‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 62 sur 515 · DES FIÈVRES PVTRIDES EN GENERAL, ET DE LEVRS DIFFERENCES · texte numérisé non relu

DES FIÈVRES PVTRIDES EN GENERAL, ET DE LEVRS DIFFERENCES

Avant que de parler des Synoques putrides, il nous faut esclaircir quelques difficultés, sans lesquelles on ne sauroit comprendre ce que c'est que fléure putride , ny comment elle se fait , ny mesme en quelle façon elle diffère des autres. Voila pourquoy nous dirons quelque chose d'elles en gênerai , de leurs causes , signes et curation , à fln puis après de l'appliquer au particulier de la synoque putride.

Il y a eu grand débat entre quelques autheurs anciens et modernes, touchant l'existence de ces fleures :

les vns asseurans qu'il n'y auoit aucunes fléures putrides, les autres tenans le contraire : et ceux cy ont tellement fortifié leur parly de fortes raisons et de bonnes expériences, que

pour mainleiianl on ne reiioqucplus eu doute ccsle verilé : si bien que l'on tient pour constant et asseuré qu'il y a des fiéurcs putrides, soit continues , soit intermittentes. Mais s'il y a eu du débat touchant cest article , il y en a bien vn plus grand touchant la nature de la pourriture, pour sçauoir si la définition .qu'en donne Aristote s'accorde à celle de Galien, et s'il y en a vne naturelle, vue autre contre nature: vne générale et vne particulière : vne du tout, et vne de partie : et Gnalemeut s'il y a différence entie pourriture et putréfaction, le renuoye l'esciaircissement de toutes ces dilficultés aux philosophes cl aux médecins, mereseruant à expliquer aux chirurgiens ce que c'est que fiéure putride , et les causes pourquoy les humeurs se pourrissent au COI ps.

Fiéure putride n'est autre chose qu'une m/empene chaude ci seiche , allumée dans le cœur par le moyen de quelque humeur qui se pourril dans le corps. Or l'humeur qui so pourrit, ou immédiatement elle est contenue dans le cœur , ou hors du cœur : si c'est au cœur, c'est l'humeur mesme qui excite la fleure : si elle est hors du cœur, ce n'est que sa vapeur et sa fumée. D'auanlage, si cesle humeur est contenue au cœur, ou dans les grands vaisseaux qui sont entre les aisnes et les aisselles , la fiéure est rendue continue à cause que sa vapeur est portée au cœur sansaucune inlermission, iusquos à ce que l'humeur cesse de se pourrir.

Mais si l'humeur est hors des grandes veines, relegude aux parties eslongnées du cœur, la fiéure ne se fait qu'intermittente , à cause que sa vapeur ne peut pas estre continuellement portée au cœur, pour lesrai-

ME LIVRE

sons que nous dirons cy-apres. Si bien que par ce discours nous apprenons qu'il y a deux sortes de fleures : l'vne qui est continue, qui n'a qu'vn accès depuis le commencement iusques à la fin, encore bien qu'il dure quelquesfois non seulement plusieurs iours , mais aussi plusieurs semaines et plusieurs mois , selon que la fiéure est courte ou longue , et qu'elle se rencontre en vn corps bien ou mal fait, chargé de peii ou de beaucoup d'humeurs, et vsant de bon ou demauuais régime de vie : et l'autre sorte de fiéure est intermittente.

Que si l'on veut vne particulière distinction desfiéures putrides, disons que ses espèces et ses différences sont prises , ou bien des lieux où les humeurs se pourrissent , ou bien de la variété des humeurs qui reçoiuent et endurent pourriture Pour le regard et la variété des lieux, i'ay dit qu'elles estoient distinguées en continues et intermittentes, et que les continues estoient celles desqueUcs la matière et l'humeur putride est contenue et enfermée és grands vaisseaux qui sont entre les aisnes et les aisselles. Car de

' Toute la fin de ce paragraphe et même du chapitre se retrouve au chapitre 3 du livre primitif de 1675. Celui-ci commençait par exposer les causes des lièvres putrides (voyez les deux premières notes du chapiire suivant), après quoi il continuait:

« Les causes de pourriture et des fieures putrides ainsi expliquées, faut maintenant passer à la diuision d'iccllcs. La diuision des fleures pulrides en certaines et differenles espèces, est prise de la dilTcrence et diucrsilé dos lieux où les humeurs se pourrissent, ou de la distinction et variété des humeurs qui reçoiuent et endurent pourriture. Pour le regard et variété des lieux , etc. »

Le texte se suit alors presque mot pour irn>l jusqu'à la fin du paragraphe.

I nFS F

) cos liriix \h , (aiii h cause de l'abonj (lance de riuimeiir pourri destini^ ù la nourriture de tout le corps, que pour le voisinage qu'ils ont auec le rœiir, qu'aussi à cause de l'amplitude et capacité des conduits et canaux, il arriue continuellement et sans intermission que quelque portion de la substance de l'humeur qui se pourrit, ou à tout le moins sa vapeur et exhalaison putride est portée au cœur, seul et vray siège de la fiéui e , et où elle l'entretient tant et si long temps, que par la force et action de la chaleur tout cest humeur pourri soit en vn coup résout et digéré , ou cuit , euacué et chassé hors du corps. C'est pourquoy les Qéures continues, dés leur commencement iusques à la fln, n'ont qu'vn accès sans aucune intermission franche et absolue : le dis franche et absolue , parce que ceux qui sont tourmentés de fléures continues peuuent bien auoir qnelque relasche de l'ardeur de leur fiéure, de sorte qu'ils ne la sentent si faschouse qu'auparauant, mais non pas qu'ils en soient tellement quittes comme ceux qni, ayans enduré vn accès de fiéure qnarte intermittente, peuuent cheminer et faire leurs affaires , comme s'ils estoient sains, iusques à ce qu'ils soient assaillis d'vn autre nouueau accès : par conséquent telle relasche se doit plustost appeler remission qu'inlermission. Les fiéures interraittentes au contraire, sont celles desquelles la matière hors des veines est contenue et reserrée en la première région du corps enuiron les entrailles, sçauoir le ventricule, le diaphragme, la cauité du foye , la ratle , le pancréas, l'omenlum et mésentère, parties qui sont quasi comme vn esgout commun de tout le corps, dans lequel toute l'ordure et senlinc des humeurs

ii'VnFs, loi

tliw et s'arresle. Telle malîere n'estant contenue és veines, n'est point humeur alimentaire ou suc propre de sa uature à la nourriture du corps, mais plustost vne humeur superflue et excremeuteuse, qni deuant que de passer delà vouste du foye en sa partie gibbcuse, est relirée et séquestrée par la prouidence de Nature en ses propres réceptacles , à fin de rendre plus pur le reste du bon sang et alimentaire : mais ceste humeur icy superflue , venant enfin par quelque accident, et par quelque vne des cinq causes efficientes des fiéures cy deuant déclarées , à se corrompre et pourrir, elle fait la fiéure intermittente , c'est à dire qui a remission franche et absolue, que les Grecs appellent upyrexic , et les Latins îu/ebr Ici la lion , quittant et reprenant le patient par interualleset secousses manifestes, tant pource que la matière et hume\ir qui fait telle fiéure est plus eslongnée du creur qu'elle puisse trafiquer auec iceluy par les conduits manifestes des vaisseaux hors desquels elle est arreslée : et aussi parce qu'elle est enfermée et cachée dans la cauité des parties cy dessus nommées , lesquelles estans de substance membraneuse, dense, et espaisse, ne donnent libre issue à quelque portion ou vapeur de ladite humeur pour estre portée continuellement au cœur, et par ce moyen entretenir tousiours la fiéure : laquelle ne peut estre sans que le cœur soit esohauffé et affecté , comme nous auons montré au commencement de la définition d'icelle.

Voilà la diuision des fiéures prise des lieux où les humeiu's se pom-rissent: l'autre diuision est prise de la diuersilé des humeurs qui reçoiuent pourriture. Or n'y aynnt point au-

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LE VINGTIJ^ME LIVRE

cune bTimcur qui ne se puisse pourrir , il faut qu'il y ait autant d'espoccs de fleures putrides qu'il y a d'humeurs. Par cy douant nous auons arresté qu'il y auoit quatre humeurs, le sajig, la bile, lupUtiiie, la melanc7io^e: par conséquent il y aura quatre différences de fiéures putrides , la sanguine que nous appelions synoque putride , la bilieuse , la pituiteiise et melanclwlique , lesquelles trois dernières sont ou continues, ou intermittentes, selon que les humeurs qui les font se pourrissent dans les veines ou hors des veines

1 Ce dernier paragraphe se retrouve bien en idée dans le dernier paragraphe du chatilre 3 de 1575 j mais le texte diffère assez pour mériter d'être reproduit.

« Maintenant pour le regard de la diuersilédes humeurs, desrpiels vn chacun en soy est capable de pourriture , les fleures putrides sont distinguées en bilieuses (ausquelles si elles sont continues, est rapportée l'espèce de fleure qu'on appelé synoche, c'est à dire continente, causée de la pourriture de toute la masse du sang également tempéré de la meslange des quatre humeurs : comme l'autre espèce de synoche, causée par vne simple ebuUition d'icelle masse sanguinaire , sans aucune pourriture , est rapportée aux fleures diaires , comme enseigne Galien au Hure neufleme et onzième de la Méthode, et au deuxième des fleures chapitre douzième) , pituiteuses et melancholiques : et icellesou continues, ou intermittentes, selon que la bile ou melancholie qui pourrist est contenue dans les veines ou hors , des veines. »

J'ai déjà dit que cette parenthèse est la seule mention qui soit faite dans le livre de 1575 des flèvres synoches simples, mentionnées avec un peu plus de détails au chapitre 2 du livre des Tumeurs de 1679, et qui ont enfln été traitées au chapitre 9 du livre actuel. Voyez ci-devant la note de la page 9i.

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