CHAPITRE II
DES CAVSES GENERALES DE LA FlÉVBE.
Bien que l'on ait accousluraé de mettre quatre genres de causes lors qu'il est question d'examiner l'essence des choses : si est-ce qu'en l'exposition des maladies, on obmet tousiours la cause formelle et la finale , d'autant qu'elles seruent de peu à leur connoissance. On se contente donc de parler de l'efficiente , et de la matérielle.
Pour l'efficiente, c'est celle qui a presque tout pouuoir, et par laquelle l'intempérie chaude et seiche , qui est le genre de la fiéure , est engendrée. Or on peut dire généralement que^ tout ce qui augmente la chaleur de nostre corps , iusques à ce point qu'elle puisse eœpescher les opérations d'iceluy , est la cause efficiente de la fiéure. Galien au liure premier Des différences des fiéures chapitre troisième, rapporte ceste cause à cinq chefs principaux , au mouuement , à la pourriture, à la rétention et suppression des excremens, à l'attouchement et voisinage d'vne chaleur externe et estrangere, au meslange de quelquesubstance chaude parmy Ig nostre intérieure'.
1 Nous retrouvons ici le téxle de l'ancien livre , faisant suite au passage reproduit dans la note précédente.
« Doncques les causes des fleures en première diuision sont de deux sortes, sçauolr efficientes, ou matérielles. Les causes efficientes sont de cinq espèces.
» La première est le mouuement excessif ou violent, tant du corps que de l'esprit. Celuy du corps est ou actif volontaire, etc. »
En cet endroit l'auteur suit tellement son
Par le mouuement, on entend celuy qui est violent et excessif, tant de
ancien texte, qu'à peine trouve-t-on çà et là un mot de changé, sans que rien soit changé au sens , et que ce serait véritablement faire un double emploi que de le reproduire. 11 expose donc ainsi les cinq causes efficientes; seulement, dans les exemples qu'il donne de la cinquième, après les autres choses aromatiques, ameres , acres ou salées, il avait omis les vins forts et puissaiis. A partir de là aussi la rédaction devient assez dilTérente pour qu'il devienne utile de la mettre en regard; la voici donc :
.« Telles sont les cinq choses efficientes, desquelles toutes sortes de fleures sont excitées : faut maintenant parler des matérielles.
» Les causes matérielles des fleures sont celles esquelies consiste, est placée et fondée comme en son propre subiet, l'essence delà fleure, sçauoir, l'intempérie chaude, ou chaleur contre nature. Icelies causes matérielles sont de Irois sortes, comme ainsi soit que la substance de nostre corps soit triple, la spiritueuse ou aëree, l'humide et la solide : en l'vne desquelles la chaleur contre nature estant vne fois allumée, sont excitées ces trois espèces de fleures tant renommées entre les médecins, esquelies toutes les autres se peuuent reuoquer. La première est la Diaire ou Ephémère, de laquelle la chaleur est allumée és seuls esprits ou substances spiritueuses. La seconde est la pulride, de laquelle la chaleur est allumée és humeurs. La troisième est hectique, de laquelle la chaleur est allumée és parties solides de notre corps. De chacune d'icelles nous parlerons par ordre , de telle sorte que premièrement nous expliquerons leurs causes j puis leurs signes, enfin toucherons en bref la curation. »
Là finit le premier chapitre du livre primitif. Il serait curieux de comparer ces doctrines du seizième siècle à celles qui tendent à reprendre vie parmi nous; mais je laisse cela aux médecins qui, par hasard ou autrement, en viendront enfin à jeter un coup d'œil sur ce livre trop dédaigné.
LE VINGTIEME LIVRE
l'esprit que du corps. Ccluy du corps est ou actif, volontaire etprouenant de nous, comme Initier, courir, ioùer à la paume: ou passif, et qui nous est donné par vne càtise extéi'ne, comme pour atiolf esté en carrosse, ou auoir piqué vn cheual fascheux et violent.
Celuy de l*espr}t est soin, véhémente appréhension, fascherie, courroux, et autres semblables passions de Varae , lorsqu'elles nous tiennent fort souuent et fort long temps. Mais il ne faut pas icy s'abuser, et penserque le seul mouuement excite la fléure :
car nous voyons par expérience que 1© repos , qui est son contraire , apporte souuent lafiéure : car ceux qUi auoient de couslume de s'exercer, s'ils viennent à s'adonner à l'oisiueté, pâf accident tombent en fîôure , tant parce que les excremens qu'ils souloient dissiper par l'exercice, retenus dansle corps,se pourrissans aisément, l'eschauffent outre mesure : qu'aussi pource que leur chaleur naturelle se fait contre nature , pour n'estre plus esuentée par l'exercice modéré, ainsi qu'elle souloit auparauant.
I.a seconde cause èfliciente des fléures est la pourriture ou putréfaction, qui n'est autre chose qu vne corruption causée par vne chaleur estrange et externe en vn humeur enfermé et non esuenté , comme nous voyons souuent aduenir aux phlegmons et erysipeles , ausquels par conséquent les fiéures sont annexées et coniointes. Cette cause est propfe des fiéures putrides : c'est pourquoy nôUs remettons en ce lieu là à en parler plus particulièrement et amplement.
La troisième est la rétention et suppression des excremens , qui ont de coustume d'estre vuidés et poussés hors de nos corps, non seulement par vne euacualioamaniXesleetseDsible à
kl veuë, comme sont les mois des femmes et les hemorrhoïdes des hommes, mais aussi par vne euacualion qui ne se voit point, et que nous appelions insensible transpiration , qui se fait par les pores dn cnir : car tel excrément , principalement s'il est acre et fuligineux , comme des hommes bilieux, retenu et entassé dans le corp.s, ne pouuant expirer' pour la densité du cuir, ou pour la constipation des pores d'iceluy , excite promptement des fléuresou éphémères ou putrides.
La quatrième est l'attouchement ou voisinage d'vne chaleur externe , comme du feu, des medicamens caustiques, des rayons du soleil, d'vn corps febricUant aUec lequel nous auons couché , et principalement s'il est d'vn tempérament picrochole ou atrabilaire.
La cinquième cause des fiéures est la prise ou meslangc de quelque substance chaude parmy la noslre intérieure , soit qu'icelle substance chaude soit médicamenteuse, soit qu'elle soit alimenteuse. Ainsi voyonsnous souuent qu'vne médecine de scamonée ou de rheubarbe donne la fiéurei, à celuy principalement qui a le foye chaud» Le semblable fait l'vsage du miel et du sucre és corps des ieunes hommes, d'autant qu'en iceux les choses douces s'enflamment aisément et se tournent en bile : ce que plus euidemment font les espices, et autres choses aromatiques , ameres, acres , ou salées : comme aussi les vins qui sont forts et pUissans.
Voila les cinq causes efficientes des fiéures, qui ont esté tres-doctement expliquées et traitées par Galien , et du depuis confirmées par tous les médecins qui l'ont suiui. llesle à parler des causes matérielles, esquelles consiste la nature de la fiéure , et
sur losiixicUes oUe est placée* et Tondce, comnuuui son propre suiot. Ces causes k-y sont de trois sortes, comme estant rapportées à nostro corps , qui est basti et conslilué do Iroisdiuer- 6CS substances , de la spirilucuse ou aè'rée , de la liquide ou humoralle^ et de la solide. Car l'intempérie chaude et seiche qui fait la fiéure , venant à s'attacher àl'vrie de ces trois substances , fait vne fiéuie différente et conforme à la nature de la substance qui reçoit cette intempérie* et à laquelle elle sert comme de matière et de propre suiet. Par exemple, si l'intempérie s'attache à la substance spirituelle ou aëtée, il s'engendre une fiéure vrayement spirituelle^ c'est-à-dire, qui est propre des esprits de notre corps, et qui, pouf ne durer qu'un iour naturel, est appellée Ephémère ou Dimre. Si le feu s'enflamme en la substance humoralle lafléuré sera vrayement humoralle, ' comme ayant pour matière et suiet les humeurs du corps. Que si la chaleur s'allume en la substance solide du corps, il se fera vne fiéure hectique, ainsi nommée pource qu'elle est stable et difficile à guérir, comme les Choses qui ont pris leurs habitudes.
C'est pourquoy nous concluons , que com me il y a cinq causes efficientes des fléures cy-dessus spécifiées , aussi y ail trois causes matérielles, à sçauoir, lés esprits , les humeurs, et les parties solides de nostre corps.