AV LIVRK DES MONSTRES
Il a la tes.te et 1 mâchoires, eslans faites tout ainsi
l 'en cnj
vn en mon cabinet que l'on m'a
'ionni, que ii gai'deimir «ismc't'ct — Ai Pi
que les fanons ou ailerons nuec lesquels les autres poissons s'aident pour nager. Ils volont en assez grande abondance, principalement la nuit, et en volant heurtent contre lee voilies des nauires, el tombent de- . dans. Les Sauuages se nourrissent de leur chair.
Jean de Lery en son Histoire de l(i terre du Ilrcsil, chapitre 3., confirmcî cecy, et dit auoir veu sortir dtî la nier et s'eslcuer en l'air de grosses troupes de poissons ( tout ainsi que sur terre on voit les alouettes ou estourneaux) volans presque aussi haut hors l'eau qu'vno pique, et quelquesfois prés de cent pas loin. Mais aussi il est souûent aducnu que quelquesvns se heurtans contre les mats de nos nauires, lombansdedans, nouslos prenions à la main. Ce poisson est de forme d'vn haranc, toutesfois vn peu plus long et plus gros : 11 a de petits barbillons sous la gorge , et les ailes comme d'vne chauue-souris , et presque aussi longues que tout le corps :
et est de fort bon goust, et sanoureux a manger. Il y a encore vne autre chose (dit-il) que i'ay obseruée:
c'est que ny dedans l'eau , ny hors de l'eau , ces pauures poissons volans ne sont iamais à repos : car ostans dedans la mer, les grands poissons les poursuiuent pour les manger, et leur font vne continuelle guerre ; et si pour euiter cela ils se veulent sauner en l'air , et au vol , il y a certains oiseaux marins qui les prennent et s'en repaissent.
P^n autre poisson volant fort monstrueux ' .
Entre Venise et Kauenne, vne lieuë au dessus de Quioze, en la hier des
i Article de
^lyG APPENDICF.
Vcniliens.l'an 1550, fui pris vn poisson volanl lorriblc et nicrueilleux à voir , de grandeur de quatre pieds et plus, de largeur d'vne pointe àil'autrc de ses ailes, deux fois autant, de grosseur d'vn bon pied en quarré. La teste estoit merueilleusement grosse, ayant deux yeux , l'vn dessus, l'autre dessous , deux grandes oreilles et deux bouches : son groûin estoit fort charnu , verd en couleur : ses ailes esloient doubles , en sa gorge il auoit cinq trous en façon de Lamproye :
sa queue estoit longue d'vne aulne, au haut de laquelle esloient deux petites aisles. Il fut apporté tout vif en ladite ville de Quioze , et présenté aux seigneurs d'icelle, comme chose qui n'auoit iamais esté veuë.
Diuerses coquilles , ememble du poisson qui eu dedans icelles, dit Bernard l'Ermite^.
Il se trouue en la mer de si estran ges et diuerses sortes de coquilles , que l'on peut dire que îs^ature, chambrière du grand Dieu , se iouë en la fabrication d'icelles: dont le fay fait portraire ces trois , qui sont dig'nes de grande contemplation et admiration, dans lesquelles il y a des poissons comme limaçons en leurs co- . quilles : lesquels Âristote , liure 4. de l'histoire des Animaux , nomme Cancellus, estans compagnons des poissons couuerts de cocques , et de test dur, et semblables aux langoustes, naissant à par soy.
Rondelet en son liure de V Histoire des poissons , dit qu'en Languedoc ce poisson se nomme Bernard l'Ermite :
1 Les dix premières lignes de cet article se lisaient déjà en 1573 ; mais la citation d'Aristote qui termine le premier paragraphe , et tout le leste de l'article, sont des additions de 1579.
ila doux cornes longueltescl menues, ' sous lesquelles il a ses yeux , ne les pouuant retirer au dedans comme font les Cancres, mais tousiours apparoissent aduancés au dehors : ses pieds de deuant sont fendus et fourchus , lesquels luy serucnt à se défendre et à porter en sa bouche. Il en a deux autres courbés et pointus desquels il s'aide à cheminer. La femelle fait des œufs , lesquels on voit pendus par derrière comme pcliles palenoslres enfilées , toutesfois enueloppées et liées par petites membranes.
Elian au liure 7. chapitre 31. en escrit ce qui s'ensuit : « Cancellus naisl tout nud et sans coquille, mais après quelque temps il en choisit de propre pour y faire demeure quand il s'en trouue de vuides, comme celle de pourpre, ou de quelque autre trouuée vuide : il s'y loge , et estant deuenu plus grand en sorte qu'il n'y peut plus tenir (ou lors que nature l'incite à frayer) , il en cherche yne plus grande où il demeure au large et à son aise. Souuent il y a combat entre eux pour y entrer, et le plus fort iette le plus foible , et ioiiit de la place. »
Le mesme tosmoigne Pline, liure 9.
Il y a vn autre petit poisson nommé Pinothere », de la sorte d'vn cancre, lequel se lient et vit touiours auec la pine. qui est ceste espèce de grande coquille qu'on appelle nacre, demeurant tousiours assis comme vn portier à l'ouuerture d'icelle, la tenant entre-ouuerte iusques à ce qu'il y voye entrer quelque petit poisson, de ceux qu'ils peuuent bien prendre, lequel mordant la nacre, ferme sa co-
» Plularque. — • A. P.
Av r.ivuF, uns monsiiuis
qtiillc : puis lou!^ ileux gvignolcnl et mangent leur pi oye ensemble.
De la Lamie^,
Rondelet, au 3. liure des Poissons, cliap. ll. escrit que ce poisson se trouue aiicunesfois si nierueilleusement grand, qu'il peine peut cslre traîné par deux cbeuaux sur vne charrette. 11 mange (dit-il) les autres poissons, et est trcs-goulu, voire deuore les hommes entiers : ce qu'on a conneu par expérience. Car à Nice et à Marseille, on a autresfois pris des lamies dans l'eslomach desquelles on a Irouué vn homme entier tout armé.
« l'ay veu (dit Rondelet) vne lamie en Xaintonge, qui auoit la gorge si grande, qu'vn homme gros et gras aisément y fust entré : tellement que si auec vn bâillon on luy tient la bouche ouuerte, les chiens y entrent aisément pour manger ce qu'ils trouucnt dedans l'eslomach. »
Qui en voudra sçauoir d'auantage lise Rondelet au lieu allégué. Pareillement Conradus Gesncrus en ses Histoires des animaux, fueillet 151. ordre 10. confirme ce que Rondelet en a escril : et dit d'auanlage, s'estre trouué des chiens tous cnliers dans l estomach de ladite lamie, ayant fait ouuerture d'icelle : et qu'elle a les dents aiguës, aspres et grosses. Rondelet dit aussi quelles sont de figure triangulaire, découpées des deux coslés comme vne scie, disposées par six rangs : le premier duquel se monstre hors de la gueule, et tendant vers le deuanl : celles du second sont droites, celles du troisième, quatrième, ciu-
' Cet article est de date plus récente que les autres; on le lit seulement dans l'édition de 1686.
quiémo, sixième, sont courbées vers le dedans de la bouche pour la pluspart. Les Orféures garnissent ces dents d'argent, les appellans dents de, serpent. Les l'emmes les pendent au col des cnfans, et pensent qu'elles leur font grand bien quand les dents leur sortent : aussi qu'elles les gardent d'auoir peur.
l'ay souuenance d'auoir veu à Lyon, en la maison d'vn riche marchand, vne teste d'vn grand poisson, lequel auoit les dents semblables à cesle description, et ne sceu sçauoir le nom de ce poisson. le croy à présent que c'estoit la teste d'vne lamie. Tauois proposé la faire voir au defunct Roy Charles, qui esloit fort curieux de voir les choses sérieuses et monstrueuses : mais deux iours après que ie voulus la faire apporter, il me fut dit que le marchand, sa femme, et deux de ses seruiteurs estoient frappés de peste : qui fut cause qu'il ne la veit point.
Du poisson dit Naulicua
Pline, chap. 30. liu. 9. de son JHetoire naturelle , nomme ce poisson Nautikts ou Nauticus, auquel est grandement à considérer, que pour venir au dessus de l'eau, se met à l'enuers, remontant peu à peu pour esconler l'eau qui seroit en sa coquille, à fin de se rendre plus léger à nauiger, comme s'il auoit espuisé lasentine de son nauire. Et estant au dessus de l'eau, il recourbe en amont deux de ses pieds, qui sont ioints ensemble auec vne pellicule fort mince pour luy seruir de voile, se seruant de ses bras comme d'auirons, tenant tousiours sa queue au milieu, au lieu de
1 Cet article est une addition de 1679.
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timon : et va ainsi sur la mer, contrefaisant les liislcs et galères. Que s'il se sent auoir peur, il serre son équipage, et remplit sa coquille d'eau en la plongeant, et ainsi s'en va au fond.
Description de la Baleine i ,
Nous abusons aucunement du mot de Monslre pour plus grand enrichissement de ce trait(3: nous mctlrons en ce rang la Baleine , et dirons estre le plus grand monstre poisson qui se trouue en la mer, de longueur le plus souuent de trente six coudées, de huit de largeur, l'ouuerlure de la bouche de dixhuil pieds, sans auoir aucunes dénis : mais au lieu d'icelies, aux coslés des maschoires , a des lames comme de corne noire, qui finissent en poils semblables à soye de pourceau, qui sortent hors de sa bouche, et luy seruent de guide pour monslrer le chemin, à fin qu'elle ne se heurte contre les rochers. Ses yeux
iCet article se lit déjà dans l'édition de 1573; mais auparavant il s'en trouvait un autre qui a été retranché dès 1575. 11 était ainsi conçu :
« Figure d'vn chancre de mer, que les Médecins et Chirurgiens ont comparée à la tumeur chancreuse, à cause qu'elle est ronde etaspre, et les venes d'autour aux pieds tortus de cesl animal : aussi lorsqu'il est accroché contre les rochers, diUicilement en est destaché : d'auantage il est de couleur fresque et noirastre, comme sont les tumeurs chancreuses : et voyla pourquoy les antiens ont donné le nom de chancre à telle tumeur, à cause de la similitude qu'ils ont l'vn à l'autre. Les chancres sont trouués dedans les tests durs des moulles et des huyslres et autres poissons, qui ont lests pour y estre nourris et conserués, comme dedans des cauernes et maisons fortes , parcequ'il n'y a beste qui n'ait ce don de nature de pouroba6«er oe qui tUf est necmairOi lanl puur
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sont distans l'vn de l'autre de quatre aulnes, et plus gros que la teste d'vn liommc : le museau court, et au milieu du front vn conduit par lequel attire l'air cl ielle vne grande quantité d'eau, comme vne nuée, de la quelle elle peut remplir les esquifs, et autres pelils vaisseaux, et les renuerser en la mer. Quand elle est saoule, brame et crie si fort qu'on la peut ouyr d'vne lieuë françoise : elle a deux grandes ailes aux costés, desquelles elle nage et cache ses pelils quand ils ont peur, et au dos n'en a point : sa queuë est semblable à celle du Dauphin, et la remuant esmeul si fort l'eau qu'elle peul reiiuerser vn esquif : elle esl couucrle de cuir noir et dur. Il esl certain par l'analomie , qu'elle engendre ses pelils vifs, et qu'elle les allaicle : car le masie a des testicules et membre genilal, et la femelle vne matrice el mammelles.
Elle se prend en certain temps d'hyuer en plusieurs lieux, mesmemenl à
se nourrir que pour se retirer et héberger. Les pescheurs (se dict Aristote) disent qu'ils naissent auec ceux dans les tests desquels ils sont trouués. Les chancres ont dix pieds, comprenant leurs deux bras fourchus, et audedans dentelés pour s'en seruir comme de mains. Ils ont la queue replyee par dessus ! ils sontcouuers de coques aspres, faictesde demys cercles : ils ont six cornes à la teste , et les œils sortans fort audehors et fort séparés l'vn de l'autre : au printemps ils se despouillent de leur coque, comme vn serpent de sa peau , et se sentans afoiblis et desarmés, ils se tiennent cachés aux creux des rochers iusques à ce que leur coquille soit reuenue et dure. »
Suivait la figure du chancre, que Paré reporta en 1575 au livre dcn Tumeurs en gênerai, ch. 2, et c'est pour cela sans doute qu'il supprima en cet endroit l'histoire du chancre, ne voulant pas en répéler la ligurei Voyez tome ^r, pago 80î.