LA DEFINITION DE FIEVRE
C'est chose 1res - asseurée qu'entre toutes les malaclies les fiéures sont: les plus communes et les plus ffjscbeuses. Il n'y a si petit mal, pour peu de temps qu'il dure , qui ne soit accompagné de la fleure, et si nous voulons croire p quelques-vns , personne ne meurt sans fiôure , non pas ' roesme ceux qui meurent de mort violente. Elle est quelquesfois si naturelle qu'elle accpmpagne quelquesvns toute leur vie , comme qu'il on dit arriue aux lions : les autres vne fois tous les ans , et ce au iour de leur naissance, comme on raconte d'vn certain poëte nommé Antipater, et d'vn autre appelle lean l'Architecte. C'est vn mal tres-importun , pource que par iceluy toutes les parties de nostre corps extérieures et intérieures sont affligées, d'où s'ensuit lésion et deprauation de toutcsles operations.Outre que par la véhémence d'iceluyles esprits qui sont communs instrumens de toutes nos actions sont manifestement offensés, ou en leur qualité pour estre trop eschauffés et subtiliés, ou en leur quantité pour estre promptement dissipés par l'ardeur de la fléure, ou en leur substance
pour estre corrompus par l'infection des vapeups poprries qui sortent des humeurs que font les fleures putrides En sorte que c'est vn mal trespernicieux, veu raesme qu'il a son siège en la partie la plus noble que nous ayons, qui est le cœur. le diray toutesfois que , comme la nature n'a point donné à la vipère de venin qu'elle neluy ait donné pareillement son antidote , aussi que la fléure n'a point tant eu d'incommodité qu'elle n'aye eu aussi auec soy quelque fruict
1 Ce début du chapitre prpmier est ipiilé et amplifié du deuxième paragraphe du premier chapitre de l'ancien livre.
« C'est chose toute asseuree , qu'entre toutes les maladies les Fieurcs sont les plus fascheuses , pource que par icelles toutes les parties tant internes qu'externes sont affligées',: dont s'ensuit lésion et dépréciation de toutes les opérations : entendu en outre que par la véhémence d'icelles les esprits, qui sont communs instruments de toutes nos actions , sont manifestement otîensez , ou en leur qualité, pour cslre trop cschaulTcz et suhliliez, et aussi corrompus par l'infection des vapeurs suscitez des humeurs putréfiez és fieurcs putrides: ou en leur quantité, pour estre promptement dissipez en l'ardeur d'icelles, dont s'ensuit que de tant que le mal est grand cl pernicieux , de tant faul-il trauaillcr à le cognoistre : pour à quoy paruenir, il sera bon de commencer par la deilnltlonk »
et quelque douceur, Car nous obsevuons aprt's Ilippocrates ol Galieu , qu'il ost quolqucslbis à souhaiter d'auoir la liéure , qu'elle guérit de plusieurs U)aladies,qu'ellc YicnlparYoye de crise et de soulagement , et qu'elle osto les incommodités que peiit-esUe l'arl de la médecine ne pourroit desraciqer. Mais certes ce bipn icy est si rare et si peu ordinaire , que quaqd il arriue il donne mesnie de rapprehension, et feroit-on volontiers des sa-
et latins, ym qu'ils seruent fort peu à nntelligence do la fleure , et point du tout à l'instruction du chirurgien, le me contenleray d'apporter sa définition ou description la plus propre et exacte que i'ay peu lircr des mcillouis auteurs. La fiéyre donc p'est autrechose qu'yneinleniperiechaude et seiche, excitée et enflammée au cœur, et du cœur communiquée à tout le corps par les veines et artères ». En cesle définition lempt A'in-
crifices commp anciennement à Rome à la fléure, à fin qu'elle n'eust point à venir , ou à s'en retourner promptement.
Or en quelque façon que la fleure arriue , sa connoissance est tres-necessaire : c'est pourquoy nous douons trauailler diligemment en ceste eslude, et nous efforcer à son es( laircisgement, afin que le ieune chirurgien en tire profil, Nous anons dit que cesle doctrine a deux parties , l'vne qui explique l'essence et la nature de la fiéure,el l'autre qui regardeles accidens. La première est double , générale et particulière. Pour la générale, elle consiste à expliquer la définition de la fiéure , ses causes, sfs signes et sa curation. Pour la particulière , elle sera expliquée cy-aprés. C'est vue maxime des philosophes , que les choses générales et vniuerselles vont tousiours douant les particulières , et que la connoissance de celles-cy dépend immediatemPnl de celles-lù : ne plus ne moins que les indiuidus dépendent des espèces , et celles-cy des genres. C'est pourquoy il est Ires à propos , pour esclaircir ce Traité , de commencer au gênerai des Genres , et voir auant que passer outre quelle est sa définition.
le ne veux point ici rechercher curieusement les noms de la fléure grec»
» Celle déflnition ne diffère pas de celle de l'ancien livre; cependant la disposition du texte n'est pas lout-à-fail la môme. Voici donc la suite du passage cllé dans la nota précédente.
« Fieure est une inteniperature chaude pt seiche, excitée et enflammée au cueur, et d'iceluy communiquée partout le corps par les conduits des artères En ceste définition le genre est (intemperature) dont nous entendons que fleure est maladie des parties similaires , et rion des prganiqqe», Les dilTerences sont (eliaude et seicfie) pour distinguer la fieure des autres intemperatijjes froides et humides, doii^ nous apprenons la manière de viure des fleures en gênerai deuoir tendre à réfrigération et humectation. L'autre différence (excitée au cueur) pour monstrerlesubiet et siège de telle maladie. Et de vray, si la fleure (comme noils auons touché par cy-deuant, et comme aussi cognoissent par expérience ceux qui sont attairits de tel mal) est vue maladie pon particulière el resserrée en vnP partie, comme l'ophthslmie, (lins gepprale et ynjuerselle à tout le corps , il est bien raisonnable que le siège d'iccUesoiten partie nohlp, principale, cf qui ailsympalliicel intelligence manifeste auec tout le corps.
» La dcfiniMon de fippre ainsi expliquée, nous viendrons mP'nlenAnt à la diuision. Galien an conimenpeincnl du prpinier liuie des différences des fieures fait pll^sipurs (lir uisions d'iccllcs, prises tant de leurs accidens que de leur essence. Or d'icclles nous ChoisironB et poursuluronB Bculoment celles
LE Vr^GTIléME LIVRE,
lemperie est mis pour le genre , à fin que nous conceuions que la fiéure estant vne intempérie, par conse quent que c'est vne maladie des parties similaires , et non point des organiques : outre aussi que par ce mot d'intempérie on distingue la fiéuredes maladies qui sont appellées communes, pour être propres des parties similaires et organiques; Pour la première différence, nous auons dit que c'est vne intempérie chaude et seiche , afin de distinguer la fiéure des autres intemperatures , soit simples , soit composées , qui ont leur nature diuerse de celle de la fiéure. le sçay que quelques-vns ont estimé que l'intemperalure qui fait la fiéure , est seulement chaude et non seiche, fondés sur quelques passages d'Hippocrates elde Galien mal entendus. Mais il n'y a point d'apparence de les croire , veu que ces deux grands personnages ont escrit le contraire , et qu'il est impossible qu'vne notable chaleur, telle que l'on voit aux fléures , soit sans seicheresse. L'autre différence est comprise en ces mots, excitée au cœur^ par lesquels on donne à entendre quel est le siège et le lieu de la fiéure. Il est très certain que l'idée ou espèce du mal consiste en la partie affectée, et en la
qui sont prises des cayses essenlieles, pourceque les autres n'estant d'aucun prouffil pour la pratique et vsage de médecine : de celles cy pouuons tirer quelques indications propres pour la guarison des fleures , comme nous monstrons par le discours d'vne chacune espèce en particulier. »
Ce dernier paragraphe a été laissé de côté dans le nouveau livre, où Paré s'est beaucoup plus étendu sur les différences des lièvres. \oyez ci-après le chap. G.
disposition qui est contre nature :
mais c'est la partie affectée principalement qui fait distinguer les maladies les vnes des autres Par exemple , par où pensons-nous que la phrenesie , la pleurésie et l'ophthalmie soient distinguées les vnes des autres? Ce n'est pas par l'inflammation , car toutes ces trois sont inflammations, mais par la partie malade : car la phrenesie est vne inflammation des membranes du cerueau , la pleurésie est aussi vne inflammation de la membrane qui enueloppe les costes : et l'ophthalmie pareillement est vne inflammation , mais de la membrane de l'œil qui s'appelle conionctiue. La fiéure donc est bien une intempérie chaude et seiche, mais qui n'est pas resserrée et attachée à une seule partie , ains qui est excitée premièrement au cœur , et de là communique à tout le reste du corps. Par où nous apprenons premièrement, que la fiéure n'est pas vne maladie particulière et propre d'vne seule partie , mais générale et vniuerselle à tout le corps : et en second lieu , qu'elle ne pourroit estre communiquée à tout le corps, si ellen'estoil allumée en vne partie noble et principale , comme est le cœur, qui a vne sympathie et communication manifeste auec tout le corps , tant par les artères qui naissent de luy, que par les veines qui luy sont enuoyées du foye.
Voila ce qu'on peut briefuement dire pour l'explication et intelligence de la définition de la fiéure , n'estant point besoin de s'amuser à une quantité de questions que l'on fait sur ce suiet, lesquelles sont bonnes pour l'escole , mais ne seruenl de rien en la pratique-
DES Fièvres.