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ne luy serulroient de rien , à cause que ces excremens et vapeurs de la sanio retenue de si long temps en son lict , sont attirées par le systole et diastole des artères qui sont di.sseminées. par le cuir, et font que les esprits s'altèrent , et acquièrent vue mauuaise diathese ou qualité el corruption : ce qui se voit de quelqu'vn qui couchera en vn lit là où vn veroUé aura couché et sué , lequel prendra la verolle par les vapeurs putrides qui seront imbues el demeurées aux draps et couuertures.
Or quant à ce qu'il ne peut nullement dormir, et est quasi en atrophie, c'est à raison qu'il mange peu , et ne fait nul exercice, et qu'il est vexé de grandes douleurs : car il n'y a rien qui abbatte el prosterne plus les vertus que la douleur. La cause qu'il a la langue aride et seiche, cela vient par la véhémence de la chaleur de la fleure, par les vapeurs qui montent de tout le corps à la bouche : car , comme ou dit en commun prouerbe , quand on chauffe bien vn four, la gueulle s'en ressent. Ayant discouru des causes et accidens, ie dis qu'il falloil les guarir par leurs contraires : et premièrement appaiser les douleurs , faisant des ouuertures à la cuisse pour euacuerla boue retenue, ne l'euacuant tout à coup, de peur qiie par la grande euacuation subite se fist vne resolution d'esprits, qui pourroit grandement débiliter le patient et abréger ses iours. Secondement, auoir esgard à la grande tumeur et froideur de la iambe , craignant qu'elle ne tombasl en gangrené , et qu'il luy flilloit appliquer vne chaleur actuelle , parce que la potentielle ne pourroit réduire ï'mi\:mperie de polentia ad aclum. A ceste cause , qu'il falloit y appliquer au-
r.T VOYAGES.
loin- des briques cbaïules, sur lesquelles on ietteroit vne décoction laile d'Iierbes nerualcs cuit tes en vin et vinaigre, puis enueloppées en quelque seruielle. et aux pieds vne bouteille de terre remplie de laiiile décoction, boncliée et enueloppée en quelques linges. Aussi luy falloit faire des Ibnienlalions sur la cuisse et toute la iambe, d'vne décoction faite de sauge, rosmarin , lliym, lauande, /leurs de camomille et'melilol , roses rouges cuitles en vin blanc, et lexiue faite de chesne, et vn peu de vinaigre, et demie poignée de sel.
Geste décoction a vertu de subtilier, atténuer, inciser, résoudre, larir et seicher l'humeur gros et visqueux.
Lesdites fomentations se feront longuement, à fin que la résolution soit plus grande : car estant ainsi faite longuement, on résout plus qu'on n'attire, à cause qu'on liquéfie l'humeur contenu en la partie, on raréfie le cuir, et la chair des muscles. Tiercement, qu'il falloit appliquer sur l'vlcere du croupion vne grande enipiaslre, faile de l'onguent desiccatif rouge et l'onguent Comiiissw , parties égales, incorporées ensemble, à fin de luy appaiser sa douleur et desseicher I vlcere : aussi luy faire vn bourrelet de duuet qui portast le croupion en l'air, sans eslre appuyé dessus. Quartement, pour rafraischir la chaleur des reins , on luy appliqueroit dessus de l'onguent réfrigérant de Galien, recentement fait, et par dessus des fueilles de nénuphar récentes : puis vne scruiette trempée en oxycrat, espreinle et renouueliée souuent. Et pour la corroboration du cœur, on appliquera dessus vn médicament réfrigérant, fait d'huile de nénuphar et l'onguent rosat et vn peudesatîran , dissouts en vinaigre
rosat et theriaqiuî , oslendus sur vne pièce d'est ai latte. Pour la syncope (|ui procedoit de la debililalion des forces naturelles, faisant aussi troubler lecerueau, falloit vser de bons alinrjens succulens, comme œufs mollets, raisins de damas confits en vin et succre, aussi panade faite de boiiillon de la grande marmite (de laquelle i'ay parlé cy deuant) auec blancs de chappon , ailes de perdrix Iiachées bien menu, et autres viandes rosties, faciles ù digérer, comme veau , chéureau , pigeonneaux , perdreaux, griues, et autres semblables. La saulse sera orenge , verjus d'ozeille, grenades aigres : il en pourra pareillement manger de boiiillis auec bonnes herbes, comme ozeille, laictuë, pourpié, cichorée, buglose, soucy, et autres semblables.
La nuit, il pourra vser d'orgc-mondé, auec jus d'ozeille et nénuphar, de chacun deux onces, auec quatre ou cinq grains d'opium, et des quatre semences froides conquas^ées, de chacun demie once, qui est vn remède alimenteuxet médicamenteux, qui le prouoquera à dormir. Son pain sera de metail, et ne sera trop rassis ny tendre. Et pour sa grande douleur de teste, il faudra couper ses cheueux, et la frotter d'oxyrrhodiniini vn peu liede, et y laisser vn linge double trempé dedans. On luy fera pareillement vn frontail d'huile rosat et nenuph.ar et de pauot,(tvn peu d'opium et vinaigre rosat , auec vn peu de camphre, et renouuellé par fois. D'auantage, on luy fera sentir au nez fleurs de iusquiarae et nénuphar, broyées auec vinaigre et eau rose, auec vn peu de camphre , enueloppés ensemble en vn mouchoir, lequel sera tenu longuement contre le nez, à fin que l'odeur se puisse
APOLOGIE
communiquer au cerueau : et seront ces choses conlinu(5es seulement iusques à co que la {grande inflammalion et douleur soient passées , de petir de réfrigérer par trop le cerueau. D'abondant on fera pleuuoir par artifice, en faisant découler de l'eau de quelque lieu Jiaut dans vn cliauderon, et qu'elle face tel bruit que le malade le puisse entendre : par ces moyens luy sera prouoqué le dormir.
Et quant à la retraclion de sa iambe, il y a espérance la redresser, lors qu'on aura fait vacuation du pus et autres humeurs contenus à la cuisse, qui , par leur extension (fiiite par repletion) ont attiré ladite iambe : laquelle se pourra redresser, en luy frottant premièrement toute la iointure du genoûil auec vngucnlum de althea, et huile de lys, et vn peu d'eau de vie, et par dessus de la laine noire auec son suc : pareillement en mettant sous le iarret vn oreiller de plume, ployé en double, et peu à peu on luy fera estendre la iambe.
Lequel mien discours fut bien approuué des Médecins et Chirurgiens.
La consultation acheuce, nous en allasmes vers le malade, où ie luy fis trois ouuertures à sa cuisse, desquelles sortit vue bien grande qu.anlilé de boue et sanie , et dés l'heure ie luy liray quelque pelile esquille d'os: et ne voulus laisser sortir trop grande abondance de ladite sanie, de peur de trop débiliter ses forces.
Deux ou trois heures apré^ , ie luy fis faire vn lict prés le sien , où il auoit de beaux draps blancs: puis vn homme fort le jjosa dedans: et fut ioyeux d'auoir esté tiré hors de son lict sale et puant. Tost après demanda à dormir, ce qu'il fit prés de quatre heures : où tout le monde de la maison se commença à resioiiir, et prin-
cipalement monsieur le Duc d'Ascot son frère.
Les iours suiuans, ie luy faisois des inieclions au profond et cauilés des vlceres, faites d'Egypliac dissout tanlost en eau dévie, et autresfois en vin. l'appliquois pour mondifier et seicher les chairs spongieuses et mollasses, des compresses au fond des sinuosités, et tentes de plomb cannulées , à fin de tousiours donner issue à la sanie: et par dessus vue grande emplastre de diachalcilheos dissout en vin. Pareillement ie le bandois si dexlrement qu'il n'auoit nulle douleur : laquelle sedée, la fiéure commença fort à se diminuer.
Alors ie luy fis boire du vin trempé médiocrement d'eau, sçachant qu'il restaure et vinifie les vertus. Et toutes les choses que nous arreslasmes en la consultation furent accomplies selon le temps et ordre : et ses douleurs et la fléure cessées , commença tousiours à se mieux porter. Il donna congé à deux de ses Chirurgiens et à vn de ses Médecins, de façon que n'estions plus que trois auec luy.
Or l'y demeuray enuiron deux mois, et ne fut sans voir plusieurs malades, tant riches que pauures, qui venoient à moy detrois ou quatre lieues à l'entour. Il faisoit bailler à manger et à boire aux nécessiteux :
tous lesquels me recommandoit, et qu'en faneur dftluy ie les secourusse, le proteste que ie n'en refusay vn seul, et leur faisois à tous ce qu'il m'estoit possible, dont il esloit ioyeux. Lors que ie vis qu'il commençoit à se bien porter , ie luy dis qu'il falloit auoir des violes et violons, et quelque farceur pour le resioiiir : ce qu'il fit. En vn mois nous fismes en sorte, qu'il se pouuoit tenir en vue chaire, et se faisoit porter et promener en
lîT VOYAGES.
son iardiii , et à la porte de son cbastcau , pour voir passer le monde. Les villageois de deux et trois lieuës d'autour, sçachans qu'on le pouuoil voir, venoient aux Testes chanter et danser, inasieset femelles, pesle-mesie à tirelerigot , en resioïnssance de sa bonne conualescence , estans tous ioyeux de le voir, et n'estoit sans bien rire et bien boire. Il leur faisoit tousiours donner vue barrique de bière , et beuuoient tous à tirelerigot à sa santé. Et les citoyens de Monts en Hainault.et autres gentils-hommes ses voisins, le venoient voir par vne admiration, comme vn homme sortant du tombeau : et dés lors qu'il se porta bien , ne fut sans compagnie :
et comme l'vn sortoit, l'autre y entroit pour le visiter : sa table estoit tousiours bien couuerte. Il estoit grandement aimé de la noblesse et du commun peuple, tant pour sa libéralité, qUe de sa beauté et honnestelé, ayant le regard doux et la parole gracieuse , en sorte que ceux qui l'auoient enuisagé estoient contraints de l'aimer.
Les principaux de la ville de Monts vindrent vn samedy, pour le supplier qu'il permist que i'allasse à Monis, où ils auoient bonne volonté de me festoyer et me faire bonne chère pour l'amour de iuy. Il leur dist qu'il me prieroit d'y aller, ce qu'il fit : mais ie luy fis response , qu'à moy n'appartenoit me faire tant d'honneur, ioint aussi qu'ils ne me sçauroienl donner meilleures viandes que les siennes. El de rechef me pria bien affecUieusement d'y aller, et que ie fisse cela pour l'amour de luy : ce que luy accorday. Le lendemain , ils me vindrent quérir auec deux chariots : et estans arriués à Monts, Irouuasmes le disner prest, et des princi-
paux de la ville auec leurs femmes , qui m'altendoient auec bonne deuotion. Nous nous mismes à table, et me mirent au haut bout, et beuuoient tous ù moy et à la .samé de monsieur le Marquis d'Auret, disant qu'il estoit bien-heureux , et eux pareillement, de m'auoir recouuert pour le mettre sus : et conneus en cesle compagnie qu'il esloit grandement honoré et aimé. Après le disner, me ramenèrent au chasteau d'Aurel, où monsieur le Marquis m'y attendoit en grande deuolion, pour luy raconter ce que nous auions fait en noslre banquet :
où ie luy dis que toute la compagnie auoit beu plusieurs fois à sa santé.
En six sepmaines il commença à se soustenir vn peu sur des potences , et à se bien fort engraisser, et prendre vne viue et naturelle couleur.
Vouloirluy print d'aller à Beaumont, qui est la demeure de monsieur le Duc d'Ascot, et se fit porter en vne chaire à bras par buit hommes de relais. Et les paysans des villages par où nous passions , sçachans que c"estoit monsieur le Marquis, se battoient à qui le porteroit, et nous conlraignoieut de boire : mais ce n'estoit que de la bière , et croy que s'ils eussent eu du vin, voire de l'hippocras , ils nous en eussent donné de bonne volonté. Et estoient tous fort ioyeux de voir ledit Marquis , et prioient tous Dieu pour luy.
Estant arriué à Beaumont, tout le peuple venoit au deuant de nous luy faire la reuerence, et prioient Dieu qu'il le benist et le tinst en bonne santé. Nous enlrasmes au Chasteau , où il y auoit plus de cinquante Gentils-hommes que monsieur le Duc d'Ascot auoil mandés pour venir faire bonne chère auec monsieur son frère :
et fut trois iours entiers sa maison
APOLOGIE
ouuerte, Après disner les Gentilshommes coiiroient la bague , se battoient;\ l'espée d'armes , et se resioùissoient grandement de voir monsieur d'Auret : parce qu'ils auoient entendu que iamais ne poiirroit partir du licl, et guarir de sa blessure, l'estois à table tousiours au haut bout, là où tout le monde beuuoit carous à luy et à moy, pensans m'enyurer , ce qu'ils ne sceurent : car le ne beuuois que comme i'auois accoustnmé.
Quelques iours après nous en retournasmes, et pris congé de madame la Duchesse d'Ascot, laquelle lira vn diamant do son doigt , qu'elle me donna en reconnoissanced'auoir bien pensé son l'rere : et estoit le diamant de la valleur de plus de cinquante escus. Monsieur d'Auret se portoit tousiours de mieux en mieux , et cbeminoit tout seul autour de son iardin sur des potences. le luy demanday congé par diuerses fois , pour m'en reuenir à Paris, luy remonstrant que ce qui restoit à faire à sa blessure , son Médecin et Chirurgien le feroient.
Et pour commencer tousiours à m'esloigncr de luy , ie luy priay qu'il me permist d'aller voir la ville d'Anuers : ce qu il m'accorda bien volontiers , et commanda à son Maistre-d'Hoslel m'y conduire, accompagné de deux pages. Nous passasmcs par Malignes et Bruxelle, là où des principaux de la ville prièrent ledit Maislre d'ilostel, qu'au rapasser il leur fist entendre, et qu'ils auoient volonté de m'y festoyer, comme auoient fait ceux de Monts. lelesremerciaybien humblement , leur disant que ce u'esfoit à moy qu'appartenoit tel honneur. le fus deux iours et demy pour visiter la ville d'Anuers, où aucuns marchands connoi-ssans le M::iilro-d'Iîoslel , le
prièrent leur faire cesl lionne(U' nous donner à disner ou souper : c'esloit à qui nous auroit, et esloient tous fort ioyeux d'entendre la bonne disposition de monsieur d'Auret, me faisansplusd'honneur que ne demandois. Enfin nous en reuinsmes trouuer monsieur le Marquis, faisant bonne chère : et cinq ou six iours après ie luy demanday congé , qu'il m'accorda auec grand regret (ce disoit-il) : lequel me donna vn présent honneste et de grande valleur, el me fit reconduire par sondit Maistred'Hoslel auec deux pages , iusques en ma maison à Paris.
le me suis laissé dire que les Espagnols ont depuis ruiné et démoli son chasteau d'Auret , saccagé , pillé et bruslé toutes les maisons el villages à luy apparlenans, à cause qu il n'a voulu estre de leiu* meschant parti en leurs assassinats et ruine du Pays Bas.
VOYAGE DE DOVUGES. — 1562.
Le Roy auec son camp ne demeura gueres à Bourges que ceux de dedans ne se rendissent : et sortirent leurs bagues sauues. le ne sçaclie rien digne de mémoire , fors vn garçon de cuisine de la bouche du Roy , lequel s estant approché des murailles delà ville auparauant que l'on eust fait la composition, cria à haute voix : Huguenot, huguenot, tire là, tire là.
Ayant le bras leué el la main estendue, vn soldat luy perça la main tout outre d'vn boulet. Ayant rcceu ce coup, il me vint trouuer pour le penser. Monsieur le Conneslablc voyant ce g.'MTon ayant sa main toute san-
ET VOYAGES
glanle et fout esploré, Iiiy demanda qui l'auoit blossé : alors il y eut vn g-ciitilbonime , qui ayant veu donner le coup, dist que cela estoil bien employé, parce qu'il crioit : Huguenot frapc là, donne là. Alors ledit seigneur Connestable dist que ce huguenot csloit bon iiarqnebusier et auoit l'anie bonne , parce qu'il estoit vray semblable que s'il cust voulu tirer à la leste , il eust encore fait plus aisément qu'à la main. le pensay ledit cuisinier , qui fut fort malade.
Ilguari.«t, mais auec impotence de la main , et depuis ses compagnons l'appellêrent Huguenot : il est encore viuant.