‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 468 sur 515 · AV HVRK DES MONSTRES · texte numérisé non relu

AV HVRK DES MONSTRES

la coslo do Bayonne , prés va petit villago (listant de trois lieuës ou eiiuiron do ladite ville, nomme Hiarris:

auquel lus enuoyé par le commaiulenicnt du lloy (qui estoit pour lors à Bayonne) pour traiter monscif-neur le Prince de la lloche-sur-Yon, qui y demeura malade : où i'appris et confirmay le moyen qu'ils vsent pour ce faire, qu'auois leu au liure que monsieur Rondelet a escrit des poissons, qui est ici. Contre ledit village il y a vue montaignette, sus laquelle dés long temps a esté édifiée vne tour tout exprés pour y faire le guet, tant le iour que la nuit , pour descouurir les baleines qui passent en ce lieu : et les^apperçoiuent venir, tant pour le grand bruit qu'elles font, que pour l'eau qu'elles iettent par vn conduit qu'elles ont au milieu du front : et Tapperceuans venir, sonnent vne cloche, au son de laquelle promptement tous ceux du village accourent auec leur équipage de ce qui leur est nécessaire pour l'attraper. Ils ont plusieurs vaisseaux et nacelles, dont en d'aucuns il y a des hommes seulement constitués pour pescher ceux qui pourroient tomber en la mer :

les autres dédiés pour combattre, et en chacun il y a dix hommes forts et puissans pour bien ramer, et plusieurs autres dedans, auec dards barbelés, qui sont marqués de leur marque pour les reconnoistre, attachés à des cordes : et de toutes leurs forces les iettent sus la baleine, et lors qu'ils apperçoiuent qu'elle est blessée , qui se connoistpour le sang qui en sort, laschent les cordes de leurs dards, et la suiuent à fin de la lasser et prendre plus facilement : et l'attirans au bord , se resioiiissent et font godechcre, et partissent, chacun ayant sa portion selon le deuoii* qu'il aura

fait : qui se connoist pour la quantité des dards qu'ils auront iettés et se seront trouués, lesquels demeurent dedans : et les reconnoissent à leur marque. Or les femelles sont plus facîiles à prendre que les masles , pource qu'elles sont soigneuses de sauuer leurs petits, et s'amusent seulement à les cacher, et non à s'eschapper.

La chair n'est rien estimée: mais la langue, pource qu'elle est molle et délicieuse, la sallent : semblablement le lard, lequel ils distribuent en beaucoup de prouinces, qu'on mange en Carosme aux pois ; ils gardent la graisse pour brusler, et frotter leurs bateaux , laquelle estant fondue ne se congelé iamais. Des lames qui sortent de la bouche, on en fait des vertugales, busqués pour les femmes, et manches de couteaux , et plusieurs autres choses : et quant au'x os, ceux: du pays en font des clostures aux iardins : et des vertèbres, des marches et selles à se seoir en leurs maisons.

l'eu fis apporter vne, que le garde en ma maison comme vne chose monstrueuse.

^ulre espèce de Baleine

Vraye portraiture de l'vne des trois Baleines qui furent pi-ises le deuxième luiilet 1577, eu la riuiere de l'Escault, l'vne à Flessingues, l'autre à Saflingho , et ceste cy à Hastinghe au Doél , enuiron cinq lieuës d'Anuers : elle estoit de couleur de bleu obscur , elle atioit sur la teste vne ^narine par laquelle elle ieloil l'eau ; elle auoit de longueur en tout cinquante huit pieds ,et seize de hauteur : la queue large de quatorze pieds : depuis l'œil jusques au deuant du muzeau il y auoit seize pieds d'es*

1 Cet nrllcle est de 16791

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pace. J.a inaschoiro d'embas csloit longue de six pieds, on chaque coslé de laquelle estoient vingl-cinq donls Mais on haut olle auoil autant do trous, dans lesquels lesdites dents d'embas se pouuoicnt caclier. Chose monstrueuse, voir la inaschoiro supérieure dosfjarnie de dents . qui douoient cslre opposilos pour la rencontre des viandes aux dents inférieures, et en lieu d'icelles dents voir des trous inutiles. La plus grande de ces dents ostoit longue de six pouces : le tout fort merueilleux ol espouuentable à contempler, pour la vastité , grandeur et grosseur de tel animal.

Du Rémora^.

Pline, liuro 32, chap. 1, dit qu'il y a vn petit malautru poisson, grand seulement de demy pied , nommé d'aucuns Echeneis, d'autres Rémora , qui mérite bien eslre misicy entre les choses merueilleuses et monstrueuses , lequel retient et arrcsto les vaisseaux de mer tant grands soient-ils , lorsqu'il s'attacha contre , quelque effort que la mer ni les hommes sçachent faire au contraire , comme les flots et les vagues , et le vent estant en golfe des voiles , et seconde des rames ou cables , et ancres quelques grosses et pesantes qu'elles fussent.

Et de fait , on dit qu'à la deffaile (i'Actium, ville d'Albanie, ce poisson arresta la gallere capitainesse où ostoit Marcus Antonius, qui, à force de

1 Cet article a paru pour la première fois, en grande partie du moins, en li)75.

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rames, alloit donnant courage ses gens de galiere en gallere: et pendant l'armée d'Augusle , voyant ce desordio , inuestit si brusquement colle de Marcus Antonius, qu'il luy passa sur le venire. De mesme aduint on la gallere de l'lîmpereur Caligula.

Ce Prince voyant que sa gallere seule entre toutes celles de l'armée n'auançoit point, et noantmoins ostoit à cinq par bancs , entendit subit la cause de l'arrest qu'elle faisoit : promptement force plongeons se ietteront en mer , pour chercher à l'entour doceslo gallere ce qui la faisoit arrester, et trouuerent ce petit poisson attaché au limon : lequel estant apporté à Caligula , fut fort fasché qu'vn si petit poisson auoit le pouuoir de s'opposer à l'effort de quatre cents espaliers et galliots qui estoient en sa gallere

Escoutez ce grand et sage Poëte le Seigneur du Bartas, lequel dit de bonne grâce au cinquième liuro de la Sepmaine, les vers qui s'ensuiuent :

1 Dans les deux éditions de 1575 et 1579, on lisait à la suite de ce paragraphe •

« Dauantage Pline au mesme liure et chapitre, dit qu'il y a vn autre poisson nommé torpille, lequel touchant seulement de la ligne stupéfie et amortist le sentiment du bras de celuy qui tient la ligne. »

Mais en 1585, Paré voulant insérer la longue citation de Dubartas qu'on va lire, raya cette phrase qui auraitrompu le sens : retranchement d'autant plus facile qu'il a parlé en divers endroits de la torpille aux livres îles V eiiiiis et des Animaux , et qu'au chapitre ?8 du livre des f 'enins il cite même à son occasion d'autres vers de Duharlas.

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