‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 416 sur 515 · ET V · texte numérisé non relu

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pierres, où les Chirurgiens curent beaucoup de besogne taillée. Ori'estois en ce tcinps-là bien doiix de sel, ie n'auois cncores veu traiter les playes faites par barquebuses, pour ie premier appareil. Il est vray que i'auois leu en lean deVigo, liure prouiicr des Playes en (/e«f rct/, cliapiire huitième , que les playes faites par basions à feu parlici])enl do veiienosilé , à cause de la poudre : et pour leur curation cominand;; les cautériser auec huile de Samlîuc loulc boiiillante, en laquelle soit mesié vn peu de Ihoriaque : et pour jie faillir, parauant qu'vser de ladite huile, scachant que telle chose pourroit apporter au malade extrême douleur, ie voulus sçauoir premièrement que d'en appliquer, comme les autres Chirurgiens faisoient pour le premier appareil, qui estoil d'appliquer ladite huile la plus boiiillanle qu'il leur estoit possible dedans les playes , auec tejites et setons : dont ie pris la hardiesse de faire comme eux ». En fin mon huiie me manqua, et fus contraint d'appliquer en son lieu vn digestif fait de iaune d'oeuf, huile rosat et térébenthine. La nuit ie ne peus bien dormir à mon aise, craignant par faute d'auoir cautérisé, de trouuer les blessés où i'auois failli à mettre de ladite huile morts empoisonnés , qui me fit leuer de grand matin pour les visiter, oii outre mon espérance trouuay ceux ausqu{>ls i'auois ii is le meilicament digestif, sentir peu de douleur, et leurs playes sans inllammation ny tumeur, ayans assez bien reposé la nuit : les autres où l'on auoit appliqué laditeliuile boiiillanle, les trouuay febricitans , auec graude douleur et tumeur aux enuirons de

* Pxferience rend l'homme Itardy. — \. p.

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leurs playes. Adonc ie me deliberay de ne iamais plus brusier ainsi cruellement les pauures blessés des harquebusades.

Kstant à ïhurin , trouuay vn Chirurgien qui auoit le bruit par dessus tous de bien traiter les plaies faites par barquebuses, en la grâce duquel trouuay façon de m'insinuer pour auoir la receple qu'il appelloit son haume , dont il traitoit les plaies d'harquebuses : et me fit faire la cour deux ans auant que pouuoir tirer sa recepte. En fin auec dons et presens me la donna, qui estoit faire bouillir dans de l'huile de lys des petits chiens nouuellement nés, et des vers de terre préparés auec de la térébenthine de Venise. Alors ie fus bien ioyeux , et mon cœur assouui d'auoir entendu son remède , qui se rapportoit au mieu que i'auois trouué par cas fortuit.

Voila comme i'appris à traiter les playes faites par barquebuses , non par les liures.

Mondit seigneur le Mareschal de Montejan demeura Lieutenant gênerai pour le Roy en Piémont, ayant dix ou douze mille hommes en garnison par les villes et chasteaux, lesquels se baltoient souuent à coups d'espée, et d'autres basions, et mesme à coups de barquebuses : et s'il y auoit quatre blessés i'en auois tousiours les trois, et s'il estoit question de couper vn bras ou vue iambe, ou trépaner, ou réduire vne fracture ou dislocation, i'en venois bien à bout. Mondit seigneur le Mareschal m'enuoyoit tanlost d'vn costé, tantost de l'autre, pour penser les soldats signalés qui s'estoient battus tant aux autres villes qu'à Thurin, de sorte que i'estois tousiours par les champs d'vn costé et d'autre. Monsieur le Mareschal

enuoya quérir à Milan vn Médecin qui n" auoil pas moins do roputalion que defunct monsieur lo Grand pour bien faire la modecine.poiir le (railer d'vn flux hépatique, dont à la fin on mourut. Ce Médecin fut quelque temps à Thurin pour le traiter, et estoil souuent appelle pour visiter les blessés, où touslours m'y trouuoit : et consuUois auoc luy et quelques autres Chirurg^iens, et lors qu'auions résolu de faire quelque œuure sérieuse de la Chirurgie, c'esloitAmbroise Paré qui y nieltoit la main, là où ie le faisois promptemcnt et dextremenl, et d'vne grande asseurance :

dont ledit Médecin m'admiroit d'estre si adextre aux operaliona de chirurgie , veu le bas aage que i'auois.

Vn iour deuisanl auec raondit seigneur le Mareschal , luy dit ' :

Signor, tu hai vnLhirurgico giouane di anni, ma cgli è vecchio cH sapere é lU cspericnlia : Guardalo bene, perche egli ti fora seruicio et honore.

C'est à dire, Tu as vn ieune Chirurgien d'aage, mais il est vieil de sçauoir et expérience : gardes le bien, car il te fera seruice et honneur. Mais le bon homme ne sçauoit pas que i'auois demeuré trois ans à Thoslel Dieu de Paris , pour y Irailer les malades.

En lin monsieur le Mareschal mourut de son flux hépatique. Estant mort, le Roy enuoya monsieur le Mareschal d'Annebaut pour estre en sa place, lequel me fit cest honneur de me faire prier de demeurer auec luy , et qu'il me traiteroit autant bien ou mieux que monsieur le Mareschal de Montejan Ce que ie ne voulois point, pour le regret que i'a-

1 Tesmoignage de la dcxlcriléde lAalheiir. — A. V.

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uois d'auolr perdu mon maistre, qui m'aitnoit intimement, et moy luy pareillement'. Ainsi m'en reuinsà Paris.

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