LE
cœur assipgé, elle fait la vraye Causonidc 1, c*est à (lire fiéure ardente, qui diffère en cecy seulement de la liéure tierce continue commune, qu'elle n'a point de trois en trois iours d'exacerbalion manifesie, ains marche lousiours d'vne perpétuelle constance et égale ardeur. Au reste elle est aussi quelquesfois excitée de phlegme salé, et Aiit vue espèce de causus moins propre, qu'on appelle caususbastard, ou non légitime, qui n'est pas si véhément que le premier.
Geste fiéure suruient aux ieunes en esté, et à ceux qui sont de tempérament chaud et sec, et qui font meslier de trauailler excessiuement.
Les signes du causus pathognomoniques, c'est à dire propres et perpétuels, sont fiéure véhémente (à cause qu'il est excité de l'humeur bilieuse , qui d'ordinaire s'enflammetteplus aisément et furieusement) et lassitude vlcereuse, comme si on estoit piqué d'aiguillons partout le corps : ce qui vient à cause de l'acrimonie de l'humeur bilieuse et ténue, qui pique les parties sensibles de nostre corps. Les signes accompagnans ceste maladie que 1 on appelle assidens et non perpétuels , sont lu langue seiche, et pour ce fort aspre, noire à raison de l'aduslion , douleur de ventre mordicante et tormineuse , prouenante d'vne fiuxion de bile ténue, sanieuse et ichoreuse , deiection souuent pasle et liquide pour l'abondance delà matière crue , acre et ténue , là poussée par la véhémence de la maladie. Lors que le siège du causus est le foye ou le ventricule, alors la soif est grande et excessiue, à cause de l'ardeur et siccité de tout le corps, si principalement la bile qui fait le causus est
' fidilion de i Vtà i fait le i/ray caumi
VIJVGïliME LIVRE,
amassée; en lieu et partie d'où so peut proprement excil(îr la solf,commeen la bouche et orifice supérieur du ventricule , au venlricuie mesmei, ou aux pouimons, quelquesfois au pilore ou orifice inférieur de l'eslo mach,et dans l'intestin appellé ieiunum. Les veilles sont grandes, par le défaut d'humidité bénigne et vaporeuse qui cause le sommL'il : délires à cause du mouuement de la bile vers le chef, si principalement le siège d'icelle est au poulmon : et lors sans doute la langue est aspre et noire, ils ne respirent qu'à peine, et halenent vn esprit chaud et bruslant, haletans tousiours à bouche ouuerte.
La bouche est incessamment amere, pour la conlinuité de la tunique intérieure du ventricule qui est commune à la langue.
Celte maladie est fort aiguë, et qui tue en peu de temps , d'où vient qu'à bon droit elle est appellée à Montpellier Troussc-galand : parlant dés le commencement il faut que le Chirurgien, pour son honneur, et pour s'exempter de calomnie, expose aux assistans le danger où est le malade : car si les accidens susnommés se monstrent grands dés le commencement de ceste maladie, s'il suruient vne petite sueur au front ou aux clauicules, si le malade amasse les floccons de sa couuerlure vers luy, s'il iouë fort des doigls, si les extrémités luy deuiennent froides, si la maladie a ses exacerbalions et redoubleniens à iours pairs, si les vrines sont ténues, noires, crues et en petite quantité, si le vom Ire est retenu, ou bien si és deiections il y a indice de colliqualion, si la soif n'est si grande qu'elle doit estre, eu esgard à l'ardeur de la fiéure, si goutte à goutte il luy fine vn peu de sang par li} nez , ou peul
DES FI
asseurément prédire la mort , sans autrement entreprendre à guérir tel malade.
Toutcsfois s'il y a espérance de santé, il faut que la curalion consiste en deux choses, sçauoir est en la dlete , et és niedicamens.
Pour la diète faut considérer trois choses, c'est à sçauoir, la quantité des alimens et la vertu du malade, le temps de la maladie, et la qualité de la fleure. Il faut connoistre la vertu du malade pour la garder et conseruer , car c'est elle qui chasse la maladie : partant il ne conuient donner si grande quantité d'aliraens qu'elle ne les puisse cuire, ny pareillement en donner si peu qu'elle defaille , et qu'elle ne soit assez forte. Et quant au temps de la maladie , si elle est en sa vigueur ou prés d'icelle, il faut donner peu d'alimens ou rien du tout, pource que c'est diuertir Nature de son intention : car elle ne peut cuire les alimens, et ensemble contrarier à la maladie. Outre plus faut considérer la qualité de la maladie: car la fleure, veu que c'est vne maladiechaudeetseiche, requiert alimens froids et humides, non enclins à putréfaction , comme laictue, pourpié, ozeille , orge mondé, et autres semblables. Le boire doit estre d'eau, d'orge mondé, auec syrop violât ou de limons, eau bouillie, d'hippocras d'eau, ou eau pannée, donnant à boire au malade tout son saoul et à son plaisir : et quand à la chair et viandes solides, ie ne suis pas d'aduis qu'on en donne, ou bien que ce soit en tres-petite quantité, et que la chair soit cuite auec herbes réfrigérantes ey- dessus mentionnées , et prise auec ius d'oranges, limons, citrons, grenade8,ou verjus degraln. Que si pour le sousletilr on qU contraint de luj^
iVRES. 1 35
donner de la gelée, qu'elle soit faite sans expression et distillation, et outre sans canelle et vin, euitant les salines et espiceries, et autres choses contraires. Tl faut faire en sorte que le malade respire l'air le plus frajs qu'il sera possible, si ce n'est en hyuer, brassant et versant de l'eau de puits d'vn verre en autre : car de là il sera rafraîchi, et en outre endormi par le doux murmure de l'eau : que lepauédela chambre soit semé de roses, de fueilles de vignes, de laictue, de nénuphar, pourpié, et autres trempées en eau rose, vinaigre, ou eau de puits tres-froide : arrangeant d'auantage par la chambre des branches do saules verds qu'il faudra changer souuent : qu'il aye tousiours en sa main des fueilles de laictues ou do vigne , ou des pièces de courge ou concombre , raesrae à la plante des pieds : qu'on luy plonge les pieds et les mains dans de l'eau froide en laquelle il y aitvn peu de vin pour faire pénétrer l'eau : qu'on le remue de lit et de draps, d'heure en heure, pourueu toutesfois que la crise ne soit proche : car lors on luy nuiroit grandement en le rafraichissant et remuant.
La saignée doit estre faite souuent et en bonne quantité , non seulement des bras, mais aussi des pieds quand le malade est en délire , ou qu'il est proche d'y tomber : comoie aussi és femmes quin'ontpas leurs reglemens ordinaires, ou qui ne les ont pas snfflsamment : et aux hommes pareillement qui ont hemorrhoïdes arrestées, pourueu quela vertu, raage,et autres circonstances desquelles nous auons parlé en la phlebotomie le permettent
1 Lï'dilion de 1675 dit sculcmcnl :
tt La BUignéë doit estre f.aiU en boitîiD
LE VlNGTfl^nrE LIVRE ,
Les epithemessiir la région du foyc seront lails ancc huile rosat, de coings , de nciiuphar , et autres refrigerans, et ce en la vigueur ou déclinaison de la maladie. On n'obmeltra pas les fronteaux, fails d'oxyrhodinum , huile de nénuphar , aubins d'œufs et oxycrat.et leurs semblables :
et que le malade tienne souuent en la bouche eau froide, ou eau d'orge, ou des fueilles d'ozeille trempées en eau froide, ou bien des cerises seiches aigrettes aussi trempées en eau. Il conuient aussi euacuer la matière auec clystercs emolliens et rafraichissans, tels que sont ceux que l'on prépare auec le sérum laclis^, auec décoction de violes , maulues et autres semblables. En tels clysteres dissoudras plustost du sucre que du miel, et de l'huile violât plustost que du commun , pour tousiours euiter la chaleur.
Pour les purgatifs, on donnera casse nouuellement mondée , tamarins , diaprunis simple , décoction de roses et violes, syrops de capilli veneris, de violes , de nénuphar, de cichorée, d'endiues , et leurs semblables (ayant esgard aux obstructions du foye) : les autres purgations faites derheubarbe infusée en décoction de tamarins, endiue, laiclue, scariole, et autres quirafraichissent sans adstriclion sont fort vtiles : combien qu'il faille prescrire le moins de medicamens purgatifs qu'on pourra , à cause qu'ils sont tous chauds et acres,
quanlilé, si la vertu, l'aage, el autres cfrconstances que dirons cy après en la phiehotoniie le permettent. »
Ce renvoi à la pldeboiomie s'explique facilement, parce que le livre des Fiéurcs était placé alors avant tous les autres. La phléboloinic est traitée, comme on sait, au livre (/tï Ui)cralin:i,s,
et par conséquent contraires à la fléure ardente.Parquoy en lieu d'iceux,il seroit fort bon de purger le malade auec laict d'ancsse cuit, ou pour le mieux auec le serumde laict : car l'vn et l'auti e a propriété de purger les sérosités bilieuses, et est fort humide, sans aucune acrimonie , et sans flatuosité par le bénéfice de la cuisson