‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 446 sur 515 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

DE l'AMOVB et charité DES OISEAVX ET CHIENS.

La clcongne nourrit son pere et sa mere en leur vieiUesse, et les petits

1 ET DE l'kXCELLI

^radians bien voler aident aussi et I supportent ceux d'entre eux qui ne ' peuuent encore bien voler. Et par ■ ainsi ils ne sont pas seulement humains enuers leurs pères et mères , mais aussi entre eux, comme frères et sœurs les vns enuers les autres.

La poulie porte vne , i grande affeclion ù ses petits poussins , qu'elle les congregeet assemble, les gardant sous ses ailes , et s'il vient vn cLien , ou vn loup , ou vn ours , qui sont de terribles bestes au prix d'elle, pour en empoigner vn, elle sautera contre eux, voire et fusl vn homme armé de toutes pièces, pour les défendre, sans auoir esgard à sa vie, ny au danger auquel elle se met : autant en font toutes les autres bestes.

Il se fau t esmerueiller de la loyauté que le cbien tient à son maistre , et de l'affection qu'il a enuers luy, et de la mémoire el nourriture qu'il en a receu : car iamais il ne l'abandonne, el quelque desplaisir que son maistre luy face , encores qu'il luy donnast cent coups de baston, si ne le peut-il délaisser qu'il ne retourne tousiours vers luy. Il n'y a beste qui connoisse si bien son maistre : encores qu'il aye esté long-temps sans le voir, il le reconnoist tousiours. Il entend la voix des domestiques. Le commun de tous chiens est de garder la maison , et abbaye.r aux estrangers , et csire mauuais aux pauures mal-vestus. Et s'il est question de trouuer des gardes bien seures , on n'en pourra pas trouuer de plus certaines que celles des chiens. Et pourtant Ciceron leur fait cet honneur, qu'il ^Jes appelle garde fidèle par dessus tous autres animaux. Il a vn senliment exquis, par lequel il connoist à la trace son maistre, et la proye.

\\icuns chiens ont demeuré long-

en DE l'homme. 7^7

temps sur le (ombeaudclour maistre, tousiours hurlans piteusement , sans qu'ils en peussent estre dochassés, ne voulans manger ny boire.

Pline récite ' qu'vn chien ne départit iamais prés du corps de son maistre , qui auoit esté exécuté par justice , ictlant de tristes hurlemens, enuirouné d'vn grand cerne de peuple romain : el quelqu'vn luy ayant ielté de la viande, ce chien la porta à la bouche de son maistre. Puis quand on eut ielté le corps dedans le Tibre, le chien se mil à nager, essayant de lesauuer et soustenir : dont le peuple Romain fut grandement esmerueillé de la fidélité de ceste beste 2.

On lit plusieurs histoires de la fidélité des chiens , qui seroient icy trop long-temps à réciter. Ils abbayent et clabaudent oyans le bruit des trompettes , et le cry des asnes et autres grands bruits, et ce clabaudement et abbayement leur est vn pleur pour l'impatience de leur ire.

Le cheual semblablement connoist son maistre , ce que Plularque a laissé par escrit du cheual d'Alexandre, nommé Bucefal : quand il estoit nud , enduroit bien que le palfrenier montast à poil dessus luy: mais quand il estoit paré de ses harnois royaux , et de ses riches couleurs , il n'en souffroit pas vn seul monter sur luy, qu'Alexandre tout seul , et si d'autres s'efforçoient y monter, il leur couroit sus, en ronflant et hennissant, et se cambroit sous eux , et les fouloit aux pieds, s'ils ne se hastoient bien lost de se retirer arrière et s'enfuir.

Combien que la colombe soit des

1 Liure». ch. 40. — A. P.

2 Celle histoire , empruntée à Pline, a été inkrcalée ici en <685.

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bestes bien fertiles , toiitesfois tant le masle que la femelle garde vne singulière chasteté, concorde et amour, et charité l'vn cnuers l'autre, et ne commettent point d'adullere, et ne violent point la foy en leur mariage : si la femelle a vn masle difficile et fascheux, elle le supporte neanimoins en toute patience : après le courroux ils se flattent et baisent, en faisant paix, et retournent l'vn auprès de l'autre. Ils sont d'amour égale enuers leurs petits.

Les tourterelles en font autant , et d'auantage : car en signe de viduilé, iamais ne couchent sus branche verte, après qu'elles ont perdu leur parly, et demeurent en perpétuelle viduité, sansprendre aulreparly. Us ont vn amour mutuel et réciproque.

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