‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 412 sur 515 · APO · texte numérisé non relu

APO

0 quels beaux mots ! pour vn homme ancien qui se dit sage, et Docteur. Il ne se souuient pas que sa barbe blanche l'admoneste de ne dire aucune chose indigne de son aage, et qu'il doit despoiiiller et chasser hors de soy toute enuie et rancune conceuc contre son voisin.

Or maintenant ie luy veux prouuer par authorilé, raison et expérience , que lesdites veines et artères se doiuent lier,

lequel a rendu moins fidèlement le texte , en atténuant quelque peu la grossièreté des expressions de Gourmelen. Mais il est vraiment remarquable que ni Gourmelen ni Courtin n'aient connu au juste la véritable méthode de Paré, et que celui-ci n'ait pas relevé dans son adversaire ce défaut de conscience et de bonne foi. On peut voir en effet aux chapitres 22 à 2 i du livre des Coniusiom (t. II, p. 224 et suiv.), que l'aiguille n'était entre les mains de Paré qu'une ressource extrême, et même qu'il ne l'employait pas comme l'indiquent les deux docteurs régents de la Faculté. Mais les chirurgiens de Paris même , qui auraient dû me presier la main , dit le bon Paré , qui auraient dù embrasser avec ardeur cette magnifique découverte , les chirurgiens la laissèrent perdre et mettre en oubli ; et voici ce que ces vaillants opérateurs 'ni avaient substitué , sans attendre pour ainsi dire que leur maître à tous eût fermé les yeux.

Dans une annotation qui suit l'article de Gourmelen , Courtin écrit :

« ... La question est plus grande de la façon d'arrester le sang à l'amputation des membres. L'autheur en veut à Maistre Ambroise Paré.qui a esté inuenteur de la liaison des vaisseaux faicte par vn fil double , et tors, tiré d'vne aiguille qu'on met et fiche au-dessous du vaisseau , et va d'outre en outre, ou d'vn costé à l'autre , à fin que le fil se puisse lier des deux costez. On met entre le fil et la peau vn peu de linge , mais la difficulté est que l'aiguille peut rencontrer quelque nerf, lequel piqlié fera les accidens rapportez par l'Autheur : à quoy on peut

DGIE

AUTHOniTKS.

Quant aux authorités,ie viendray à celle de ce grand personnage Hippocrates, lequel veut et commande guarir les fistules du siège par ligature, tant pour absuraer la callosité, que pour euiler l'hemorrhagie

Galien en sa Méthode"^, parlant du flux de sang fait par cause externe, duquel voicy les paroles : c'est (dit-il) le plus seur de lier la racine du vaisseau, laquelle i'entens estre celle qui est plus prés ou du foye , ou du cœur.

Auicenne commande délier la veine et l'artere, après l'auoir descouuerte vers son orig ne ^.

Guy de Cauliac parlant de la playe des veines et artères, enioint au Chirurgien de faire la ligature du vaisseau

Monsieur HoUier parlant du flux de sang, commande expressément de lier les vaisseaux

respondre que les nerfs sont à demy relirez, et glissent fort aisément sous la pointe de l'aiguille , bref on n'en a point veu arriuer d'accidens, depuis que ceste praclique est en vsage. Il est vray que maintenant on a trouué vn autre expédient, de ietler de la poudre de bol armene dessus les vaisseaux et toute la chair de la partie couppee, puis auec plumaceaux, estouppes, couuertes encores d'astringens, auec le repos, et le régime , on garantit le malade de perte de sang et de l'application rigoureuse de fer chaud, ou de la piqueure dangereuse des nerfs. » yoyezle Guide des Chirurgiens, édition de

1 Au liu. des Fistules du siège. — A. P.

2 Au chap. 3. liu. 5. — A. P.

3 Liu. 4. fueil. 4. tract. 2. chap. 17.— A. P.

4 Traité -3. docl. 1. chap. 3. — A. P.

= Au liu. 3. chap. 5. de sa Matière de Cliirurgiv. — A. P.

Et VOYAGïïS.

Calmctbdc au cliap. des Playcs des veines et artères, Iraite vn tros-soiir moyen d'arresler le flux do sang' par ligature du vaisseau '.

Celse, duquel ledit Médecin a la plus grand' fpart rapsodié son Liure, recommande expressL^mcnt de lier les vaisseaux, au flux de sang suruenanl aux playes, comme remède tres-facile et plusseur 2.

Vesalius en sa Chirurgie, veut que Ton lie les vaisseaux au flux de sang*.

leaii de Vigo traitant de l'hemorrhagie aux playes récentes, commande de lier la veine cl l'artère

Tagaut traitant les moyens d'arresler vn flux de sang, commande de pinser la veine ou l'artère aucc vn bec de Corbin ou de Perroquet, puis la lier auec vn fil assez fort ^.

Pierre de Argilala de Boulogne, discourant du flux de sang el de la manière de l'arresler , donne vn quatrième moyen expressément, qui se fait par ligature du vaisseau ^.

loannes Andréas à Cruce Vénitien, fait mention d'vne méthode d'arresler le flux de sang par ligature du vaisseau ^

D'Alechamp commande de lier les veines et artères ».

Or voila, mon petit bon homme, des authorités qui vous commandent lier les vaisseaux. Quant aux raisons je les veux débattre.

L'hemorrhagie ti'est pas tant à

» jiu lia. des Playes, cliap. 12. — A. P. « Ail ckap. 26. du 5. liu. — A. P.

» Au cliap. 4. du 3. liu. — A. P, < Au liu. 1 . traict. 1 . cliap. 2. — A. P.

5 Au cliap. 12. du 2. Un. — A. P.

6 Au iraiié 4. cliap. 1 1. îiu. 1. — A. P.

' Au liv. 1. sect. 1. cliap. IG. p. 6. — A. P. 8 Sur le 88. chap. du liu. de Paul. — A. P.

craindre (dites vous ') à la section de repiph)on, à celle des varices, et incision des artères temporales, qu'aprés l'ampu talion d'vn membre. Or vous mesmes commandez, qu'en coupant les varices, l'on arresle le flux de

sang

par ligature du vaisseau. Le

mesme vous commandez , parlant de la suturé auec l'amputation el section de la coëffe altérée de l'air arabient: voicy vos paroles ^ : Après cela, ilfâiit aduiser à la coëffe, car s'il y en a quelque par lie gaslée , pourrie , corrompue, ternie et noiraslre : premièrement l'ayant liée, de peur du flux de sang , et le reste. Vous ne dites pas après l'auoir cautérisée: mais à dire vray, vous auiez les yeux fermés et tous les sens hebelés, lors que vous auez voulu mesdire d'vne si seure méthode , et que ce n'est que par ire et mauuaise volonté : car il n'y a rien qui aye plus de puissance de chasser la raison de son siège , que la choiera et l'ire : ioint que, comme l'on vient à brusler la partie amputée, le plus sonnent quand l'eschare vient à cheoir, il suruient vn nouueau flux de sang, comme i'ay apperceu plusieurs fois, n'ayant encore esté inspiré de Dieu d'vn si seur moyen, lorsque i'vsois du feu. Que si vous n'auez Irouué ou entendu cesle méthode aux liures des anciens, vous ne la deuez ainsi fouler aux pieds, et parler sinistrement d'vn qui toute sa vie a préféré le profit du public au sien particulier. N'est-il pas plus que raisonnable de se fonder au dire d'Hippocrates , de l'authorité duquel vous vous seruez ^ , qui est

1 Au liu. 2. chap. de l'Anyeologie, fueil. 17G. — A. P.

^ Au liu. 1. chap. de la Suture. — A. P.

3 Au chap. de la Breudeure , liu. 2. fueil. 2CC. — A. P.

APOLOGIE

telle : que ce que le médicament ne guarit point , le fer le fait, et ce que le fer n'amende point , le feu l'extermine. C'est vne chose qui ne sent point son Chrcstien, (le briisler tout du premier coup sans s'arresler aux plus doux remèdes , comme vous mesmes escriuez 1, parlant des conditions requises au Chirurgien pour bien guarir, lequel passage vous empruntez d'ailleurs 2 ; car ce qui se peut faire doucement sans feu, est bien plus recommandable qu'autrement. N'est-ce pas vne chose que toute l'Eschole tient comme vn axiome, qu'il faut tousiours commencer aux plus aisés remèdes? ets'ilsne sont sufflsans, l'on viendra aux extrêmes , suiuant la doctrine d'Hippocrates.Galien recommande tant, au lieu preallegué 3, de traiter les malades lost , seurement, et auec le moins de douleur que faire se pourra.

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