‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 447 sur 515 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DE LA FOIICE DK l'jîLEPHANT , DE SA RELIGION , DOCILITÉ , CLEMENCE , BONTÉ, CHASTETÉ, VENGEANCE DES MAVX QV'ON LVY A FAITS, ET RE- CONNAISSANCE DES BIENS.

Il ne se trouue beste terrestre plus grande, plus puissante, ny espouuantable que les elephans. Car il faut qu'ils soyent merueilleusemenl puissans et robustes , quand ils peuuent porter en bataille de si gros édifices et de si grosses tours de buis pleines de gens d'armes, qui combattent en icelles. Et qu'ils soyent espouuantables, quand ils viennent equippés en tel ordre, il appert par la peur et frayeur que l'armée des Romains en eut, lorsqu'Antiocbus le Roy de Syrie commença premièrement à les amener en bataille contre eux. Car les gcn.s d'armes, qui n'auoicnl iamais

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veu tels monstres, concourent grande frayeur de voir tels animaux, qu'ils ne sceurent faire que se mettre en fuite.

Depuis , les Indiens auoient de coustume en la guerre de lier au bout de la trompe desdils elcphans vne espée longue de deux coudées, auec laquelle estant chassés tuoient leurs ennemis. Ils mettoient pareillement des bats , qu'ils lioient de chaisnes de for sous le ventre, et dessus mettoient vn chasleau de bois, en manière de tours, où quatorze hommes estoient debout, et batailloient de toutes sortes de leurs armes et bastons. Mais depuis , sçachans leurs ennemis que les elephans craignent le feu , ceste façon est abolie , à cause des bastons à feu qu'ils ont, et aussi des torches allumées qu'ils présentent aux elephans , desquels ils sont tant espouuantés, qu'ils font plus de mal à leurs maistres en s'enfuyant , qu'ils ne font aux ennemis en bataillant.

Ce neanlmoins tant eslranges bestes qu'ils soient , c'est vne chose incroyable des vertus que les philosophes leur attribuent, et les choses qu'ils en racontent. Plinedit ^ qu'ils approchent fort des sens humains, et qu'ils ont quelque intelligence du langage du pays auquel ils sont nés, el qu'il y a vne grande obéissance en eux en ce qui leur est commandé, ayans mémoire des seruices et offices qu'ils ont accoustumé de faire : mais qui plus est, bonté et clémence se Irouuent entre eux. Quant à la religion , Plularque a escrit qu'ils font prières aux dieux immortels : car de leur bon gré ils se purgent et lauenl ' en la mer, et adorent le Soleil leuant,

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ET DE L'fiXCEr.LIi

iuiec vue graiulo rouereiico , Iciiiius leur trompe en haul vers le ciel au lieu des mains. El Pline à ce niesme propos lesmoigne qu'ils font honneur et reuerence, non seulement au Soleil, mais aussi à la Lune et aux esloiles : et après auoir fait leur adoration , ils s'en retonrnenl aux bois, et portent deuant eux leurs petits ou faons qui sont las. Les Arabes en font bon tesmoîgnage, qui voient ordinairement la grande quantité d'elephans à la nouuelle Lune descendre à grands troupeaux aux riuieres , où ils se lauent et baignent: et après qu'ils sont puriûés , ils se metlent à genoux, et font leur adoration, puis s'en retournent aux bois, et le plus ancien conduit la troupe , et celuy d'après les assemble.

On dit aussi qu'on a trouué que de nuit pensoienC à ce deriuoy auoient esté chasliés de iour. Plutarque tesmoigne qu'il est tout certain, que comme aucuns elepbans eussent esté instruits à Rome longtemps deuant, pour apprendre à faire des tours raerueilleux , et difficiles à refaire , on en trouua vn ayant l'entendement plus dur que les autres, et pour ce il esloit bay de tous les autres et battu sonnent, par-ce qu'il ne pouuoit retenir tels tours de passepasse, lequel toulesfois les repeloit à par-soy , et s'efforçoit les faire de nuit à la Lune. Adrianus récite auoir veu vn éléphant , lequel ayant deux cymbales pendues aux oreilles, les touchoit d'accord alternatiuement de son museau ( ou trompe) et dansoit selon la mesure de l'accord, et les autres le suiuoient en dansant comme luy.

Les Elephans portent leurs petits deux ans en leurs matrices, pour la grande corpulence de leurs corps,

cil DF. l'homme. -j/ig

parce qu'vn gros fruit n'est si tost meur qu'vn petit '. Ils sont do nature tant amiables et pitoyables, que iamais ne font rien à personne, si on ne les y prouoque. lamais le masie et la femelle nese connoissent ensemble qu'en secret , à cause de honte qu'ils ont. On tient qu'ils ont si bon entendement, qu'ils n'entreront iamais en vn nauire,pour passer la mer etesirc menés en pays estrange, que leur gouuerneur n'aye promis et iuré les ramener en leur pays. Aussi estans irrités , ils chargent les hommes sur leurs cornes, et les iettent si haut, que deuant qu'ils tombent ils sont eslouifés et morts. Nous parlerons encore de la nature des Elephans cy après au liure des Monstres 2.

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