DE LA CVRE DE LA SYNOQVE SIMPLE
La thérapeutique ayant trois parties, la diele. la Chirurgie et la Pharmacie^ il faut qu'en la guerison de toutes les maladies on ait recours à vn ou à plusieurs de ces chefs ; comme nous ferons d'ores-en-auant on la cure de toutes les ficures, les remèdes desquels seront pris de ces trois chefs ensemble.
DES Fll^VRES. 97
Et pour commencer ù la Synoqiie simple, ie dis que le genre do viure doit estre rafraîchissant et humectant, tenu et léger, à fin de ne surcharger les malades qui ont plus de sang qu'il n'en faut. C'est ponrquoy on doit se contenter de boiiillons faits au veau et à la volaille, assaisonnés d'herbes rafraîchissantes, comme laictue, pourpié, ozeille, buglosse, concombre en la saison. On peut aussi donner des œufs frais bien mollets.
des ius de pruneaux, de la gelée faite auec le ius de citron , et non auec le vin, sans beaucoup de canclle.
Pour le boire , on ne donnera point de vin, mais de laptisane seulement, ou de l'eau bouillie auec orge et chiendent. Galien au neufiéme de la Méthode , chap. 4 , conseille de donner de l'eau froide et crue tant que les malades en voudront et pourront boire. A laquelle opinion plusieurs médecins ne s'accordent pas, pour les accidens qu'on en a veu arriuer. Car on a reconneu que l'eau froide estoit grandement contraire à ceux qui ont peu de sang et de chair, qui ont les viscères bouffis ou enflés, ou pleins d'obstructions causées par des humeurs crasses , visqueuses ou pituiteuses, et qui ont l'estomach et les parties nerueuses grandement foibles et délicates. A ces personnes icy l'eau froide donnée sans mesure et sans règle apporte l'hydropisie , difficulté de respirer, tremblement des membres , conuulsions , léthargies, et autres violons accidens , surtout quand telles gens ne sont pas accoustumés ;"i boire de l'eau. Que s'il s'en Irouuo qui ayent' accouslumé ce breuuage , et qui aycnt les entrailles bonnes et vigoureuses , l'estomach bon et fort, et grande quantité de sang dans les veines, à ceux-cy on peut leur laisser
Llî VINCTIlÎMIî LIVRE.
boire (le l'eau fi-oido , pourueu que co ne soit point au commencement ny on raccroisscmeiit de la fiéurc , mais en la vigueur, et lors que les signes de coction apparoissent. Car pour lors l'eau froide fortifie tellement les parties solides, et recrée tellement la chaleur naturelle , qu'elle en cuit mieux les humeurs, retenant les bonnes et chassant les mauuaises et superflues , soil par le vomissement , soit par les selles, soit par les sueurs.
Pour les remèdes pris de la Chirurgie , la saignée tient le premier lieu , Bur tout en ceste fleure où il est question de plénitude. Or est-il que par la voye des contraires , la plénitude du sang ne se peut mieux guérir que par l'euacuation d'iceluy, à quoy la saignée a esté inuentée par l'art de médecine: outre que par accident elle proflte grandement à rafraîchir le sang et les esprits , et à rendre la liberté aux conduits qui sont estoupés ou bouchés. Voila pourquoy le but principal en ceste fléure estant destiné à oster premièrement la plénitude du corps et à diminuer le sang, et puis après à ouurir les passages , à atténuer les choses espaisses, à inciser les gluantes , à prouoquer la transpiration , à esteindré la ferueur de la fiéure, et à fortifier les parties du corps foibles et abbattues par l'oppression des humeurs : on a reconneu qu'il n'y auoit rien de plus excellent à tous ces effets que de tirer promptement du sang en ceste maladie , non vue fois seulement , mais deux ou trois fois, selon la véhémence du mal , la force du malade, et le degré de la plénitude que l'on observe en luy. Galien,au lieu cy-dessus allégué , ordonne la saignée iusques à défaillance de cœur, et presque iusques à l'esuanoiiissement , pour
quelque nombre do raisons qu'il propose Ircs-iudicieu.sement. Toutesfois cola est si périlleux et apporte telle espouuante au malade et aux assistans , outre beaucoup d'accidens qui en peuuent suruenlr, et desquels Galien mesme fait mention, que le plus scur est de conseruer tousiours les forces du malade, et tirer plustot du sang cinq et six fois par interualle que d'en oster vue seule fois si profusement. L'on a obserué en ceste fiéure que ceux qui n'ont pas tiré du sang hardiment ont précipité quelquesfois les malades à des flux de sang par le nez si desmesurés et excessifs, qu'ils en ont pensé perdre la vie. Car la nature se trouuant parfois grandement irritée, soit par l'abondanee, soit par l'acrimonie des humeurs, ou autrement, s'oublie tellement, qu'au lieu d'vne crise elle fait vue hypercrisie, et au lieu d'vne euacualiou iuste et modérée, fait vu desbordementdesreglé et pernicieux.
Quant aux remèdes Pharmaceutiques, il est de besoin, premier que de saigner , si le ventre estoit serré , de donner vu lauement emoUient, lequel on pourra continuer tous les iours, à fin de rabattre beaucoup de fumées, rafraîchir le dedans, et vuider beaucoup d'ordures qui s'amassent tous les tours de la nourriture que l'on prend.Plusieursprescriuentdesjuleps et apozemes rafraîchissants et apéritifs, préparés auec vue décoction de chiendent , de cichorée saunage , d'ozeille , endiue , laictue, pimpernelle , buglosse , bourache , capillaire , orge , semences froides, fleurs cordiales, et de nenupar , en y adioustant les syrops violât, de nénuphar, de limons, de cichorée simple , aceteux simple , de pommes simple, et autres de pareille qualité.
DES FIÉVUES.
On ordonne aussi des cpithemes, parliesiir lecœur, partie sur les hypoclionclres, à fin d'esleindre iaferueur du sang-, et enipescher que pareille intempérie nes'attaclie trop fixement au cœur, et autres viscères.
On se doit donner garde de purger au commencement de ceste fleure :
mais on doit attendre que les signes de coction apparoissent aux vrinesel aux excremens , et pour lors on peut donner des medicamens doux et bénins, comme est la casse, les tamarins, et le sené de Louant , auecles syrops de cichorée ou de pommes composés : ou bien on donnera le lenilif, ou le catholicon double de rheubarbe , fuyant tant qu'il sera possible les purgatifs où il y entre du diagrede et scammonée. le n'approuue point les vomitifs en ceste fleure, et n'en ay iamais veu aucun bon effet ' : ils ne seruent qu'à troubler la nature et^ tourmenter le malade , et ne vuident rien de la cause coniointe.
le ne mets point icy en ligne de compte beaucoup d'autres medicamens , comme les orges mondés , les iuleps pour dormir , les opiates , tablettes et poudres cordiales , les liniraens , frontaux , et pastes confortatiues , auec vn nombre infiny d'alexiteres et alexipharmaques , desquels on a de coustume d'amuser les malades : car la fleure n'estant pas périlleuse d'elle-mesme , elle n'a pas besoin de tant d'appareils, qui en outre ont quelqucsfoisplus de monstre que d'effet.
Il y a quelques recensé, qui après Nicolas de Florence constituent vne
» Voici un des cnrlroits où l'auleur parle en son nom et d'après son expérience; j'aurai toujours soin de les signaler.
» Il entend parler de f ernel. — Celle noie est des éditeurs de 1G28<
fleure synoque simple , engendrée do la bile et de l'agitation des plus chaudes humeurs du corps, sans toutesfois aucune pourriture. Ce que ie ne crois pas neantmoins trop aisément , veu que si ceste fléure se fait de la bile, il est nécessaire qu'elle ait pareils redoaiblemens qu'ont les autres qui en sont faites , et qu'elle ait des périodes de trois en trois iours. Il est plus vraysemblable que telle fleure se fait du sang le plus subtil , qui quelquesfois est appellé de quelques-vns bile , à cause de sa subtilité , et de son escume : mais à n'en mentir point ce n'est que pur sang , et qui partant ne peut faire de fléure autre que synoque simple sanguine.