Or d'autant que l'huile qui se trouue és simples est de deux sortes , ainsi seront-elles tirées par deux manières :

car l'vne est grosse , terrestre , visqueuse , et entièrement meslée auec le corps duquel on la veut tirer, comme celles desquelles auons parlé cy dessus , qui sont tirées par expression , estans ioinles inséparablement auec leur substance, ne pouuans monter pour^leur consistance grosse et visqueuse. Il y a vne autre sorte d'huile qui est de nature subtile et aërée, laquelle on peut aisément séparer du corps auecques lequel Jelle est ioinle, parce qu'elle monte facilement par distillation , et n'est malaisée à séparer d'auec le corps qui la contient : et de telle nature sont toutes les huiles ;dcs aromates ou senteurs, comme l'huile de genéure , anis, fenoil , doux de girofle , muscade , canelle , et leurs semblables :

aussi des espiceries , comme poyure , gingembre et autres, desquelles voul()ns*donner le moyen de les extraire.

Il faut piler et concasser seulement la matière , etj la mettre infuserj en eau commune , et pour jvne liure de matière dix d'eau , dans vn vaisseau , de cuiure ayant vne chappe auec son

refrig-erion pleine d'eau froide , laquelle chappe sera eslaméeou argentée par dedans: et iceluy vaisseau sera posé sus vu fourneau ayant du feu dessous , sans sable ny cendres :

et quand l'eau qui est au refrigerion sera chaude, il faudra la changer et y en remettre de la froide, à tin de congeler les esprits et empescher qu'ils ne s'euaporent: et au bout du nez de l'alembic lu apposeras vn récipient à long col, comme materas, et feras feu iusques à ce qu'il boiiille , en le continuant'.

Tu peux aussi distiller en autre manière , à sçauoir, ta matière préparée et infusée comme dessus , et mise dans vn vaisseau de cuiure, ayant vn alembic au dessus , au bec duquel alembic sera accommodé vn tuyau d'estainou de fer blanc bien luté, auecques le lut de sapience : lequel tuyau passera au trauers d'vn muy d'eau froide , à fin qu'en distillant la liqueur qui sortira auecques l'huile se refroidisse : au bout duquel sera mis vn récipient , puis allumerez dessous vn petit feu au commencement, et l'augmentant iusques à ce qu'il bouille,commeditest, et se faut donner garde de faire trop grand feu, craignant que la matière ne regorge :

lors verrez auecques l'eau distiller au commencement vostre huile , car elle vient la première, et non sus la fin : et lors ne distillant plus , cesse-

* Celte première manière de distillera été ajoutécici en l679.Danslapremière édition, l'auteur voulait que la matière fût mise à infuser don* vn alembic de verre l'espace de vingt quatre heures, estant couuert de son chapiteau bien luté: estant infusée, l'alembic sera posé au feu de cendre ou de sable, comme auons dit cy dessus: au bec duquel alembic sera accommodé vntuyau de cuiure, etc. On retrouvera la suite de ce texte dan» le paragraphe suivant.

BES DISTILLATIONS. 6^7

rcz de faire du feu, et connoistrez aisément qu'il ne distille plus d'huile , tant par la veuë que par le goust de la senteur de ce que faites disliller : après séparerez vostre huile qui sera auecques l'eau distillée le plus subtilement qu'il sera possible , comme auecques vn deslier dont les femmes cousent , attaché à vn petit basion.

El faut icy noter qu'il y a des huiles qui nagent dessus l'eau , les autres vont au fond : comme l'buile d'anis nage dessus l'eau .- mais l'huile de canelle, macis, et girolles va au fond , ainsi que l'expérience monstre.

D'auantage l'eau d'anis et de canelle qui est dislillée auecques l'huile est blanchastre , de laquelle blancheur quelque peu se conuertit auecques le temps en huile. Les eaux doiuent estre séparées , car elles sont plus excellentes que celles qui sont distillées in bcUnco Mariœ , comme auons dit cy dessus, et principalement celles qui viennent au commencement auecques l'huile 1.

Il faut icy noter que les huiles ont vne mesme vertu que les simples desquels on les tire, voire beaucoup plus grande. Car toute la vertu qui estoit en vne liure, est enclose en quelque peu de drachmes : comme pour exemple, la vertu qui estoit en vne liure de doux degiroOe , est contenue en deux onces pour le plus : de canelle , à vne drachme et demie ou deux.

Or à fin d'en tirer en plus grande quantité et à moins de frais, et sans crainte de rompre les vaisseaux de

* On lit en marge de cet endroit, dans la première édition postliume : f^idmr contranum,fol. 3G8. Ce renvoi répond dans l'édition actuelle à Ja page G 10, où Paré consacre en effet un long article à démontrer la supériorité des eaux distillées au bain marie.

verre, ie serois d'aduis d'vser de celuy de cuiure,sans crainte que l'huile acquière quelque mauuaise qualité du vaisseau : ce quine se lait, à raison que l'eau qui vient auec l'huile empesche la mauuaise qualité qui pourroit estre au vaisseau : ioint aussi qu'il doit estre bien estamé ou argenté : duquel iet'ay voulu bailler le portrait auec son fourneau 1.

Or d'autant que nous auons parlé de la canelle, poiure , et autres , et à raison qu'en nostre France n'auons tels arbres , il m'a semblé bon t'en donner le portrait de ces deux, ensemble la description prise de Theuet en sa Cosmographie, lequel comme l'ayant veu nous l'a fait représenter 2.

1 La figure ainsi indiquée avait pour litre : Fourneau auec son vaisseau, par lequel se tireni toutes essences végétales, comme sauge, rosmarin , thym , lauande, semences d'anis , fenoil, doux de girofles, muscade, canelle, poiure, gingembre et autres : semblablenicni l'eau de vie et le vinaigre distillé. En lieu d'icclmj vaisaeau tu peux vser de ccluij qui a son réfrigérant au-dessus. » Je l'ai relrancbée comme les autres; en voici toutefois la rutrique.

«A Monstre le vaisseau appelé ordinairement vessie, fait de cuiure estamé par dedans.

B Le chapiteau.

C Le tonneau plein d'eau froide pour refroidir l'eau et l'huile qui coulent par vn tuyau qui passe au Irauers.

D Le tuyau fait de cuiure ou fer blanc passant au Irauers du muy.

E La vessie estant posée et assise sus son fourneau, immédiatement contre le feu. »

« Ce paragraphe , cl toul ce qui suit jusqu'à la fln du chapitre, sont des additions de 1579. J'en reproduis fidèlement le texte; mais je n'ai pas hésité à retrancher deux figures représentant, l'une Yarbrc qui porte le poiure, ct l'autre L'arbre qui produit la canelle,

lÉMIl LIVUF, ,

De l'arbre qui porte le poivre.

Le poiure croist en Indie , en des petits arbres qui iettent de petites grappes quiportentdesgrains comme de lierre, ou petits raisins noirs quand ils sont bien meurs. Les fueilles sont semblables au citronnier , quelque peu aiguës et poignantes. Les Indiens sont fort curieux à recueillir ceste graine , lors qu'elle est venue en sa maturité , et en remplissent de bien fort grands magazins. Il y a telle année qu'il aborde, en l'isle de la petite lane, plus de deux cens vaisseaux pour se charger de poiure et d'autres espiceries. On en vse aux antidotes et contre-poisons. Il prouoque l'vrine, digère, attire, resoult, donne secours aux morsures de serpens. Il est bon pour l'estomach refroidi, donné tant par dedans qu'appliqué par dehors , et aide à faire la digestion, et donne appétit mis en saulces.

Il le faut choisir qui soit noir, pesant, et non flestri.

L'arbre qui porte le poiure blanc , et celuy qui porte le noir, sont si peu différons que ceux du pays ne les peuuent remarquer, sinon que lors qu'ils portent leurs fruits : comme l'on voit des vignes blanches et noires'.

De l'arbre qui produit la canelle.

L'arbre qui porte la canelle croist aux montagnes des Indes, et est presque semblable à nostre laurier.

en reportant toutefois dans le texte les titres de ces figures.

» Le vigneron connoisl bien le sep l'vn d'aucc l'autre sans raisins, si ie ne me trompe. Cette réflexion se lit en marge de la première édition posthume , en sorte qu'on peut encore présumer qu'elle est de Paré; elle manque toutefois dans les éditions précédentes.

DES DISTILLATIONS

Le Roy en fait couper par certains mois de l'année certains ietlous cl scions, et en fait leuer l'escorcc, qui est ce que nous appelions canelle, laquelle est vendue à sa taxe aux estrangers, n'estant permis à autre faire couper ce bois'.

Galien dit la canelle estre de subtiles parties, chaude au tiers degré, ayant quelque légère astriction , au moyen dequoy elle incise et dissout les superfluités du corps , et fortifie les membres '-. Elle est fort propre à esmouuoir les mois aux femmes, arrestés par trop grande abondance et espaisseur d'excremens, de sorte qu'ils ne s'euacuent sufûsamment.

Elle sert à faire bonne bouche, et aromatizer les médecines, et faire hippocras, et donner goust aux saulces.

On fait de la canelle vne eau excellente, laquelle est souueraine contre toutes les maladies froides, défaillance de cœur, prescruant de la peste, et contrariant aux venins ^. Sa prescription est telle. Prenez vne liure de la meilleure canelle que la pourrez choisir, et l'ayant vn peu concassée, la ietterez dans vn vaisseau de verre auec quatre liures de bonne eau rose et demie liure de bon vin blanc: le tout ferez infuser par l'espace de vingt quatre heures , le mouuant souuent : puis mettrez à distiller au baing Marie, selon l'art, les vaisseaux et recipiens bien lulés ensemble, à fin que l'esprit ne respire.

1 Theuet, en sa Cosmographie. — A. P.

2 Galien, liure 7. des Simples. — A. P. 5 Matth. , sur le liure de Dioscoride. — A. P.

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