‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 68 sur 515 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

POVRQVOY l,ES ACCÈS DES FIEVRES IN- TERMITTENTES RETOVRNENT A CER- TAINS lOVRS , SÇAVOIR DES QVOTI- DIANES TOVS I-ES lOVRS, DES TIERCES DE TROIS EN TROIS, DES QVARTES DE QVATRE EN QVATRE lOVRS

l'enfreprens en ce chapitre l'explication d'vne question non moins profitable que plaisante : ce que ie fais d'aulanl plus volontiers que ie con-

en 1596 ; seulement, à l'endroit de cette note, le texte primitif portait: « ...el par

leurs exacerbalions el remisaiom ; lotîtes lesquelles choses ont esté cy deuanl expliquées assez au long. »

1 (.e chapitre porte le même titre que le chapitre 15 et dernier du livret/es Fieuies de 1575; et k part la courte phrase qui le termine et quelques mots au commencement, il en est presque littéralement copié. Il sulTira donc de rétablir le début du texte primitif.

« Ayant ciposé assez amplement , non ,

nois la cause d'icelle n'estre moins obscure et controuersée en l'esprit des Médecins, que son effet est manifeste et sensible és corps des panures febricitans qui en endurent les accès.

Car à commencer par Galien le premier de tous, luy-mesme a confessé plainement elaperlement, qu'il ignoroit la cause de la certitude des accès des Gèures intermittentes. Ses paroles sont couchées à ce propos au chap. 8 du liure 3 dcsiours Critiques. v Quelle » est la cause (dit-il) quedes maladies » aiguës les accès se font de trois en )) trois iours, el des longues de quatre » en quatre, ou tous les iours, il n'est » pas aisé à trouuer , et n'est pas » maintenant nécessaire de le dire. »

Quelques-vns qui sont venus depuis Galien ont dit que cela procedoit d'vne certaine qualité inconneuë et propriété occulte qui est en chaque humeur, et qui la fait mouuoir en tel et en tel iour, ny plustost, ny plus tard. Mais de recourir à vne propriété occulte, c'est plustot fuyr le trauail d'vne curieuse industrie , que de rechercher la vérité du fait. Car qui est-ce qui ne pourra par ce moyen soudre toutes sortes de questions les plus difficiles ? mais pour cela nous ne serons pas eclaircis, ny resouts de ce

peut estre, comme la dignité de la chose le requeroit, mais tant que besoin estoitpour l'instruction d'vn Chirurgien, les différences et espèces des fleures , les causes dont elles dépendent et viennent, les signes par lesquels on les cognoist quand elles sont venues, et les moyens de les curer et guarir, i'ay bien voulu adiousteretrescrucr pour le dernier mets l'explication de ccste question , non moins profiluble que de plaisant discours : et que i'ay entrepris de tant plus volontiers que ie cognoissois la cause d'icelle n'estre moins obscure et controuersée en l'esprit des Médecins, clc.„ »

LE VINGTIlîME LIVRE,

que nous avions à tenir de (elles propositions. C'est ponrquoy pour parue ■ nirà la résolution de celle quiso présente, prenons vn autre chemin. Nous dirons premièrement que c'est qu'accès, et quelles causes font l'accès, paur de là tirer des principes propres pour l'intelligence et conclusion de ce que nous prétendons.

Accès donc n'est autre chose sinon \n effort dénature irritée pour se défaire et despestrer de l'humeur qui luy est fascheuxet moleste. Car l'humeur chaud etpourri, reclus en quelquelieu que ce soit hors des veines, tant qu'il est à recoy et de repos n'agite et ne trouble le corps aucunement : mais lors que quasi comme forcené, il vient às'esmouuoir delàpar impétuosité de nature irritée, il l'esbranie diuerseraent. Car pour accommoder cecy aux fiéures intermittentes, posons le cas, comme il peut aduenir, que le mésentère soit le foyer de la fiéure : l'humeur bilieux là enuoyé ou accumulé peu à peu, se pourrit au bout de quelque temps, lantà cause de l'obstruction que de l'impression de la pourriture laissée en ce lieu par le premier et précèdent accès : dont eschauffé et comme fomenté par la chaleur pu- Iredineuse, se gonfle et enfle, de sorte que ne pouuant plus tenir en son lieu eHas accoustumé, il s'espand par les parties membraneuses et sensibles du mésentère, donnant vn effroy et horreur à tout le corps, pour le consentement et sympathie qu'ont toutes les membranes les vnes auec les autres. De cest humeur ainsi enflammé en cesle senline et foyer du mésentère , s'esleue vue fumée chaude et caligineuse, qui portée au cœur vient de là à se répandre par tout le corps, premièrement auec vn sentiment de froideur, puis de chaleur, faisant en

vn mot ce que nous appelions accét.

Donc deuanl qu'vn accès se fasse, trois choses sont requises : le foyer ou le lieu où s'amasse et se pourrit l'humeur : la faculté excrétrice irrilée par cest humeur: puis l'humeur proportionné en quantité et qualité pour irriter la faculté excrétrice du mésentère , ou de quelque autre partie hors des veines , qui sera le siège et foyer de la fleure intermittente. 11 faut donc, premier que l'hUmeur puisse irriter Nature à en faire excrétion par la violence d'vn accès , qu'iceluyhumeiir excède ed quantité, autrement il ne la chargera point de son faix : et qu'il pesche aussi en qualité putredineuse, autrement il ne l'esguillonnera point , et ne fera rien en icelle d'aUantage qu'vne seule pléthore et répétition : qui sont les deux points en somme desquels dépendent les principes de la certitude de la répétition des accès, et qui liés etconcurrens ensemble envn mesme humeur, sont cause que la pituite en la fiéure quolidiane répète son accès tous les iours, que la bile ou cholere ameine la tierce de trois en trois, et que l'humeur melancholique fait la quarte Intermittente de quatre en quatre iours-

Car pour commencerparle premier de tous les humeurs que nous auons, il n'y en a point qui soit en plus grande quantité après le sang que la pituite, il n'y en A point aussi qui prenne pourriture après ledit sang plus aisément, d'autant qu'estant espaisse et Visqueuse, elle reçoit aisément obstruction par faute de libre transpiration : et en outre elle conuient par vnede ses qualités auec la pourriture, c'est à sçauoir par l'humidité , qui est la mere de pulrefaclio.n. Parquoy faisant son accès de la longueuf dè dix-

htlit liélii-es, elW pëul èn l'espace de 8ix beilres qui restent du iour; s'acfcumulel-et s'amasser eil iuslequaritillj dans Ici partie qui srira le sioge et foyer de lafléilrequa'.idiiihe.ctpotu-ra

pareillement receuoir prornplement pourriture eii icelle.à iiii que pour les raisons cy-dessus alléguées, elle irrite par sa quaiilité etQualité ladite partie à faire excrétion do ceste humeur, con1ineinutileeterlnuyeuse;etqu'elle donne par ce itioyen vri nouueau accès pour la iournéc Suiuarite. Ce qui se Continuera tousiours par vncreigle et ordre asseuré, tant que par l'effort et yiolencedeplusieurs accès s'eritresuiuans de iour en autre^ toute la pituite (lui estoit propre à coriceUoir pourriture dedans le cbrps, soit euacuéë et vuidée hors d'iceluy par les vrines, sueurs, vdmissemens, et autres euàcualions quiaccompagnent et terminent les accès: en oUtre que l'intemperature de la partie où estoit le foyer de l'inflammation ^ par le bénéfice de uaturcj oli dés medicamens refrigéralifs, soit tellement corrigée et esteinte, que la cause efficiente et inaterielle des accès cessan le, la fiéure ensemble cesse de tout en tout.

Pour pareille et sèmblàble raison on conclud ët infère potir la certitude dfe l'actés de la fiéure tierce de trois en trois iouts. Car aptés le sang et la pituite, il y a plus d'huriietir choleri- <jue et bilieux en nous que d'autre humeur quecesoit, t siût pou t- remplir la capacité du cystis fellis qui est la fiole du fiel, que pour procurer les excrétions iournalieres qui se font par en bas, lors que le fiel vient à regorger de sa fiole ou vessie dansl'ecphysis etieiunum intestinum.il n'y eiia poirtt aussi après le sang et pituite, qui plus aisément reçoiuc l'impression de la pourriture que l'humeur bilieux, tant

polir sa ténuité, esldut ce principe et maxintBn'(ieu eti Médecine : Que louto substance ténut; estpliis facilement et prompteîrient àllei-ée qii'vne dense et espnisse : qu'aussi pour ce qu'il est enclin et disposé à pourrituie par vue de ses qualités^ qui est la chaleur. C'est poùrquoy fnisaut feon accès de là longueur de douze heures; il liiy est requis plus de temps qli'àlîipiluito pour s'amassei- en iuste quantité dans le foyér de la fiéure, et pdur acqilei ir la qualité de pourriture compétente pour donner les eslancemëhs et assauts d'vn nouueau accès : cô lëmps donc ïialut-ellemènt et par <-aisou est d'vnioUr et demy, c'est à dire trehlesixheures, tëmps qui est plus long que celUy delà fiéure qUolidiane^ d'autant qUe l'humeur bilieux cède et en (Quantité, et en prdfnptiludé de receuoir podrriture à la pituite; et surpasse la melan(iholie. Carlamelanchotie n'estant pres(iue d'aucun vsage eniiostre corps , est eri quantité beaucciiip moindre que toutes h^s autres humeurs, ët âid'auaritage ellë résiste de lotîtes ses deux qualités, froidetir et siccité, à la pourrittire : estant au réste difficile à s'enflainmer et altérer, poilr la densité 'ët terrestreté de sa sdbstance. Voila pourqudy Nature faisant dissipati(}n de la matière accumulée èif son foyer, par l'impétuosité de son accès ^ qlii est de la longîieur de douze ou dix-huit heures atl plus, a besoin de l'èspâce d'vn iour ënticr et fn quart, deiiant qu'elle puisse ramasser en iuste (|uarilité ladite bumeurj et qû'icelle puisèè receuoir l'inflaimmation et pourriture , fcomme il est requis pour l'appareil d'vn second aëcés : lequël derechef s'estant expédié et libéré de l'humeur nuisible et amassée, retournera d'yn pas réglé à certain iour , tant que les causes ,

LE VI^GTIÉME LIVRE

sçailoir la quanlilé et la qualité de riuimour qui effectuent cesie conslance do retour, demeureront en leur entier et perfection. Mais si par vne manière de viurc déréglée vous le corrompez, comme si vous remplissez vn quartenairc de viandes melanclioliques , telles que sont les chairs des oiseaux de riuiere, de cerf vieil , et de bœuf, et en outre de salines , espiceries et moustardes , l'accès anticipera et viendra deuant le iour nommé, d'autant que vous aurez augmenté la quantité et aiguisé la qualité de l'humeur, à ce qu'il s'esmeust plustost qu'il ne deuoit faire naturellement : qui est bien signe que la certitude de ces accès ne dépend que de la variété de la quantité et qualité des humeurs , puis qu'icelles estant changées, l'effet pareillement se change , anticipant ou retardant.

Pour plus ample preuue de cecy, considérons, ie vous prie, le cours de fiéure synoque putride : icelle dure continuant depuis le commencement iusques à la lin et issue totale, ne faisant qu'vn accès sans interruption.

D'où vient cela? de ce qu'elle est excitée (J'vn sang pourri, duquel la quantité estant plus grande en nous que celle de toutes les autres humeurs , et en outre iceluy sang estant plus prompt à receuoir pourriture, à raison qu'il est chaud et humide en ses qualités naturelles, que toutes les autres humeurs : de là vient que le sang fournit continuité de matière deuëment qualifiée de pourriture , pour faire pareillement continuité de fiéure. C'est pourquoy, telle qu'est la cause de la continuité de la fiéure synoque pourrie, telle est aussi la cause

de la certitude de la répétition des accès des fléures intermittentes. Voire mais, dira quelqu'vn, l'on voit quelquesfois des fiéures quintaines et septaines. Mais ne voit-on pas aus.si dos monstres et hommes à deux testes?

et pour cela la proposition ne sera pas fausse, qui dit que l'homme n'a naturellement qu'vne leste. Ce sont choses rares, et esquelles, d'autant qu'elles se voyent rarement , il est aisé au médecin moins rusé de s'y abuser, estimant que ce ne soit qu'vne fiéure, ce qui est compliqué de trois tierces , quatre éphémères, ou autre confusion ou complication de plusieurs fiéures.

Voila mon aduis touchant la certitude dps accès des fiéures intermittentes : desquelles le lecteur doiié de tant soit peu de iiigement , pourra colliger les causes de toutes les questions qui se peuuenl former sur l'accès des fièuros, comme d'où vient que lesvnsanticipent,lfts autres retardent, les vns sont plus longs, les autres plus courts: les vns viennent auec frissons, les autres auec horreur, autres auec rigueur , les autres viennent confusément et sans ordre. Car tous les effets ne dépendent d'autres causes que de la diuersiié de la quantité et qualité en ténuité , crassitie , viscosité , habilité et difficulté à receuoir pourriture de ces trois humeurs'. Et cecy suffise pour le gênerai des fiéures intermittentes, le particulier estant reserué és chapitres suiuans.

■ Ici finissaient à la fois le ctiapitre 15 et le livre des Fièvres de 1575; la phrase qui suit sert seulement de transition a^x chapitres suivants.

DES FI

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