CHAPITRE XXX
DliS FIEVRES QVINTAINE, SEXTAINE OCTAINE, ETC.
le me Irouue bien empescLé touchant la connoissance de ces fleures icy intermittentes, pour ne sçauoir presque à quel genre de fiéure ie les dois rapporter : estans au reste si rares et si peu vsitées que peu de Médecins les rencontrent. Le premier toutesfois qui les a obseruées, et qui nous en a laissé quelque chose par escrit , c'est Hippocrates au liure des Epidémies : et en suite quelques Médecins sont venus, dont les vns ont dit qu'ils auoient veu des fiéures quintaines, les autres dessextaines,lesautresdes septaines, octaines, nonaines, et ainsi de quelques autres pareilles , dont toutesfois ils ont parlé si légèrement, qu'ils ne nous ont rien laissé d'asseuré par escrit, soit de leurs causes, soit de leur curation. Quelques vns d'eux se sont persuadés que ce n'estoit point vn genre de fléure distinct et séparé des autres, mais que c'estoienl fiéures erratiques, lanlost éphémères, tantostquotidianes, tantost tierces, selon la condition de l'humeur qui les faisoit , et qui estant amassé en petite quantité n'apportoit que peu d'accès.
D'autres ont voulu dire que c'esloient fléures compliquées , tantost d'vne éphémère auec vne quarte, tantost d'vne lierceauecvnequotidiane, dont l'on n'obseruoit pas bien les accès ni les périodes. Bref, il y en a qui ont creu que tout ainsi qu'aux choses natu relies il y a des monstres et des
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prodiges, aussi parmy les maladies et les fléures il y en a de monstrueuses et prodigieuses , desquelles on ne sçauroit rendreraison, si ce n'est qu'on recourust aux causes vniuerselles, et aux constellations du Ciel, qui selon ses diuerses influences, produit diuersilés d'effets, lesquels les hommes admirent sans en connoislre la raison.
Pour moy i'ay trouué bon de rapport'er ces fléures icy aux melancholiques, à cause des es'.ranges effets que produit ceste humeur, laquelle comme vn Prêtée se change en mille etmille façons, et produit des accidens sidiuerset si prodigieux, que quelques vus n'ont point fait de difficulté de dire qu'il y auoit quelque chose de diuin en icelles : mesme qu'Arlstote en ses problèmes^ et au liure de la diiiination par les songes, asseure que tous les grands personnages qui ont paru et esclaté , soit en la guerre, soit en la poésie, soit aux sciences, soit aux diuinations, ont esté touchés de ceste humeur melancholique. Et véritablement nous voyons vne si grande différence et variété entre ceux que nous appelions hypochondriaques , bien qu'ils soient affligés d'vne mesme maladie de melancholie, qu'il faut croire et confesser qu'il y a quelque chose d'extraordinaire en ceste humeur. le me suis mille fois estonné comment vn melancholique s'estime roy, empereur, riche, heureux, sçauant, qui ne l'est pas, etvn autrequi l'est s'estime ignorant , pauure, malheureux , et de basse condition. Tel croit auoir les forces de soustenir le Ciel auec le doigt, et vn autre se persuadera qu'il n'aura pas laforce de se mouuoir. Toutes ces merueilles font que i'ay creupouuoir rapporter toutes ces fiéures périodiques extraordinaires au mouuemenl de l'humeur
t)ES FIliVRF.S.
ftielancholique OU atrabilaire, qui ne s'amassanlpas tousiouisen suffisante quaiililé, et n'acquérant pas pareillement vne suffisante qualité putredidinale pour exciter la fiéure de quatre en quatre iours, quelquesfois elle le fait de cinq en cinq, tantost de six en six, tantost de sept en sept, pins ou moins, selon que le corps se trouue disposé à engendrer peu ou point de ceste humeur, et selon que l'humeur se trouue disposée etpreste à receuoir pourriture. Que s'il y a quelqu'vn qui n'approuue mes raisons, il luy sera loisible de remettre ces Oéures icy au rang des erratiques et inconstantes, desquelles Galien a très doctement et tres-iudicieusement parlé à la fin du second liure des différences drs fiéures, les paroles duquel ie veux rapporter pour esclaircissement de ceste matière.
« Les liéures , dit-il , qui n'ont point » d'ordre, acquièrent ce desreglement » par l'erreur qu'on commet au regi- » me de viure. Aussi le SMig quand il » se pourrit, se change grandement » et passe en vne autre nature : car, » comme nous auons expliqué cy-de- » uant, vne portion du sangse change » en bile iaune, vne autre en la bile » noire. Or est-il que selon que les hu- » meurs se changent dans le corps » des malades , à mesme temps aussi » les accès et les périodes des fleures » se changent, comme pareillement à » cause des fautes que l'on commet au » boire et au manger, lesquelles fautes » changentlesaccés. Parlant à tous les « changemens et fautes notables que » le malade fait , il est nécessaire ou M que les accès antifcipent, ou qu'il s'en « fasse de nouueaux tous différons des «autres, d'où vient la variété des 5) périodes. Voicy encore vne autre » raison de ce changement, c'est qu'à
» mosme temps qti'il y a vne humeu r » en quelque partie du coips qui » commence à se pourrir, à mesme » temps il y a vue autre humeur dif- » ferente qui regorge ou en qiu^lque » autre partie du corps , ou bien » mesme en tout le corps : d'où le » plus souuent à cause de la compli- » cation ou confusion des accès et re- » doublemens inconneus au Médecin, » il semble que les périodes sont sans » oi'dre et règlement : ce qui n'est pas « toutesfois, l'ordre ne se changeant » iamais que lors que les humeurs » qui font la fiéure changent de naw ture et sont conuertis en d'autres » humeurs, ou bien lors qu'il an-iue » que l'on commet des fautes au re- » gime de viure. «
Voila à peu prés ce qu'a dit Galien pour le changement des accès, que nous pouuons approprier à ces fiéures cy-dessus nommées. Bieu qu'à vray dire, il n'est besoin de se mettre tant en peine pour leur intelligence , veu qu'elles arriuent si rarement, et qu'elles donnent en outre le loisir de consulter les médecins sur leur guerison.
Or pour l'ordre qu'il faut y apporter lors qu'elles arriuent, ie désire que l'on considère seulement si elles se font ou de suc melanchnlique naturel, ou de l'humeur atrabilaire : si c'est du premier , il faudra les traiter comme les fiéures quartes intermittentes légitimes : si c'est du dernier, elles seront traitées comme la quarte intermittente qui se fait de l'atrebile : c'est pourquoy il leur faudra des remèdes rafraichissans et humectans. Au reste, llippocrates dit qu'entre les fiéures qui auoient cours en Thasos, durant la troisième constitution de l'air qu'il raconte au pvemier des Epidémies , il- n'y en au oit
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point de pire que les quinlaines : car soit qu'elles arriuassenl auanl laphlisie, soit qu'elles vinssent après , elles apportoienl la mort. Ceux qui voudront sçauoir quelle opinion a eue Galien de ces fleures, qu'ils aillent voir son commentaire Iroisiémesur le premier des Epidémies , ai liclc deux , neuf, et dix-sept.