‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource] (volume 2)Chapitre 71 sur 515 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

ÇE, LA CVRI3 m LA FlÉVRE TIERCE LEGITIME,

le ne veux point içy m'embroïiiUer ^l'yn nombre infiny de remèdes, tant externes qu'internes, qui ont esté mis en auant par les Médecins qui ont suiui la méthode des Arabes, estant chose si confuse et si difficile à pratiquer, qu'il y a plus de péril en ceste grande variété de remèdes qu'en la, grandeur du mal. C'est pourquoy ie Iraileray de la guerison de cesle fiéure et des autres le plus simijlement qu'il me sera possible, afin de ne troul)ler point le iugement du ieune Chirurgien, et de ne fatiguer point les malades d'vn nombre presque infiny de remèdes, q^ue l'pn leur ordonne communément au grand détriment

Il faut en premier lieu ordonner le régime deviurc sur les six choses non naturelles qui seront cslablies pour rafraîchir et liumecter le iilustju'il sera possUîle, à cause que l'humeur bilieuse qui fait ceste fiéure, est la plus chaude et seiche do tout ce qui est en nostre corps. C'est pourquoy il faudra faire que le malade respire un air froid et humide ; ce qui se fera en esté arrosant la chambre d'eau fraîche, et la parsemant d'herbes et de Oeurs rafraîchissantes 2, Jl faut luy donner pour nourriture toutes choses réfrigérantes et humectantes, en tant qu'il les pourra cuire, comiue laictue, ozeille, courge, concombre, poirée, maulue , orges mondés , bouillons clairs, et non pressés, assaisonnés de verjus ou de jus de citron. Il vserade : vin bien trempé, petit, téuu et en petite ; quantité, et ce lors seulement que l'humeur aura commencé d'estre ^ cuite : car au commencement il n'eu faut aucunement vser, mais en la déclinaison il sera permis d'en vser ; plus libéralement, pourueu toutes- I fois qu'il ne soit ny fort ny vieil \ En ; quoy on peut reprendre l'erreur de i ceux qui croyeut que le vin vieil est

t Nous, rentrons ici daps le texte de 1575; et à partir de cet endroit jusqu'à la fln du cliapitre, l'autcursuil presque pasàpaslafm du ctiapitrc 7 de cette édition. Ce n'est pas cependant qu'il n'y ait de notables changements; ils seront signalés dans les notes suivantes.

2 Celte phrase : ce qui se fera en esté , etc., constitue un précepte nouveau qui ne se lisait ni dans le livre de 1675, ni dans le chapitre 15 du livre de* Tumeurs des éditions suivantes-

3 Jus(|u'ici le texte est à pou prés le même que celui de 1575 oL 1579; mais la lin du paragraphe est une addition qui apparlicul |oul entière au livre poslhunjQ.

plus ?ain , et qui pour ce suiet le reçummanilonl aux maUides febricilansy Mais ils (leuroicnl se ineltio deuant les yeux c^ue le vin vieil est tout vineux , qu'il a fort peu de parlies aqueuses et séreuses, qu'il est pesant, de parties crasses et difCici^es. à distribuer, et qui par conséquent peut faire plus de sang, peut eacliauCfer d'auantageles entrailles parla longue demeure qu'il y fait, et a de coustume de reserrer le ventre et le rendre paresseux. Mais pour le dire sainement, il serait très à propos de défendre toutes sortes de vins tandis que ceste ûéure continue, de p.eur d'en- Irçtenir spn fqyer : et cependant faire vser au tnal£\de de quelque boisson rafraichiissanle et aperiliue, préparée aqecqvelqiie racine, ou syrops violât, de limons, de pomme? simples, de çapillaires, de cerises, et autres de semblables effets.

Quant au temps propre pour nourrir le malade, il se faut donner garde, le iour deraccés, de luy bailler àmanger plus tard que trois ou quatre heures auparauant ledit accès ' : de peur que la chaleur de la fleure (le propre de laquelle est de corrompre toutes choses, comme le propre, de la. çt<al,çur naturelle est de cuire et conseruer) rencontrant les viandes encore crues en l'estomach , ne les corrompe, putréfie, et tourne en suc bilieux : augmentant par çemoijen la matière de la fleure, prolcyigeant l'accès, et en outre reuoquaiUlanature, qui est ocçii,pée à la concoction et expulsion de l'humeur morbiflciue, pour s'employer à la concoction des viandes prises. Pour lesquelles raisons on s'abs-

1 En 1575 et dans toutes les éditions de son vivant, taré disait -. plus lanl que irois heures auiMruuaul ledit accei.

tiendra aussi de donner aucune nourriture audit febricitant durant tout son accès, et attendra-on à le nourrir qu'il soit tout à fait hors de fleure'. Toutcsfois, ceste règle se doit entendre lors que la vertu du malade est forte et vigoureuse: autrement si la nature estoit débile, et qu'il prist des Ibiblesses au malade, il faut non seulement lenouvrir deuant l'accès, mais aussi en l'accès : mais il faudroit que ce fust légèrement, et que ce qu'on luy donneroit fust en petite quantité K Pour le breuuage, il faut luy défendre tandis que dure le fiisson : en la chaleur on ne luy doit point défendre : au contraire, il faut inuiler ceux qui hoiuentpeu à prendre quelque grand traict de ce qui luy aura esté ordonrié pour son breuuage.

Pour ce qui est des remèdes pris tant de la Pharmacie que delà Chirurgie, il est bon à la sortie de chaque accès de donner quelque lauement en partie rafraîchissant, en partie laxatif, à fin d'esteindre les restes de la chaleur allumée dans les reins et dans le ventre , et aussi à fin d'euacuer rhumeur qui aura esté eshranlèe par la violence de Vaccôs : ayant QbseFué plusieurs fois qu il sort par le moyeft de tels lauemeiis, des bassinées entières de bile iaune et escumante dès les secoExds et troisièmes accès, ce qui adoucit grandement la furie de ceste fleure, et accourcil ses accès. On fait vn lauement aueç décoction de maul ues, guymauues, violiers de Mars, appariloire, laictues, pourpiè, concombres mis par tranches et ruelles, fueilles de vignes en la saison, fleurs

1 Tous ces préceptes se retrouvent daps les éditions du vivant de l'auteur ; sçulemcij.t ce qu'il va ajouter pour le brcuuwje , ne se lit que dans le livre poslbume.

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de nenuphar,vn peu de fenouil verd :

on dclayededans vne liure trois onces de uiiel violât, et autant d'huile violai ou de beurre Irais, vne once de sucre rouge el de lenilif : et donne-on ce clyslere à la sortie de l'accès, comme dit est. Que si les malades se trouuoient trop lasches et fatigués après leur Qéure , ou peut rcraetlre ledit lauement au iour de l'intermission, ou le matin sila saignéenel'empesche, ou surl'apres-dinée. Souuent on fait les clysleres auec vne décoction de prunes, iuiubes, violes, orge, son, et choses semblables, quelquesfois auec le petit laict seulement ».

1 II est curieux de suivre dans les trois rédactions de Paré la marctie de ses idées relalivemei.t au trailemenl. Pour ne parler d'abord que des médicaments à adminisUer, voici comme il s'exprimait en 1675:

« Quant aux médicament.';, faut preuoir si la veilu du malade est suflitanle, el si les humeurs sont furieux el mobiles , alors faut ordonner du diprunis simple , casse ^i.^lulaire mondée, décodions de vioUes, mirabolans cilrins, S}rops violai, rosal, de grenades, oxyzaccara. Semblablemenl soil lail clislere de décoction de prunes, iuiubes, vioUes , son , orge. Si le malade par siccilé de leste deuienlen phrenesie, soit procurée slernulalion auec huille viollal, ou rosal, et laict de femme. Les pieds et cuisses soient mis en eau liede, el douce. La plante des pieds soil oincle auec huille viollal ou semblable. En la déclinaison esl bon faire bain d'eau douce auec fueilles de vigne , de sauls, de laiclues , el semblables refrigerans. Et mesme après les purgalions générales provoquer les sueurs par l'vsage de vin blanc el lenu , bien trempé : el les vrines pardccoclion d'acheet d'aneth. »

Le reste esl relatif à la saignée ; nous y reviendrons dans la noie suivante. En 1579, dans le chapitre cité du livre des Tumeurs , Paré commençait également par les laxatifs; mais il ajoutait aussitôt :

M Autrement si les forces du malade sont

lÈ LIVRE,

II y a vnegrandeconlroucr.seenlrc les auteurs, sçauiur s'il faut saigner ou purger dés le commencement :

pourmoyi'ay vcuen mon ieune aage,

pelilcs , ne faut purger ni saigner que bien pctitemenl : de peur que la dissipation des esprits ( à laquelle les bilieux sont subiels ) n'induise syncope. »

Puis venait l'indication des clysleres ; puis celle phrase, calquée sur la première édition , el dont le sens esl cependant toul différent :

« Si le ma'ade par resiccalion du ccrueau lomboil en délire, qu'on luy rafrcschisse la leste avec huile violai, rotal, et autres semblables. »

Ainsi dans le texte primitif il s'agit de slernulalion, dai s le second de fomentations rafraichissanles. Toutefois il esl probable que le mol de slernulalion provient d'une faute d'impression, car une noie marginale porte: Fomeiilaiion. Les aulres prescriptions sonl les mêmes ; mais à l'occasion des sueurs, la rédaclion de 1579 oITre un long passage qui ne se retrouve ni dans le texte primitif ni dans le livre posthume. Voici tout ce q.ii a trait à cet objet.

« Mesme l'humeur ja cuit cl militic, les purgalions générales ayant précédé, sera bon prouoquer les sueurs |)ar l'vsage de vin blanc , bien lenu el Irampé. Vraycmenl les sueurs en loule tieure putride sonl bonnes, quand elles vienuenl en temps el lieu : pource qu'elles euacuenl les matières conioinctes de la maladie. Mais surtout en la fleure tierce : d'autant que Ici humeur se resoult aisément en sueurs pour sa tcnuilé. Pour aider à la sueur, sera bon auecques le vin blanc mentionné , prendre décoction de figues, raisins de damas mondés, chiendent, cl autres racines apcriliues. Par dehors on prend esponges imbues en la décoction d'herbes chaudes , comme romarin , Ihym , lauandc , m.iijolaine et aulres, cspreinles et appliquées ihaudemcnl aux ainues, aisselles, enlr'espaule du malade, tenu couucrl en son lit. Aulres remplissent à demy des vessies de porc de ccstc décoction , les appliquent aux costez el entre les ïambes, comme aux

DES Ft

et i'ay remarqué en mon premier traité des tiéurcs', que dés le com-

pieds des bouteilles de terre remplies de mesnie. On doit cesser de faire suer lorsque la sueur commence à se refroidir sur le malade. >•

Dans le texte actuel , il s'occupe d'abord des lavements, et précise mieux l'époque de leur administration. Tout-à-l'hcurc, quand il aura parlé de la saignée, il établira aussi une plus grande réserve, appuyée sur sa propre expérience , toucliant l'emploi des purgatifs. Les bains, le vin blanc et les diurétiques demeurent recommandés; mais plus de fomentations à la tète, plus de bains ni d'onctions aux pieds, et enfin plus de ces moyens sudorifiques que l'on trou vait signalés dans toutes les éditions à partir de 1679.

' Je reproduirai ici comme terme de comparaison le texte exact du premier traité.

<t La saignée doit cstre faite non après le tiers accez, comme commande Galien, mais dés le commencement de la fleure. Car comme ainsi soit que ceste fleure au plus lard se termine en sept accez, certes si vous attendez que le tiers accez soit passé, la fîeure sera en son estât. Or Hippocrates défend de rien mouuoir en Testât par l'apborisrae 29 de la 2, section, de crainte que Nature, qui lors seulement trauaille à la concoclion de la maladie, ne soit retirée et desbauchee de son entreprise. Or cela se doit entendre s'il y a pléthore au corps et plénitude des vaisseaux, pour euentiler et refraichir la masse des humeurs : car autrement ne sera bon de faire vacuation de sang, de tant qu'iceluy est le frain de la cholere : c'est-à-dire ce qui l'adoucit, et qui meslée auec icclle par sa douceur et vaporeuse bénignité et humidité empesche qu'elle ne se monstre si furieuseet violente.»

Ainsi se termine le chapitre 7. Au livre (ies Tumeurs de 1679, on lit à peu prés la même chose, sauf la dernière phrase, qui est supprimée. La première phrase avait été aussi singulièrement changée : « La saignée doit esire faicle, non après le tiers accès, mais dés le commcncerneiu , comme le commande Galien, «

ÉVBHS. l'jg

mencement de la fléure , après auoir considéré si les forces du malade le permettoient, qu'on le purgeoif, principalement quand les humeurs esloicnt furieux et mobiles, et ce auec diaprunis simple , casse fislulaire mondée, décoctions de violes , mirabolanscitrins,syrops violai, rosat, de grenades, oxysaccara : et on ne saignoit , selon le précepte de Galien , qu'après le troisième accès. Et encore n'estoit-ce que ceux où il y auoit pléthore au corps et plénitude des vaisseaux, pour euetililler et rafraîchir la masse des humeurs : autrement il n'estoit loisible de faire vacuation de sang, d'autant qu'on croyoit que c'est luy qui est le frein de la cholere, c'est à dire, ce qui l'adoucit, et qui meslé auec icelle , par sa douceur et vaporeuse bénignité , empesche qu'elle ne se monstre si furieuse et violente. Mais maintenant ie voy que les plus célèbres Médecins, soit qu'ils ayenl eslè faits sages par l'erreur des autres, soit par leur propre expérience, el par les beaux effets qu'ils ont veu reiissir de la saignée, saignent dès le commencement, non vne seule fois, mais après les trois premiers accès aux trois iours de l'intermission, et ne purgent leurs malades qu'après le quatrième accès: et de fait, que c'estoitmal ordonné quededilfererla première saignée après le troisième accès. Car comme ainsi soit que cesle fiéure au plus tard se termine en sept accès : certes si on attend que le troisième accès soit passé, la fièure sera en son estât. Or Hippocrates défend derien mouuoir en Testât par l'Aphor.

29. de la 2. sect., de crainte que la nature, qui lors seulement Irauaille à la concoclion de la maladie, ne soit retirée et dcsbauchée de son entreprise.

Donc selon la violence du mal et le

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tempérament du malfidc, on pourra saigner deux ou trois foie dos les premiers accès aux iours d'inlermission, et après le quatrième on purgera doucement et benignement auec casse, tamarins, rheubarbe, scné de Leuant, rairabolans citrins, et syrops Yiolal , de pommes composé , et de cichorée aussi composé, réitérant le mesme médicament après le cinq ou sixième accès, à fln d'espuiser le ventre d'vne quantité d'humeurs qui y regorgent, l'ay obserué que ceux qui purgeoient auant le quatrième accès, ou qui vsoient de remèdes vn peu forts et violons , d'vne fléure tierce simple faisoient vue double tierce : c'est pourquoyil se faut faire sage, et estre vn peu plus retenu àla purgation que D'estoient pas nos anciens.

Sur le déclin de la fiéure, il estbon défaire vn bain d'eau douce auec lueilles de vigne, d.e sauls, de laitues, et semblables refrigerans. Et mesme après les purgations générales , prouoquer les sueurs par l'vsage du vin blanc et ténu bien trempé : et les vrinespar décoction d'ache etd'anet.

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