AGES
sortoit le sang fort impétueusement , de façon que les remèdes communs pour l'estancher n'y sçeurent seruir :
l'y fus appelle, où ie tromiay messieurs Rasso, Cointerel, Viard, Chirurgiens iurés à Paris,' pour cslancher le sang : où promi)lement ie pris vue aiguille enfilée , et luy liay l'artère , et depuis ne saigna , et fut tost guari. Tesmoinen sera monsieur Rousselet, u'agueres Doyen de vostre faculté , qui le traitoil auec nous.
Autre histoire.
Vn sergent du Chastelet, demeurant prés sainct André des Arts , qui eut vn coup d'espée à la gorge au pré aux Clercs, qui coupoit tout en trauers la veine iuguîaire externe , subit qu'il fut blessé, posa son mouchoir sur la playe , et me vint trouuer en ma maison : et lors qu'il osla son mouchoir, le sang iaillissoit d'vne grande impétuosité. Subit liay la veine vei s sa racine : par ce moyen fust estanché , et guarist grâces à Dieu. Et si on eust suiui vostre manière d'estancher le sang par les cautères , ie laisse à penser s'il fust guari : ie crois qu'il fust mort entre les mains de l'operateur.
Si ie vouluis reciter tous ceux ausquels on a lié les vaisseaux pour arresler le sang , lesquels ont esté guàris, ie n'aurois de long temps fait : et me semble que voila assez d'histoires alléguées,pour vous faire crsireque l'on estanché seurement le sang des veines et artères, sans appliquer les cautères actuels.
Du Bartas.
Ccliiy là qui combat contre l'expérience , lY'est digne du discours d'une haute science.
Or, mon petit maistre, quant à ce que me reprochez que ie n'ay pas
684 APo
esci'it en mes OEimres toutes les opérations de Chirurgie que les anciens escriuent, i'on scrois bien marry :
car si ie l'aucis fait, à bon droit me poiu-riez appeller carnifex, le les ay laissées, pource qu'elles sont trop cruelles, et ay voulu ensuiuir les modernes, qui ont modéré telle cruj^uté : ce que toutesfois auez suiui pas à pas, comme il appert par les opérations cy escriles, extraites de vostre Liure , qù'anez retirées çà et là de certains autheurs anciens, telles qui s'ensuiuont : et lesquelles vous n'auez iamais pratiqué ny veu.
Première opération.
Aux inueterées fluxions des yeux et aux migraines , Paul iEginele comme'aussi Albucasis-, commandent de faire l'arteriotomie, duquel jEginete voicy les paroles : Il faut marquer les artères qui sont derrière les oreilles : puis les couper, en Irenchant iusqxies à l'os , et faire vue grande incision de deux doigts. Ce que veut aussi Aëce 3 , que l'incision soit faite en trauers, coupant ou incisant la longueur de deux grands doigts, iusques à ce que l'on aye Irouué l' artère, comme vous commandez faire en vostre Liure Mais moy, me tenant auec Galien ^, qui commande de penser les malades tost, seurement, et auec moins de douleur que faire se pourra, i'enseigne au ieune Chirurgien le moyen de remédier à tels maux, en ouurant les artères derrière les oreilles et celle des temples,
1 Lia. 6. clinp. 4 ei 5. — A. P.
2 Lin. 2.'c/z.4. — A. P.
5 Liu. 3. chap. 9. secl. 7. — A. P.
< cliap. de l'Hypospalisme,'liu. 2.— A. P. 5 Liu. 14. chap. dernier de la Méthode. — A. P.
auec vne seule incision comme à vne saignée » : et non à faire vne grande incision, et tailler de la besongne pour vn long temps.
Seconde opération.
Aux fluxions qui de long temps se font sur les yeux, Paul jEginete et Albucasis ^ commandent de faire vne incision qu'ils appellent Periscgthismos., ou Anginlogie des Grecs : et voicy les paroles de Paul. En ccste opération premièrement on rase la teste: puis se donnant garde de toucher aux muscles temporaux , on fait vne incision transucrsc, commençant à la temple senestre, et finissant à la dextre. Ce que vous auez mis en vostre Liure mot pour mot"*, sans en rien desguiser, qui monstre apertement que vous estes vn vray plagiaire : comme l'on pourra voir au chapitre que vous appeliez Taille couronnée., qui se fait en demy rond au dessous de la suture coronale d'vne temple à l'autre , iusques à l'os. Or ie n'enseigne pas vn tel genre de remède si cruel : ains instruis l'operateur par raison , authorité , el prennes notables , du seur moyen de remédier à telles affections , sans bourreler ainsi les hommes ^.
Troisième.
En la curation de l'empyeme^ Paul yEginete", Albucasis'', et Celsus»,
1 chap. 4. du 15. liu. de mes Oemires. — A. P.— Voyez tome II, page 412, ^ Liu. a. ch. 7. — A. P.
3Zi(i. 2. c/;.5. — A. P.
i ^u liu. 2. ch. du Periscijthisme, — A. P.
5 yiu ch. 25. du 8. liu. de mes OEuures. — A. P. — Voyez tome II , page 7G el suiv.
6 Liu. G. c/(. 44. — A. P.
7 Liu. 2. c/i. 3. — A. P.
« Liu.Z.ch. 22.— A. P.
ET VOYAGES
commandent d'appliquer les vns treize, les autres quinze cautères, pour donner issue au pus contenu dans le thorax, comme ledit Celsus, lieu preallegué, l'ordonne pour les asthmatiques : qui est vne chose (saufl'honneur d'eux) hors de toute raison, que puisque le but du Chirurgien est de donner issue à la bouë illec contenue, il n'est question d'autre chose que de faire ouuerture pour euacuer la matière en la partie plus décline K l'ay monstre seurement au ieune Chirurgien le moyen de ce faire, sans tourmenter les patiens pour néant 2.
Qualriéme.
Aux maramelles trop grosses, Paul iEginele ^ et Albucrasis ^ commandent de faire vne incision en croix, ester toufe la graisse, puis ioindre la playe par suture : somme, c'est escorcher vn homme tout en vie : ce que ie n'ay iamais pratiqué, ny conseillé défaire au ieune Chirurgien.
Cinquième.
Albucrasis ^ et Paul JEginete ^ veulent cautériser le foye et la ratte auec fers ardens : ce que les modernes n'ont iamais pratiqué , comme aussi la raison y répugne apertement.
• Guy de Chauliac, Traici. 2. docl. 1. ch. 1. — A. P.
^ Liu. G. ch. iO. — A. P.— V. 1. 1", p.39J, ' Liu. G. ch. 46. — A. P.
4 Ch. 47. liu. 2. — A. P.
5 Au liu. i.ch. 29. cl 30. claufsi au liu. 2. ch. .32. — A. P,
6 Liu. G. ch. 47 el 48. — A. P.
Sixième,
En la paracentèse qui se fait en la troisième espèce d'hydropisie appellée Âscités, Celius Aurelianus ' commande faire plusieurs ouuerlures au ventre. Albucrasis 2 applique neuf cautères actuels, à sçauoir quatre à l'entour du nombril, vn sur l'estomach, vn sur la ratte, vn sur le foye, deux derrière le dos, prés les vertèbres, l'vn d'iceux prés la poitrine, le dernier prés l'estomach. Aëce 3 est aussi en mesme volonté d'ouurir le ventre auec plusieurs cautères. Paul iEginete^ commande d'appliquer cinq cautères actuels pour faire ladite paracentèse. Mais abhorrant vne telle manière de brusler, de laquelle vous parlez fort par tout vostre troisième liure, ie monstre vne autre manière de pratiquer, laquelle se fait en fai sant vne simple ouuerture audit ventre, comme l'on pourra voir à mes OEuures^ auec heureux succès.
le ne monstre point en mes OEuures la manière de brusler aux ieunes hommes, que les anciens ont appellé infibulare .-car cela ne se pratique point, combien que Celse l'escriue
Septième.
A la sciatique prouenant de cause interne, en tant que les muscosités desplacent l'os de leur lieu : Paul ^ commande de brusler sur ledit article iusques à l'os : Dioscoride 8 com-
1 Au liu. 5. ch. i. de Diulurnis morbis. — A. P.
2 Liu. \. ch. 33.— A. P.
3 Liu. 3. secl. 2. ch. 89. — A. P.
4 Liu. G. ch. 50. — A. P.
» Au ch. n.liu. G. — A. P.-^T. 1, p. 399. s Au ch. 25. liu. 7. — A. P. » Liu. G. ch. 7G. — A. P.
8 Liu. 2. ch. 72. — A. P.
APOLOGIE
mande le niesme. Ceqnc ie ne troiiue expédient, prenant indication des parlies snietles : car où l'on veut brusl(>r, c'est à l'endroit des qnalre muscles gémeaux, au dessous desquels passe le gros nerf descendant de l'os sacrum, lequel estant bruslé, ie vous laisse à penser ce qui en aduiendroit, comme remarque Galien ', expressément parlant de l'vslion qu'il faut faire en l'humcrus.
Huitième.
En la luxation des vertèbres faite en dehors, Hippocrales ^ commande que l'on attache droit l'homme sur vne eschelle, les bras et iambes liés et garrotcs : puis après auoir monté l'eschelle au haut d'vne tour ou d'vn faiste de la maison, auec vn gros cable en vne poulie, qu'on laisse tomber à plomb sur le paué dur et ferme le patient : ce qu'Hippocrates dit qu'on faisoit de son temps. Or ie ne monstre pas vne telle manière de donner l'estrapade aushorames : mais ie monstre au Chirurgien en mes OEuures 3, la manière de les réduire seurcment et sans grande douleur.
D'auan lage ie serois marry de suiure le dire dudil Hippocrales, au 3. liure De morbis, lequel commande qu'à la maladie âileVoluulus, faut faire enfler le ventre auec vn soufflet , mettant le canon dans l'intestin droit, puis y souffler iusques à ce que Je ventre soit bien tendu , par après bailler vn clystere emoUient, et estoupper le cul d'vnc esponge. Telle pratique ne se fait point auiourd'huy,
1 Sur la seul. 49. de la I. sccl. du liure des Articles. — A. P.
s Sent. 22 et 23 de la 3. sect. du liu. des
Articles. — A. P
5 Ch. IG du 15. liu.— A. P.— T. II, p. 3G3.
partant ne vous csmerueillez si ie n'en ay voulu parler.
Kt ne vous estant pas contenté de rapsodier les opérations des autheurs susdits, en aucz aussi pris plusieurs en mes OEuures, comme chacun peut connoistrc : qui monstre aperlement qu'il n'y a rien de vostre inuention en vostre Gtiide des Chirurgiens.
le laisse à part vne autre infinité d'opérations inutiles que vous cottez dans vostre liure, sans sçauoir quelles besles sont , pour ne les auoir iamais veu pratiquer : mais pour-ce que vous auez trouué cela escrit és liures des anciens, vous les auez mis en vostre liure.
D'auanlage vous dites que me monslrerez ma leçon aux opérations de Chirurgie. Il me semble que ne sçauriez : par ce que ne l'ay pas apprise seulement en mon estude, et d'auoir ouy par plusieurs et diuerses années les leçons des Docteurs en médecine : mais comme i'ay escrit cy douant en l'epistre au Lecteur, i'ay fait résidence en l'Hostel Dieu de Paris par l'espace de trois ans, où i'ay j. eu le moyen de voir et apprendre beaucoup d'œuures de Chirurgie sur vne infinité de malades , ensemble l'anatomie sur vne grande quantité de corps morts, ainsi que sonnent i'en ay faitpreuue tres-suf Osante publi- .
quement aux Escholes de médecine :
de Paris. Mon bonheur m'a fait voir :
encore plus outre. Car estant appellé!
au seruice des Rois de France (qua-ti e desquels i'ay serui) me suis trouué en compagnie, aux batailles, escarmouches, assauts et sièges desi villes et forteresses, comme aussi i'ay] oslé enclos és villes auec les assiegés,j ayant charge de traiter les blessés.i D'auantage, i'ay demeuré iouguess
années on ceste grande cl ftimeiise ville de Paris, où grâces à Dieu i'ay toiisiours vescu en tres-bonnc réputation entre tous, et nay tenu le dernier rang enlreceux de mon estât, veu qu'il ne s'est Irouué cure tant grande et difGciie fust-elle, que ma main et mon conseil n'ayent esté requis, ainsi que ie fais voir par ce mien œuure. Or oserez-vous (ces choses entendues) dire que m'apprendrez à exécuter les œuures de Cbirurgie, attendu que n'auez iamais parti de Yostre estude?
Les opérations d'icelle sont quatre en gênerai ( comme bien auons déclaré cy deuanl) où vous n'en faites que trois, à sçauoir, ioindre le séparé, séparer le continu, et oster le superflu : et la quatrième que ie fais, autant nécessaire que d'industrieuse inuention, est d'adiousler ce qui défaut, comme i'ay monstré cy dessus.
Aussi vous voulez que le Chirurgien ne fas3e que les trois opérations susdites, sans s'entremettre d'ordonner vn simple cataplasme, disant que c'est ce qui vous est venu à vostre part de la Médecine : et que les an cieus ( au discours qu'auez fait au Lecteur) ont diuisé la snitte du Médecin en trois bandes, à sçauoir, Viuandiers, Apoticaires, et Chirur- 1 giens. Mais ie vous demanderois vo- I lonliers qui est celny qui en a fait le I partage : et où aucun en seroitfait, qui sont ceux qui se sont contentés 1 de leur part, sans quelque entreprise sur l'autre? Car Hippocrates, Galien, Mlhis, Auicenne, bref tous les Médecins, tant grecs, latins, qu'arabes, m'ont iamais traité de l'vn qu'ils n'ayent trailé de l'autre, pouj? la grande afflnité et liaison qu'il y a entre les deux : et seroit bien difficile en faire autrement. Or quand vous vou-
ET VOYAGES. 687
lez mettre si bas la Chirurgie, vous contredites à vous mesmes. Car en l'epistre liminaire que vous auez dédiée ù defunct monsieur deMarligucs, vous dites que la Cbirurgie est la plus noble partie de la Médecine, tant à raison de son origine , antiquité, nécessité, que certitude en ses actions :
car elle opère luceaperta, comme escrit doctement Celse au commencement du 7. liure. Parlant il est à croire que n'auez iamais sorti de vostre estude que pour enseigner la théorique (si l'auez peu faire).
Les opérations de chirurgie s'apprennent à l'œil et au toucher.
le diray que vous ressemblez à vn ieune garçon bas Breton, bien fessu et matériel qui demanda congé à son pere de venir à Paris pour prendre France. Estant arriué, l'Organiste de noslre Dame le trouua à la porte du Palais, qui le print pour souffler aux orgues, où il fut trois ans. Il veit qu'il parloit aucunement françois, il s'en retourne vers son pere, et luy dit qu'il parloit bonne France, et d'auanlage qu'il sçauoit bien iouër des orgues. Le pere le receut, bien ioyeux dequoy il estoit en si peu de temps si sçauant : il s'en alla vers l'Organiste de leur grande Eglise, et le pria de permettre à son fils de ioùer des orgues , à fin de sçauoir si son fils estoit bon maistre, ainsi qu'il disoit : ce que le maistre Organiste accorda volontiers. Estant entré aux orgues, il se iette de plein saut aux soufflets :'le maistre Organiste luy dit qu'il ioùast, et que luy souffleroit. Alors ce bon Organiste luy dit qu'il ne sçauoit autre chose que souffler, le croy aussi , mon petit maistre,
1 Belle similitude. — A. P.
APOLOGIE
que ne sçauez autre chose que caqueter en vne chaire : mais moy ie iouëray sur le clauier, et l'eray resonner les orgues, c'est à dire que ie feray les opérations de Chirurgie, ce que ne sauriez nullement faire, pour n'auoir bougé de vostre estude, et des escholes, comme i'ay dit : et aussi comme cy deuanl i'ay escrit en l'epistre au Lecteur , que le laboureur a beau parler des saisons , discourir de la façon de cultiuer la terre, déduire quelles semences sont propres à chacun terroir : car tout cela n'est rien s'il ne met la main aux outils, et n'accouple ses bœufs, et ne les lie à la charrue. Aussi ce n'est pas grande chose si ne sçauez la pratique : car vn homme feroit bien la Chirurgie, encore qu'il n'eust point de langue , comme bien a noté Cornélius Celsus au liu. 1. quand il dit, Morbos non eloquentia, sed remedijs curari: quœ si quis elinguis , vsio discretus hcnc nortt, hune aliquanto maioretn medicum futurum, quàm si sine vsii, lingiiam suam excoluerit. C'est à dire , Cornélius Celsus dit, les maladies estre guariesnon par éloquence, mais par les remèdes bien et deuëment appliqués : lesquels si quelqu'vn sage et discret, n'aycyit point mesme de langue, counoisse bien par bon vsage , celuy-là à l'aduenir sera plus grand Médecin , que si sans vsage il ornoit bien sa langue. Ce que vous mesmes confessez en vostre dit liure par vn quatrain qui est tel ' :
Ce n'est pas loiU cil Chirurgie De iargonner ; mais le plus beau Est que les bandes on manie , Le feu; les las , eilecistuu.
1 J'ai déjà dit et rcpélc que Pai'é faisait erreur en allrlbuanl ce quatrain français à Gourmelen. Dans l'édition de Courlin déjà
Aristote, liure premier de la Métaphysique, chapitre premier, dit l'expérience estre presque semblable à la science, et par icelle l'art et la science auoir esté inuentées. Et de fait nous voyons ceux qui sont expérimentés paruenir plus tost à ce qu'ils prétendent , que ceux qui ont la raison sans l'expérience , à cause qu'icelle expérience est vne connoissance des choses singulières et particulières, et la science au contraire vne connoissance des choses vniuerselles. Or ce qui est particulier est plus sanable que ce qui est vniuersel. Partant ceux qui ont l'expérience, sont plus sages et plus estimés que ceux qui en ont défaut :
d'autant qu'ils sçauent ce qu'ils font.
Dauantage ie dis que :
Science sans expérience ,
IS' apporte pas grande asseurance
Alciat, Docteur Milanois, se glorifiant vn iour que sa gloire estoil plus grande et illustre que celles des Conseillers, Presidens,et Maistres des requestes, parce qu'il disoitlcs faire, et que c'estoit de luy qu'ils venoient tels : luy fut respondu par vn Conseiller, qu'il ressembloit à la queu , qui rendoit le Cousteau aiguisé et prcsl à couper, elle ne le pouuant faire : et luy allégua les vers d'Horace, que
... Fungebaiur vice colis, aculum Reddere quœ ferrum valel, exors ipsa secandi.
Or voila , mon petit maistre, ma rosponse à vos calomnies : et vous
citée , on Ut ce quatrain au verso du titre, avec CCS trois mots, qui ne laissent aucun douie : Quatrain du Translateur.
1 C'est un des canons de Paré que l'on a lu plus haut , page 649.
i:t V(jv^gi;s.
prie, si auez l'amc bonne, de vouloir ( pour le public) rouoir cl corriger voslre liure le pluslost qv.v.
pourrez , pour ne tenir les icuncs Chirurgiens en cest erreur par la lecture (l'iceluy, où vous les ense ignez, (l'vser de fers ardens après l'amputation des membres pour estancher le sang , attendu qu'il y a vu autre moyen non si cruel , et plus seuret aisé : ioint que si aujourd'huy, après vn assaut de ville où plusieurs soldats ont eu bras et Ïambes rompues, et emportées de coups d'artilleries , ou de coutelas , ou d'autres machines, pour estancher le sang vous falloit vser de fers ardens , il faudroit pour ce faire vne forge et beaucoup de charbon pour les chauffer : et aussi que les soldats vous auroient en telle horreur pour cesle cruauté, qu'ils vous assommeroienl comme vn veau , ainsi que jadis fut l'vn des premiers Chirurgiens de Rome. Ce qu'on Irouuera escrit cy dessus au chap. 2. de l'Introduction de Chirurgie. Or, de peur que les sectateurs de vos escrits ne tombent en tel inconuenient , ie leur prie suiure la méthode cy dessus dite, laquelle ay monstrée estre vraye et certaine, et approuuée par authorité , raison , et expérience.
LE VOYAGE DE TIIVRtN K~ 1536.
D'auanlagc ie veux icy monslrer aux lecteurs les lieux et places où
' C'est ici le lieu de rappeler une noie que Parc avail placée à la suilede Y Errata de la quatrième édition, et qui a étéoubliéc dans toutes les autres :
« Touchant les p^oyngcs, le Lecteur ne s'ar-
i'ay peu apprendre la Chirurgie, pour tousiours mieux instruire le ieune chirurgien.
El premièrement, en l'an mil cinq cens trenle six, le grand Hoy François enuoya vne grande armée à Thurin, pour reprcndreles villoset chasleaux qu'auoil pris le marquis du Guast, lieutenant gênerai de l'Empereur:
où monsieur le Connestable, lors grand Maislre, estoillieuteiignl gênerai de l'armée, et monsieur de Montejan Colonnel gênerai des gens de pied, duquel lors i'eslois Chirurgien.
Vne grande partie de l'armée arriuée au pas de Suze, trouuasmes les ennemis qui lenoient le passage, et auoient fait certains forts et tranchées , de façon que pour les faire débusquer et quitter la place, il conuint combattre , où il y eut plusieurs tués et blessés, tant d'vne part que d'autre : mais les ennemis furent contraints de se retirer et gaigner le chasteau , qui fut pris en partie par le capitaine Le Rat, qui grimpa auec plusieurs soldais de sa compagnie sur vne petite montagnette , là où ils tiroient à plomb sur les ennemis : il receut vn coup d'harquebuse à la chenille du pieil dextre, où tout subit tomba en terre , et alors dit : A ceste heure Le Rat est pris. le le pensay, et Dieu le guarisl
Nous entrasmes à foulle en la ville, et passions par sus les morts , el quelques vus ne l'estans encore, les oyons crier sous les pieds de nos chenaux, qui me faisoient grande compassion
restera à l'ordre des années, lequel n'y a esté gardé, toutes fois les Histoires el Discours n'en jsont de rien changés ny corrompus. »
1 Voilà le premier exemple de la fameuse phrase dont on a fait à juste titre si grand lionneur à la modestie de Paré.
APOLOG
en mon cœur, lit verilablement ie me repenti d'eslre parti de Paris , pour voir si piteux spectacle.
Estant en la ville, i'entray en vue astable pour cuidor loger mon cluuial et celuy de mon boninjc , lù où ie trouuay quatre soldats morts, et trois qui estoient appuyés contre la muraille, leur face entièrement défigurée, etne voyoient, n'oyoient,ny ne parloient, et leurs habillemons flamboyoient encore delà poudre à canon quilesauoitbruslés. Les rej^ardaiit en pitié, il suruint vn vieil soldat qui me demanda s'il y anoil moyen de les pouuoir guarir : ie dis que non : subit il s'approcha d'eux et leur coupa la gorge doucement et sans cholere.
Voyant ceste grande cruauté, ie luy dis qu'il esloit vn mauuais bomme. Il me fil response, qu'il prioit Dieu, que lors qu'il seroit accoiistré dételle façon, qu'il se trouuast quelqu'vn qui lui en fit autant, à fin de ne languir misérablement.
El pour reuenir sur nos brisées, les ennemis furent sommés de se rendre, ce qu'ils firent , et sortirent seulement la vie sauue, le baston blanc au poing : dont la plus grande partie s'en alla gaigner le chasteau d(; Viilane,^où il y auoit enuiron deux cens Espagnols. Monsieur le Connestable ne le voulut laisser en arrière , à fin de rendre le chemin libre. Ce chasteau est assis sur vne petite montagne , qui donnoit grande asseurance à ceux de dedans qu on ne pourroil asseoir l'artillerie pour les battre: et furent sommés de se rendre, ou qu'on les metlroit en pièces : Ce qu'ils refusèrent tout à plat, faisans response qu'ils estoient autant bons et Odeles seruitenrs de l'Empennir, que pouuoileslre monsieur le Connestable du
Uoy son maistre Lom response entendue, on fil de nuit monter deux gros canons à force de bras, auec cordages, par les Suisses et Lansquenets : où le malheur voulut qu'estans les doux canons assis, vn canonnier mist par inaduertance h; feu dedans vn sac |)h'in de poudre à canon , dont il fut bruslé, ensemble dix ou douze .soldats, et en outre la tlamme de la poudre fut cause de descouurir Farlillerie, qui fit que toute la nuit ceux du chasteau tirèrent plusieurs coups d'harquebu.ses à l'endroit où ilsauoieut peu descouurir les deux canons, dont tuèrent et blessèrent quelque nombre de nos gens. Le lendemain de grand matin on fil batterie, qui en peu d'heure fit brèche.
Estant faite, demanderont à parlementer, mais ce fut trop lard : car cependant nos gens de pied François, les voyans estonncs montèrent à la broche et les mirent tous eu pièces, excepté vne fort belle, ieune et gaillarde ! iémon toise, qu"vn grand Seigneur voulut auoir pour luy tenir compagnie de nuit, de peur du loupgarou. Le Capitaine elEnseigne furent pris en vie, mais bien tost après pendus et estranglés sur les créneaux de la porte de la ville , à fin de donner exemple et crainte aux soldats Impériaux de n'estre si téméraires et si fols, vouloir tenir telles places contre vne si grande armée ^.
Or tous les susdits soldats du chas leau, voyans venirnosgensd' vnetresgrande furie , firent tout deuoir de se défendre , tuèrent et blessèrent vn grand nombre de nos soldats à coups de piques , de harquebuses et de
' Brune response de soldais. — A. P.
^ PuiiHUm exemplaire. — A. P.