‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 69 sur 515 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

DES I-UÎVRHS FAITES DE I.A BILE, ET PliEMIEKKMENT DE LA TlEliCE INTER- MITTENTE, VRAVE ET LEGITIME.

Selon noslre diuision cy-dcssus rapportée , après les fiéures pourries qui se l'ont du sang, viennent cclh-squi s'eng-endrent de la bile ou de la cholere , desquelles nous auons dit que les vnes estoient intermittentes, el les autres continues. Entre les intermittentes sont la vraye tierce, et la tierce bastarde : entre les continues, la causonide et la tierce continue.

Partant selon cet ordre, il faut parler en ce chapitre de la tierce qu'ils appellent vei aiv et exquisilam. non pas à cause qu'elle prend de frois iours l'vn , car la bastarde fait le niesme . mais à cause qu'elle est faite de l'humeur bilieuse pure et simple, sans mixtion ou meslange d'aucun autre.

Donc la fiéure tierce vraye légitime est celle qui se fait de deux iours l'vn , à cause d'vn amas de bile qui se pourrit hors des grands vaisseaux i. En quoy nous remarquerons

1 Dans l'édition de 1575, Paré traitait de cette fièvre au chapitre 7, intitulé : Desjieure^ tierces d'accez, ou ititermilienles.Ladélinition était brève, et consistait simplement en cette phrase :

« Fleure tierce d'accez , et celle qui a son accez vn iour, et l'autre non. »

Après quoi il passait immédiatement à l'exposition des causes. Ce chapitre 7 de 1.575 avait été reproduit en entier au livre de.v Tumeurs en 1579, chapitre 15 , avec ce titre :

Dex p é.u res qui sumiennenl aux lumeu rs e njsipelatenses.

Le commencement avait dû être mis né

ÉVRES. 121

"premièrement, que ceste fiéure est iniermittenle : secondement, qu'elle vient de deux iburs l'vn ; tiercement , , qu'elle se fait d'vne bile pourrie: et linalement , que la cause matérielle de ceste humeur est hors des grands vaisseaux.

Or elle se fait intermittente pour trois raisons, parhi synalhrismc, ainsi que parlent les Grecs, par la pourriture, el par le mouuemenlde la matière. Le synalhrisme est vn amas d'humours contre nature qui se fait en la partie; laquelle est le foyer de la pourriture : et cesl amas ne vient qu'à cause que ladite partie se remplit , ou en recpuant des autres parties ce qui leur est nuisible par sa débilité, ou en attirant à elle par quelque douleur ou chaleur eslrangere qui luy su ruien t .Cest amas estan t ainsi fait, il vient à se pourrir: estant pourri , la nature vient à le mouuoir, pour eslre excitée et esguillonnée à le chasser, soit par sa quantité, soit par sa qualité : de sorte qu'vne

cessairement d'accord avec ce litre. On lisait donc :

«Comme aux tumeurs phlegmoneuses , aussi aux cysipelateuses surui^ennent fiéures quelquesfois , qui retiennent et se ressentent de l'humeur duquel elles sont excitées, sçauoir de la bile ou cholere. Laquelle pourcc (|u'ellea cela de propre d'auoirdes mouucmens de trois en trois iours : pour cela aussi aux grands erysipeles excite souvent fiéures tierces, qui ont leurs accès de deux iours l'vn. »

Je ne dirai rien de cette bizarre Idée de rattacher la fièvre tierce aux tumeurs érysipélateuses, sinon que Paré voulant absolument parlerdesfièvreset n'osant conserver un livre spécial sur ce sujet, s'était efforcé d'en rattacher les principaux chapitres à un autre livre comme 11 avait pu, etqu'il n'avait pas rencontré le meilleurn oycn à beaucoup près.

12^1 LK VINGTII

(le CCS condiliotis iriatiquàiit , iamais la lli'ure ne se lail inlermillenlc.

Quand donc la Uilo s'amasse en quelque partie , qu'elle s'y pourrit, el qtlc la nature vient à s'elTorcer à l'expiilserhors de là comme vue cliose nuisible , la fiéure intermittente s'etigeiidre, laquelle ne prend que de deux ioiirsl'vn, à cause que comme nous àuons dit cy-dessUs, il ti*y à pas g'ràridé quanlilé dà bile eil noslre corps qtie de sarig- et de pituite. Laquelle raison doit suffire, si ce n'est qu'on viteille recourir aux propriétés oécultes , et dire que le propre de la bile est de se ihouUoir de deUX iolii s l'vn, comme le propre de l'aymaut eél d'attirer le fer : et qtle de cé niôdueraérit l'on n'en peut tiâs réiidre raison non plUs que du fliix et reflux de la mer, du moilUeiiiefit de i'es- '§\jiUe marine vers le Nord, et de la vertu des médicaments purgatifs, ^ui pui-g-crit par élection certaines humeurs plustdst que les autres : ôU biëri dé la propriété de quelques venins qui blessent certaines parties , et non pas d'autres , comme le liéure marin le poulmon , et les cantharides la vessie^ selon que discourt l'auleur de la ïheriaque. Soit donc que nous referions la cause du mouuerrient dé la bile , qui se fait de deux îours rvn , à vne propriété occulte et inconneuë, soit que nous la rapportions à la quantité de l'bunieur, il est certain que lorsque nous voyons vrie liéure intermittente qui prend de deux loursrvn,quenous pouuons asseurer qu'elle se fait de la bile. Mais comme ainsi soit qu'il y a deux sortes de bile y l'vne naturelle et l'autre contre nature . il faut examiner la- (juelle des deux fait la vfaye Oéurc tiéfce îiitëfiriittfeiite.

Nous appelions la bile naturelle ,

ri; tivRË ,

non le sang bilieux, mais ccsle quatrième humeur de la masse du sang , qui pour sa tenuilé, chàléiir et seicheressc , et pour la ressemblance qu'elle a auec la bile excremehleuse, s'appelle vulgairement bile oii Immeiir bilinise, laquelle s'engendre dans le foye de la partie du thyle la plus chaude et la plus subtile, estant de sa nature amere , et iaune en couleur : c'est pourquoy on l'appelle bile iaune. La meilleure portion et la plus vlile de ceste humeur se mcsle auec le sang dans les grandes et petites veines: l'autreportion est portée dans la vessie du fiel ^ et de là e-nuoyée dans l'intestin duodénum par les conduits cholédoques, pour aider à chasser les gros excremens des intestins. Pour ce qui est de la bile non naturelle , il y en a de quatre sortes, lesquelles ie passe sous silence, pour n'eslre pas celles qui font la fleure tierce légitime, mais seulement celle que nous auons appellée non naturelle. Ceste bile îcy venant à s'amasser en quanlilé à l'entour du foye, du mésentère , pancréas, et autres parties voisines qui sont dans la première région du corps, par trait de temps elle vient à s'eschauffer et à se pourrir, et enfin à exciter la fiéure tierce intermittente. Que si ladile bile n'estoit pas seulement contenue dans les petites veines de la première région, mais aussi dans les grandes veines do la seconde région du corp?,- alors la fiéure qu'elle excitef oit ne seroit pas intermittente, mais continue, pour les raisons que nous auotis rapportées ey-dessus au chap. 17. Il est vray qlie Galien n'a prfs esté de nostré aduîs touchant le siège de ceste fiéure intermittente , rte voulant pas qiiè l'humeur fust amassée dans les petites Yéincs aé U tiiréfniere fegJon^ niais

DÈS

dans los petits valssftaiix tic la tfOlsitime région , ou babiinde dn cor|is : pour quelques raisons qu'il en apporte, lesquelles toutesfols se iroulu'nt légères , mises en comparaison aucc celles qui coniballentpoiir moiî opinion, que l'on peut voire déduites dans les œuures des bons médecins de nostre temps » : n'estant pas à propos que ie les transcriue icy^ d'autant qUè nous n'auonS que des clilrurgietts à enseigner, pour lesquels ce que i'ay rapporté peut sufllre.

Pour les causes efficientes de ceâté fléure, nous disons en gênerai qUe ce sont toutes celles qui peuuent engendrer, augmenter, oU eschauffer l'humeur bilieuse : comme sont là Jeunesse , l'esté chaud et bouillant , la constitution de l'air chaude et seiche, les Teilles, les grands exercices, le long vsage des choses calefactuteS et dësiccaliues , soit de medicamens , soit d'alimens : excessiue abstinence de manger, auèC trauail, soin, et fascheries: lesquelles causes proprement sont dites piimiliups Les antécédentes sont grande abondance de bile ou cholere , la température de loiit le corps ou du foye seulement tendant à chand et sec. Les coniointes sont le synathrisme, concùlcation ou amas, et putréfaction d'humeurs cholériques dans les petits vaisseaux de la première région du corps, et aussi selon Galien hors des grands vaisseaux en toute l'habitude du corps 2,

1 \'oycz fond et tloulier. — A. P.

2 Cette exposition des causes se rclroùyô presque exactement dans le ctiapitre 1 de 1675. Voici cC texte primitif.

« Lès causes primit'ucs sont grands exercices, principalement en temps cliaud, long Ysagc des choses calcfactiues et desiccatiues, soient des medicamens, soient d'alimens : cxcessiue abstinence de raau-

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