AV LIVRE DES MONSTJIES
à g-ouuerner, qu'autre qui viue. Sur sa teste apparoissent deux petites cornes longues d'vn pied ou enuiron , lesquelles sont assez droites et enuironnées de poil tout autour: vne lance n'est point plus haute qu'elle leue sa teste en haut. Elle se paist d'herbes , et vit aussi de fueilles et branches d'arbres , et aime bien le pain, chose qu'atteste et figure André Theuet, liui e 11, chap. 13 , tome 1 , de sa Cosmographie.
Des Eleplians ' .
Les Elephans naissent en Afrique , delà les déserts, en la Mauritanie, et aussi en Ethiopie. Les plus grands sont ceux qui naissent és Indes. Ils passent en grandeur tous les autres animaux à quatre pieds : neantmoins , comme dit Aristote, ils s'apriuoisent si fort, qu'ils demeurent les plus doux et priués de toutes les bestes : on les enseigne, et entendent à faire plusieurs charges. Ils sont couuerts d'vn cuir
1 Au lieu de cet article;, l'édition de 1579 en offrait ici quatre : le premier traitant du pyrassoiippi , le second du camphurch , le troisième de ielephani, le quatrième du taureau de la Floride. Trois de ces articles ont été depuis reportés au Discours de lalicorne. Il est à remarquer que ce déplacement se fit avec tant de négligence, que l'histoire delà besie ihanacht avait sauté en même temps dans l'édition de 1585, et n'ayant point trouvé place au Discours de la licorne, n'avait point été remise ici, bien que la figure de la bête y fût conservée. Cette lacune a été réparée dés la première édition posthume. Mais d'un autre côté, la figure de l'éléphant ayant été aussi transportée au Discours de la licorne, le texte qui s'y rapporte avait été oublié, et il avait été conséquemment effacé d'un endroit sans être reproduit dans l'autre : je l'ai rétabli ici d'après l'édition de
semblable à vn bulle, clair semé de poil de couleur cendrée. Ils ont la teste grosse, le col court, les oreilles larges de deux empans : le nez très long et creux comme vne grande trompe , touchant presque iusques à terre, duquel se seruent en lieu do mains. Ils ont la gueule prés la poitrine, assez semblable à celle d'vn pourceau : du dessus sortent deux dents fort grandes. Leurs pieds sont ronds comme tailloirs, larges de deux ou trois empans, et autour sont cinq ongles. Ils ont les iambes grosses et fortes, non composées d'vn seul os entier comme aucuns ont estimé , mais plient les genoiiils comme autres bestes à quatre pieds : et partant quand on veut monter dessus ou les charger, ils s'agenoijillent, puis ils se relouent. Ils ont la queuë comme vn bufle, peu garnie de poil , longue enuiron de trois empans: par quoy ils seroient maltraités des mouches, si Nature ne les auoit pourueus d'vn autre moyen pour s'en défendre : c'est qu'alors qu'elles les mordent et piquent, ils resserrent leur cuir, qui est du tout ridé et rempilé : par ainsi ils les escachent prises entre ses l'ides. Il n'y a homme qu'il n'atteinde , encore n'allant que son pas : sa grande corpulence en est cause , car ses pas sont si longs qu'ils outrepassent la grande vistesse des hommes. Ils viuent de fruits et fueilles d'arbres, et si il n'y a arbre si gros qu'ils n'atterrent et met ■ tent en pièces. Ils croissent iusques à la hauteur de seize empans: pour ce ceux qui n'ont accoustumé d'aller dessus sont aussi eslonnés que ceux qui n'ont coustume d'aller sur mer.
Ils sont si effrénés de leur nature , qu'ils nepeuuent endurer bride quelconque, qui est cause qu'il les faut laisser aller à leur liberté ; toutesfois
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ils sont fort obeïssans aux hommes de leui- nation, enlcndans bien leur langage : parquoy il est aise à les gouuerner par parolles. Lorsqu'ils veulent molester quelque personne, ils l'cleuent en l'air uuec leur grand nez, puis d'vnc ardente lurie le ruent contre terre et le foulent aux pieds , iusqups à ce qu'ils leur ayent lait rendre l'esprit.
Aristole dit qu'ils n'engendrent point que iusques à vingt ans » : ils ne sont point adultères, car ils ne touchent iamais qu'à vne femelle, et quand ils la connoissent pleine , ils n'ont garde d'y toucher. On ne peut sçauoir combien de temps la femelle porte, car les masles les couurent en secret, de honte qu'ils ont. Les femelles font leurs petits auec douleur comme les femmes , et les ieschent incontinent.
Ils voient et marchent soudain qu'ils sont nés. Us viuent deux cens ans.
On voit des dents d'Elephans , appellées luoire , merueilleusement grandes , en plusieurs villes d'Italie , comme à Venise , Rome , Naples , et mesmement en ceste ville de Paris , desquelles on fait coffres, lucts, peignes, et plusieurs autres choses à l'vsage de l'homme.
De la beslc Tlianaclh.
André Theuet , tome 1. chap. 10.
en sa Cosmographie, dit que du temps qu'il estoit sur la Mer Rouge, arriuerenl certains Indiens de terre ferme qui apportèrent vn monstre de grandeur et proportiond'vnïygre, n'ayant point de queue, mais la face toute semblable à celle d'vn homme bien formé , fors que le nez estoit camus : les mains de deuant comme d'vn homme, et les pieds de derrière résilia. G. chai), 27. du Uisl. animal. — A. P.
semblans ù ceux d'vn Tygre, tout couuert de poil bazané. Et quant à la leste, oreilles, col , et bouche comme homme, ayant les cheueux bien peu noirs et crespelus, de mesme les Mores qu'on voit en Afrique. C'esloit la nouueaulé que ces Indiens apportoient pour faire voir, pour l'honncsteté et courtoisie de leur terre , et nommoicnt ceste gentille beste Thanaclh : laquelle ils tuent à' coups de flèches, puis la mangent.
D'vnc hesle monstrueuse laquelle ne vit que de vent , dite llaiil.
Theuet en sa Cosmographie, tom, 2.
chap. 13. dit qu'en Afrique se trouue vne beste , nommée des Sauuagcs Haïit , fort difforme, et est presque incredible qu'il en soit de telle qui ne l'auroit veué. Elle peut esire de grandeur à vne grosse Guenon , ayant son ventre auallé et proche de terre , quoy qu'elle soit debout : sa face et teste sont presque semblables à celles d'vn enfant. Ce Haiit estant pris, iette de grands soupirs, ne plus ne moins que feroit vn homme atteint de quelque grande et excessiue douleur. Elle est de couleur grise, n'ayant que trois ongles à chacune patte , longue de quatre doigts, faits en forme d'arestes d'vne carpe, auec lesquelles griffes qui sont autant ou plus trenchantes que celles d'vn Lion , ou autre beste cruelle , elle monte sus les arbres , où elle fait plus sa résidence qu'en terre. Elle a la queuë longue seulement de trois doigts. Au reste c'est vn caseslrange, que iamais homme ne sçanroit dire l'auoir veuë manger de chose quelconque, quoy que les Saunages en ayent tenu longtemps dedans leurs loges, pour voir si elles mangeroient