CHAPITRE XXVlir
DES FIEVRES FAITES DE l'uVMEVR ME- LANCHOLIQVE , ET PREMIEREMENT DE LA QVARTE INTERMITTENTE VRAYE
Les dernières fiéures humorales sont celles qui se font de l'humeur
< Ce chapilre répond au cliapilre S de l'édillon de 1576, Lalilulé : ûesjimm quar^
DES FIEVRES
melancholique, lesquelles sont dhiorses selon que ladile liuineur est diuerse , estant vray qu'il y en a vno qui est naturelle , froide et seiche, et l'autre contre naltiro, chaude et seiche, appellée communément airebile. Quoy que ce soit, les fleures niolancboliquessont, ou intermittentes, ou continues : les intennillenles viennent de quatre en quatre iours, ou de cinq en cinq , de six en six, de sept en sept , ou autre tel intcrualle. Celles qui viennent de quatre en quatre iourssont appellées quartes intcrmitteiiles : celles qui viennent de cinq en cinq,desixen six, etc., sont appellées du nom du iour qu'elles arriuent , sç3LU0irquintaincs, sexiaines, oclaincs, nonaines, qu'on dit en latin quinianas, sextanas ^ septanas, oclanaa , nonajifw, etc., desquelles nous dirons vn mot cy après. Parlons des vrayes fleures melancholiques intermittentes que l'on appelle quartes; et en premier lieu de celle qui est vraye et légitime , et puis au chapitre suiuant nous parlerons de la bastarde ou illégitime.
La lîéure quarte intermittente légitime a son accès le quatrième iour, et
les; et au chapiUe 32 du livre des Tumeurs de 157U , ayant pour litre : De la fiéure qui suruientaux liiincurs schirreuses. Le début de ce dernier chapitre a pour objet de justifier ce singulier rapport :
« Telle fiéure ordinairement est quarte, ou retirant à la nature de quarte : à raison de riiomeur melancholic d'où elle est excitée, qui enfermé en certain lieu ou il fait tumeur, par communication de vapeurs putrides, eschauffe le cœur et altère les humeurs contenus en iceluy , dont se fait fiéure. »
Il faut ajouter que le premier paragraphe du chapitre actuel appartient exclusivement au livre posthume.
a deux iours de remission , ou plustost d'inlermission » : et s'engendre de l'humeur melancholique naturel qui se pourrit dans les petites veines, où il s'amasse peu à peu et de longue main. Chacun sçait que la masse du sang est composée de quatre diuers humeurs, qui se rapportent aux conditions et qualités des quatreElemens, sçauoir de la bile, qui pour eslre chaude et seiche représente le feu :
du sang, qui se rapporte à l'air pour estre chaud et humide : de la pituite , qui conuient à l'eau par sa froideur et humidité: et de l'humeur melancholique, qui par sa seicheresse et froideur représente la tei're. Or comme de ces quatre humeurs il n'y a que le sang qui soit grandement familier à nostre nature , et trespropre à la nourrir et fomenter, aussi il semble que les veines ayent esté faites exprés pour le receuoir et le retenir : et qu'il y a eu des réceptacles pour retirer les autres humeurs, de peur qu'ils ne se rendissentlesplus puissans dans les veines. Et de fait que quelques- vns ont voulu dire que l'estomach estoit le réceptacle de la pituite : mais passant celle-cy sous silence , à cause qu'elle ne s'eslongne pas beaucoup de la douceur et de la trempe du sang , nous dirons que la vessie du tiel a esté faite pour receuoir la bile et en descharger les veines, comme nous auons discouru cy-deuant parlant des tiéures bilieuses : et que la ratte a esté mise au corps pour retirer l'humeur melancholique, pour en purger, nettoyer et purifier le sang , et pour empescher en ûn qu'il
' Le texte de 1575 et celui de J579 donnent cette définition , mais ils s'arrêtent là; et le resic du paragraphe actuel appartient exclusivement au livre posthume.
LE VINGTIEME LIVRE
no vînt trop à s'augmenter dans les veines. Cest bûmeur donc ainsi attii é j\ la ralle , par la loiblesse de la chaleur nalurelle , ou par la quantité des viandes propres à engendrer vn tel suc , vient quelquesfois à s'amasser et croupir à l'enLour de ladite partie, dans les petites veines mesaraïgues, dans le pancréas, l'omentuni, et autres parties voisines : où en fin se pourrissant il vient à exciter ceste tiéure icy de quatre en quatre iours, soit par vue propriété occulte ou secrctte, soit pour les causes et raisons que nous en auons rapportées cy-deuant , parlant des accès et périodes des Qéures intermittentes.
Doucques la cause coniointe de ceste fleure est l'humeur melancholique naturel , qui se pourrit hors des grands vaisseaux , dans les pet.ts qui sont ou en la première egion du corps, comme dit est, ou en l'habitude d'iceluy comme a voulu Galien.
Les causes antécédentes sont abondance d'humeurs melancholiques , regorgeantes et redondantes par tout le corps. Pour les primiliues, ce sont les choses qui niulliplient et engendrent le suc melancholique, comme le long vsage des légumes, pain bis et bruslé , chairs salées , comme de bœuf, chéure , cerfs, ^ieils liéures , vieil fromage, choux, gros vins, bref les viandes terrestres et de gros suc, froides et seiches, comme pro près à engendrer l'humeur melan cholique'.
Les signes de la vraye quarte sont pris de trois choses , sçauoir est , des naturelles, non naturelles, et contre nature. Des naturelles , pource que la température froide et seiche, l'aage
1 Celle exposition des causes csl à peu de chose près la même dans le livre piimilif.
de la vieillesse, ceux aussi qui sont froids et grassets, ayans les veines petites et cachées , et la ratte imbecille et enllée, sont affligés de telle fiéure. Des choses non naturelles, pource qu'en temps d'automne ceste espèce de fiéure est fort fréquente, non seulement pource que l'automne est froid et sec, et par conséquent propre à faire amas de l'humeur melancholique : mais aussi à cause que par l'adustion de l'esté passé , les humeurs les plus ténues et liquides ayans esté consommées, le reste demeure espaissi, desseiché , et réduit à vne consistance terrestre. Bref, en tout temps froid et sec, aux régions froides et seiches , aux corps froids et secs ordinairement, ceste fiéure s'engendre, si principalement à cela est coniointe vne façon et condition de viure triste, pénible et fascheuse, pleine de crainte et anxiété K Et véritablement entre les passions de l'ame, la tristesse et la crainte sont très-propres à engendrer ceste fiéure, veu mesme qu'flippocrates nous a laissé par escrit en l'aphorisme 23. du 6. liure, que la tristesse et la crainte estoient signes asseurés des maladies melancholiques. Quant aux signes pris des choses contre nature, premièrement, c'est qu'au commencement de l'accès, quand la matière se putréfie, il suruient horreur ou rigueur tres-laborieuse, tout ainsi que si l'on auoit les os froissés : secondement, c'est que la maladie se fait reconnoislre par son inuasion , qui reuient le quatrième iour, et que le mal est chaud et sec"-':
' Tout ce paragraphe csl copié presque lilléralcmenl sur l'édilion priniilivc. Toulcfois la phrase qui suil: ei veriiablemenl, etc., csl une inlercalalion du livre posthume.
2 L'édilion de 1028, et toutes les autres
car combien que la matière dont il est fait et excité soit de sa nature froide et seiche , si est-ce que par accident elle est chaude et seiche, à raison de la pourriture et putrefiiclion qui s'est introduite dedans. D'auanlage, on ressent le pouls au commencement petit, tardif, profond, comme retiré au dedans, ainsi que celuy des vieilles gens ' : en après il s'explique et se dilate à mesure que la chaleur de l'accès s'augmente. L'vrine est blanche et aqueuse au commencement, inclinante à liuidilé et noirceur. En la déclinaison, estant la matière cuite, l'vrine dénient noire, non point par la suruenue de quelque mauuais accident , non point par l'excès de la chaleur naturelle , ou par son extinction , car par ce moyen eUe seroit funeste et mortelle : mais par l'euacualion de la matière coniointe, sçauoir est le suc melancholique , qui de sa nature tend sur le noir. L'accès des fiéures quartes peut durer vingt-quatre heures , et alors donne quarante-huit heures d'intermission.
Le plu9 sonnent telle fiéure prouient de l'obstruction, douleur et dureté de la ratte, et rétention des menstrues et hemorrhoïdes 2.
après elle, portent : froid et sec, ce qui est en contradiction avec la suite de la phrase. J'ai suivi le texte du livre primitif, qui est également celui du livre des Tumeurs de
1 La phrase s'arrête ici dans les éditions primitives; \eTes\,e,eiiaprésil s'explique, etc., est une addition du livre posthume.
2 Ce paragraphe précède immédiatement le suivant dans le texte primitif de 1675, et même encore dans le livre des Tumeurs de 1579. Mais en 1685 Paré en avait intercalé un autre, qui est resté dans toutes les édi-
DES rjjivRïïS. i49
Les fiéures quartes en esté sont briefuesel courtes, selon l'aphorisme d'Ilippocralcs 25. de la seconde section : mais en automne elles sont bien longues, principalement si elles prennent sur la fin d'iceluy, vers le commencement de l'hyuer. Celle qui prouient par les mauuaises dispositions et par les maladies du foye, de la ratte , ou par autre maladie prece-
pas fait usage pour son livre posthume des Fiéures. Le voici :
« Esdilcs fiéures suruiennent au commencement des accès, rigueurs, horripilalion, baaillement, grande froideur et tremblement, iusques à claqueler les dents, qui sont les precurfcurs ou trompettes qui annoncent la venue de la fiéure. Telles choses se font à cause de la qualité et matière fiOureusc qui altère et corrompt les humeurs contenus dedans les veines et arlores : de façon que Nature les a en horreur, et les veines et artères les iettent hors d'vne grande secousse , et les respandent parmy la chair, nerfs et membranes iusques au panniculccharneux. Geste qualité fébrile est si cuisante et se meut si rudement, que les parties par ot'i elle passe en ont telle douleur qu'il semble qu'on les pique et deschirc. Parquoy il ne faut trouver csirange si ceste matière fiéureuse, soit froide ou chaude, cause frisson : car l'eau boiiillantc ictlée a l'improueu sur vn corps nud, le fait trembler aussi bien que la froide: toutesfois la fiéure, de quelque espèce que ce soit, est tousiours fondée en chaleur. Ainsi les parties sensibles irritées d'humeur fébrile secoiient toute la personne , lors que la vertu expulsiue tasche à ictter ce qui luy nuisl. De là vient le tremblement , qui demonsire l'accès, lequel dure iusques à ce que la matière fébrile soit consommée et dissipée sensiblement et insensiblement. Sensiblement, comme parsueurs,vomissemcns, fiux do Neutre, flux de sang, flux d'vrine et autres. Insensiblement , par resolution, qui se fait par insensible transpiration, parle Uncfice des
lions suivantes, et dont cependant il n'a | forces et chaleur n;itui elle de noire cori s. n
LE VINGTIEME LIVHE
dmilo est pire , et souuenl se termine en liydropisie'. Si elle prouient sans aucune mauuaisc liabiUulc du foye, ou d'autres maladies , pourueu que le malade se gouuenie bien , elle n'ameine point d'autresdang-ers: au contraire clic empesched' autres maladies plus mauuaises, et garantit de melancholie, epiiepsie, spasme, manie : d'autant que la matière melancholique dont telles maladies pourroient estre excitées, est de quatre en quatre iours euacuée par l'effort de l'accès.
La fiéure quarte , pourueu qu'il n'y ait faute du malade , ny du médecin , ne dure qu'vn an. Car ainsi que les maladies aiguës sont iugées faisans leur crise par le mouuement de la lune :
ainsi les maladies longues, comme fleures quartes et autres, sont iugées faisans crises selon le cours du soleil, lequel est fait par l'espace d'vn an entier: touteslois, selon Auicenne, quelquesfois elle dure douze ans ^ : on en voit assez qui d'ordinaire durent dix-huit mois, deux ans, et trois ans : celles qui dînent quatre ans et d'auantage sont plus rares , et sont ainsi prolongées pour la plusparl , partie pour le mauuais régime de viure que l'on garde , partie pour se seruir de quelques remèdes mal à propos et hors de saison, lesquels on prend par l'aduis du premier venu , et non des médecins, n'y ayant maladie pour laquelle le peuple sçache plus de remèdes, et pour laquelle on en fasse
1 Tout ceci est repris du livre primitif de 1675 ; déjà Paré avait reproduit ce paragraphe avec les autres au livre des Tumeurs de 1579j mais, je ne sais pourquoi, il avait alors supprimé la phrase quisuil si elle prouieni sans auciDie rtmumdse Imbiinde du fntje , etc.
2 Là s'arrête ce paragraphe dans le texte de 1575 et de 157!) ; le reste appartient donc au livre posthume.
aussi d'auantage, à cause de sa grande longueur.
La quarte qui commence en automne , d'ordinaire se termine au printemps suiuant. Celle qui est faite par l'adustion du sang, ou de la cholerc, ou phlegme salé, est plus facile et briefue à curer que celle qui est faite de l'humeur melancholique adusle ', pour ce que tel humeur melancholique estant de sa nature terrestre , et difficile ù esmouuoir et discuter ou résoudre plus que nul autre humeur, il est encore rendu d'auantage tel par l'adustion , par laquelle les plus ténues parties d'iceluy estant dissipées , et les autres restantes plus crasses et terrestres, il est rendu plus opiniastre , rebelle et malin.
La cure consiste en la diète, et aux medicamens. La diète doit estre ordonnée sur les six choses non naturelles contrariantes à la cause. Le malade n'vsera de chair de pourceau, ny de choses flatueuses , visqueuses , gluantes : fuyrala chair des oiseaux aquatiques , les poissons salés , la grosse venaison, et autres viandes grossières et de diffiicile concoction.
L'vsage du vin blanc médiocrement
1 Ce paragraphe est encore emprunté à la rédaction primitive; mais, dans le livre des 2umeurs de 1579 , le texte était un peu différent. On y lisait seulement :
« Celle qui est faite par adusilon du sang ou phlegme salé est de plus facile et briefue curation , que celle qui est faite par adustion d'humeur melancholic ou bilieux. L'vn est plus furieux et pénétrant, l'autre est plus pesant et dlHicile à discuter. »
En 1586, Paré y ajouta cette autre phrase, qui n'a point passé dans le livre actuel :
<t Fcrnel, liure qualriesmeJf v y/J«cc\, chapitre neuliesme, dit que les lléures se guarissent plus souuent par nature que par les remèdes, parce que la cause en est ignorée. »
DES FllîVRRS.
chaud et ténu luy est bon , et mesme pris au commencement de l'accès excite le vomissement, lequel a tant de vertu en la fleure quarte, que d'iceliiy seul plusieurs ont esté guéris ^ Ce n'est pas que ie vueille que l'on ordonne au çoramenceraent de ceste fiéure les vomilifs, lorsque toutes choses sont crues : car en ce temps là ilsneseruent à proprement parler qu'à irriter la nature, desbaucher l'estomach, et attirer dans iceluy vue quantité de mauuaiscs humeurs : et si ils ne tirent rien delà cause coniointe. Il faut donc attendre la miliflcation des humeurs, et obseruer sur tout, lors que l'on les ordonne, qu'il n'y ait point de dureté sensible aux deux viscères nourriciers, le foye et la ralte : outre qu'ils ne profitent nullement, si ce n'est après auoir vsé de remèdes apéritifs qui ayent dégagé quantité d'obstructions qui se font dans les petites veines , et qui entretiennent le leuain de la fiéure. Cela estant ,.et ne restant que les humeurs melancholiques qui s'amassent iournellement en la ratle, si l'on vient à donner quelque vomitif il profile grandement, d'autant qu'il irrite la ralte à se desgorger de ses humeurs melancholiques dans l'estomach , par le conduit que l'on appelle vas brève, qui va de la ratte audit estomach.
1 Jusqu'ici ce paragraphe est calqué sûr le texte de 1575; je dois dire cependant qu'en 1579 il y avait eu un petit changement qu'il est bon de reproduire :
« L'vsage du vin blanc ténu, et médiocrement ctiaud, est bon pour atténuer et inciser l'humeur melancholic , prouoquer tes vrines et sueurs. Et mesmes pris au commencement de l'accès, etc. »
Quant au reste du paragraphe : Ce n'est pus que ie vueille, etc., il appartient exclusivement au livre posthume.
Outre tout cecy, les exercices . les frictions auant le repas, et autre; choses accoustumées prises et failes auec médiocrité, sont louables et vtiles au febricitant. Les actions de l'ame contraires à la cause dont ceste fiéure aura esté excitée , luy doiuent estre permises, comme tous ieux , sons d'inslrumens de musique , discours agréables et récréatifs, et autres choses resiotiissanles. Dés le commencement il faut doucement traiter le malade, et ne faut vser d'aucun fort et violent médicament, si ce n'est quelque temps après : car du commencement ceste humeur opiniastre est rendue plus rebelle et reseichc'e par la chaleur des viol eus medicamens. Et si le sang est abondant ,11 en faut tirer de la médiane ou basilique du bras senestre ou de la veine splenique ' : auec ceste caution, que s'il se monstre noirastre et espais, il le faut laisser couler : et au contraire , s'il se monstre ténu et bien coloré, il faudra promptement l'arrester'^.
Quelquesfois le sang n'est pas seulement noirastre, mais aussi corrompu et pourri : pour lors il faut en tirer vu peu plus largement , et plus d'vnefois. On a obserué'que saignant deux heures deuant l'accès , cela non seulement adoucit les accès , mais retranche tout d'vn coup la fiéure :
bien qu'à vray dire cela arriue fort rarement. L'ouuerture des veines hemorrhoïdes , soit par la lancette ,
1 Feine spleniquc , splenitique ou splenetiquc , c'est la salvatclle de la main gauche ; voyez tome 1, page 274. Le traducICHr latin no parle pas de la saignée de celte veine; et l'on va voir Paré lui-même en faire une critique vigoureuse.
2 Ce paragraphe se lisait déjà dans les éditions de 1575 et 1579; mais le suivant est une addition du livrejposlhume.
soit par les sangsues , à ceux qui en sont Irauaillos et ausquels elles paroisseiit, est fort souueraine : et ce remède est non seulement vacualil", mais lioriuatif , ostant la cause coniointe que la nature souuent dépose et met dans ces veines , qui ont grande communication auec la ratte, comme nous auons enseigné en l'anatomie.
le diray encore vn mot de la saignée faite en la veine spienique ou saluatelle : c'est qu'il y a quelques vns si scrupuleux et si superstitieux , qu'ils croyent qu'il ne faut ouurir autre veine que celle là en ceste fiéure, et qu'indubitablement elle la guérit, quand bien même on n'en tireroit que peu de sang. Mais il faut que ces gens desracinent ceste mauuaise opinion de leur esprit, et qu'ils croyent que la saignée faite de la médiane ou basilique est mille fois meilleure sans comparaison que de la saluatelle. Il est vray qu'elle se peut faire de ceste veine icy toutesfois et quand que nous craignons quelque foiblesse au irialade , et que nous redoutons en vue longue et pénible maladie, telle qu'est la fiéure quarte , vne trop grande dissipation d'esprits : mais au trement la saignée de ceste veine me semble inutile. Car à quel propos, si nous voulons vuider et euacuer le sang grossier et noirastre, prendronsnous vn filet de veine telle qu'est la saluatelle, et laisserons-nous vn gros tuyau , duquel en faisant bonne ou uerture nous pouuons tirer le sang terrestre et grossier , qui pour sa pesanteur et sa consistance ne sçauroit iamais sortir d'vne petite veine , qui ne peut souffrir qu'vne bien petite ouuertuce? Que l'on pesé vn peu ces raisons, et que l'on ne s'aheurte point tant à certaines opinions prooccupées, qui n'ont point d'autre fondement
LE VINGTIEME LIVnE ,
que la fantasie de quelques ignorans empiriques , qui iugent par vn euenement particulier de tout en gênerai.
Pour les medicamens pharmaceutiques , il faut digérer et diminuer la matière par syrops d'epithyme, de scolopendre , de capiUi veneris , de cupaiorio, auec eaux ou décoctions de houblon, bourrache, buglosse, et leurs semblables'. On peut faire quelque syrop magistral de pommes de reinette , ou court-pendu , de buglosse , bourrache , capillaires , et autres, et le rendre purgatif auec bon senéde LeuanI, qui est comme l'alexipharmaque de l'humeur nielancholique, et en purger le malade deux fois la sepmaine : ce qu'il faut continuer opiniastreraent , pour auoir raison de ce mal opiniastre. le proteste auoir esté cause de la guerison de plusieurs^, qui auoient esté longtemps vexés et trauaillés de ladite fiéure, donnant à boire au commencement de leur accès, et à la déclinaison de la maladie trois doigts d'eau de vie, auec vn peu de theriaque dissoute en icelle ^ : lesquels remèdes estoient baillés selon les forces du malade, et les indications cy dessus mentionnées , le tout après auoir vsé des remèdes généraux et particuliers,
1 Ce paragraphe se lit déjà dans le texte prirnilif de 1575 et au livre des Tumeurs de 1579, mais avec quelques changements qu'il importe de noter. Ainsi toute la phrase qui suit : Oh peut faire quelque syrop magisiral, etc., se Ut pour la première fois dans le livre posthume.
2 Ceci est le texte pur de i575 ; celui de 1579 porte : le proteste auoir esté cause, auec l'aide de Dieu, de ta guarisotideplusieurs, elc.
3 Paré suit encore ici son texte primitif; en 1579 il avait ajouté : ou deux et trois grains de musc, dissouU en maluoisie.
DES FIÉVRKS.
pour la préparation de l'humeur melancliolique. Car pour erf parler à la vérité, 1 : fiéure quarte inucterée ne peut estre guérie, si le corps n'est grandement cscliauffé par alimeus et medicamens. Parquoy en tel cas , ie trouue bon • ce que plusieurs disent auoir heureusement pratiqué : sçauoir de donnerau matin du vin blanc à boire, dans lequel par l'espace d'vne nuit auront (rempé fueilles de sauge.
C'est aussi chose vtile, sur le commencement de l'accès, d'oindre toute l'espine du dos d'huiles propres à eschauffer les nerfs, telles que sont l'huile de rue, de noix muscade, de poiiire, de vers , y mettant quelque peu d'eau de vie : car telles onctions valent non seulement à mitiger la véhémence de l'horreur, mais aussi à esmouuoir tes sueurs 2.
1 Correction de 1679 : ie ne irouue hors (le l'uison.
2 Ce dernier paragraphe appartient encore au texte de 1675; il ne terminait cependant pas alors le chapitre, et l'auteur ajoutait :
« Telle est la ciiration des fiéures intermiUentes vrayes et légitimes, c'est à-dire de celles qui sont d'vn seul, pur et légitime humeur, de laquelle se pourra aisément comprendre la curation de celles qu'on appelle intermittentes liastardcs, de tant qu'estants excitées d'vn humeur non pur et simple, mais adultéré et meslé de deux (comme pour exemple la fleure intermittente baslarde de l'humeur bilieux , qui a en soy quelque meslarige ctadmixion de l'humeur piluileux), il faudra pour la curation d'icelles, mesler les médicaments propres à la tierce et à la quotidiane, de tant que les causes de telles Heures sont meslees, faisant vue sorte de fleure confuse de toutes les deux. Faut maintenant parler des fleures continues. »
On comprend que dans son nouveau
ctiaphre XXIX.
DE LA FIliVRE QVAnTE INTERMITTENTE BASTARDE.
Entre les fiéures de l'immeur melancholique, est la fiéure quarte intermittente illégitime et baslarde , ainsi appellée à cause qu'elle ne se fait pas comme la précédente de l'huraeur melancholique naturelle, pure et simple : mais bien ou d'icelle humeur meslée et adultérée de quelque autre humeur, telle qu'est la pituite ou la bile, ou de l'humeur melancholique contre nature , qui s'appelle ^ «replie. De quelque façon qu'on la prenne , elle a ses accès comme la précédente de quatre iours l'vn , c'est à sçauoir, après deux iours d'inter-
Traité, Paré voulant parler des fièvres intermiltenles bâtardes, ce qu'il va faire dans le chapitre suivant, tout ce paragraphe devenait inutile. Il ne l'était pas moins au chapitre 30 du livre des Tumeurs , où il s'agissait seulement de la /iéure qui sunneni aux tumeurs schirrheuses ; mais là, le dernier paragraphe s'était beaucoup étendu, et c'est par oubli sans doute que Taré n'a pas transporté dans son Traité posthume cette rédaction nouvelle. Ce qu'on va lire est entièrement de la date de 1679.
« C'est aussi chose vtile, vn peu deuant l'accès, oindre toute l'espine du dos d'huilles propres à eschaulTcr les nerfs, comme sont l'huille de rue, de poiure, auec vn peu d'eau-de-vie, ou huile de castorce qui aura cuit sur les charbons dans vne pomme de colocynthc vuidce de ses grains , auec poiure, pyrelhr^ et euphorbe puluerisez , et ce iusques à la consomption de la moitié de l'huile: le tout en après exprimé. Telles onctions valent non seulement à mitiguer la véhémence de l'horreur ou frisson : mais aussi à esmouuoir les sueurs. Car tels me-
i5/J LE vingtie:
mission vn iour d'accès: et ce d'autant qne qnolqiie mixtion qu'il y puisse auoir, l'hurnetu- melancbolique y prédomine tousiours.
Or on obseriiera diligemment que la lié'iro quarle légitime est tousiours plus longue que la baslarde, d'antant qu'entre toutes les humeurs, il n'y en a point de plus rebelle ^ de plus difficile à préparer et miliger que l'humeur melancbolique : si bien que là où ceste humeur se trouue pure et simple , et sans meslange d'aucune autre humeur, il y a plus de peine à la dompter et à la préparer : là où s'il y a quelque autre humeur meslée parmy, ceste humeur là l'adoucit et l'empesche d'estre si re- , belle. Doncques si la pituite se trouue meslée parmy l'humeur melancbolique, la fiéure n'en sera pas si longue : mais elle sera aussi plus longue que si ladite humeur melancbolique
dicamens par leur chaleur et humidité esmeuuentel esbranlerit cest humeur pesant, et non obéissant à la faculté expultrlce : n'estant l'humeur melancholic autre chose que comme la lie de toute la masse du sang. Mais si au contraire la fiéure quarte estoit excitée d'adustion d'humeur bilieux, il la faudroit traiter par remèdes refrigerans et humectans, vsanlde potages, d'oseilles, letue,pourpié, concombres, citrouilles, melons, et semblables. Autrement qui voudroit vser de remèdes eschaullans, il rendroit tel humeur plus rebelle par dissipation de ce qui luy resteroit d'humidité. Ainsi Trallian (liu. 12, chap. 8.) raconte auoir guary plusieurs qui auoient telles fiéures, pour auoir vséen temps commode et au parauant l'accès, d'cpithemes médiocrement refrigerans.
Quant aux medicamens purgatifs qu'il faudra Ysurper douant que venir à ses particuliers, le sené, Tagaric, rhabarbe, diaphœnicura, sont recommandez pardessus les au très. Aussi est le diacarlami, duquel Rondelet se ditauoir guary plusieurs fiéures quartes. »
lE LIVRE,
estoit adultérée de l'humeur bilieuse :
à raison que la pituite est bien plus difficile à cuire , mitiger et adoucir que la bile, laquelle fait des maladies bien plus courtes que ne fait pas la pituite.
On peut en outre reconnoistre la qualité et condition de l'humeur qui est meslée auec la melancbolique, par les signes que nous auons rapportés en la fiéure tierce et en la fiéure quolidiane. Car si parmy les signes de la fléure quarte , nous en reconnoissons quelques vus qui soient propres, ou de la fiéure tierce, ou de la fiéure quolidiane, nous pouuons dire en asseurance que c'est la bile ou la pituite qui est meslée auec la melancholie: outre qu'auec cela nous pouuons reconnoislre , et par le tempérament du malade, et par son genre de viure, et par la saison , et par la constitution de l'air, et par l'aage mesme du malade , si c'est bile ou pituite gui se mesle auec la melancholie. Certes quand le songe qu'Hippocrates dit au liure2. des Apborismes, aphor. 25, que les fiéures quartes qui arriuent l'esté sont courtes, que celles qui viennent l'automne sont longues , et celles qui viennent proche de l'hyuer sont encore plus longues: ie me persuade qu'il a voulu donner à entendre que les fiéures quartes qui se font de la mixtion de la bile qui règne en esté, sont plus courtes que les autres : que celles qui se font en automne tiennent du meslange de la pituite, et par conséquent qu'elles sont plus longues que celles qui se font en esté, mais aussi plus courtes que celles qui se font en liyuer, auquel temps le suc melancbolique domine d'auanlage. Ce qui soit dit pour plus claire intelligencede lou t
DES FI
ce que nous aUons apporté cy-dessus desliéuresquarles bastardos inlcnuittentes, qui s'engendicnt de la mixtion de quelques humeurs auec la melancholique.
Reste à parler de celle qui se fait de l'atrebile ou humeur melancholique contre nature. Or ceste humeur se fait doublement, premièrement du suc melancholique qui so bruslaut et pourrissant outre mesure, dénient mordant, acre, malin et grandement noirastre : secondement do la bile iaune ou vilelline, qui venant à se brusler, se conuerlit premièrement en bile porracée, puis après en erugineuse, et en fin en bile acre et noire. Geste humeur ainsi bruslée acquiert vne grande et insigne acrimonie , et vne vertu corrosiue si remarquable, que versée et espandue sur terre, elle la fermente et la fait comme boiiillir et esleuer. Galien compare ceste humeur à la lie de vin bruslée , ou à vn fer rouge et ardent de l'eu : et le suc melancholique au fer qui n'est chaud nyardent , et à la lie de vin qui n'est point bruslée. Toutesfois et quantes donc que ceste humeur atrabilaire s'amasse en trop grande quantité hors des grands vaisseaux , et qu'elle vient à se pourrir, elle excite vne fiéure quarte intermittente bastarde bien plus violente et ardente, bien plus maligne et périlleuse que toutes celles que nous au onsescritcy-dessus.
Tous les accidens qu'elles apportent sont plus violens, et ses accès approchent fort en véhémence de la fléure causonide : la langue est seiche, aride et noire , l'altération grande et démesurée, l'esprit extrauague ordinairement , le ventre est bouffi et douloureux , les veilles sont importunes , et le peu de sommeil qui vient est accompagné de grandes resucries et de
ÉVRES. ^'^^
songes csponuantables : les entrailles sont eschauffées outre mesure , le foye et la ratte bruslans et ardens :
bref, tous les symptômes sont grands et considérables, et donnent appréhension ou que quelque inflammalion intérieure se face, ou que le foye et la rat te se desseichent ou s'endurcissent, en sorte qu'ils causent vne hydiopisicou dysenterie mortelle.
Pour ce qui est de la cure de la fiéure quarte bastarde, si elle se fait du meslange du suc melancholique auec l'humeur bilieuse ou pituiteuse , il faudra la traiter comme la vraye et légitime, ayant toutesfois esgard à l'humeur qui sera mesléeauec la melancholique, y appropriant les remèdes propres etconuenables : sçauoir à la bile, ceux que nousauons spécifiés en la cure de la tierce, et à la pituite ceux dont nous auons parlé en la cure de la fléure quotidienne. Mais quant à ce qui est de la quarte faite de l'humeur atrabilaire, il faut presque vne contraire eu ration, s'empeschanttant qu'il est possible d'vser ny d'alimens ny de medicamens chauds. Toutes choses doiuent estre rafraîchissantes et humectantes : la saignée doit estre fréquente et des bras et des pieds : les purgatifs doiuent estre doux et bénins : les iuleps et apozemes apéritifs doiuent estre sans chaleur manifeste :
les epithemessont grandement viiles pour rafraîchir et humecter, et détremper ceste mauuaise humeur, et la rendre plus souple et obéissante aux medicamens purgatifs : les demy bains d'eau liede aux iours d'intermission sont tres-excellens : le petit laict pris en grande quantité est vn remède souuerain, principalemeni si on fait bouillir dedans vn peu de fumeterre. Bref, il faut vne grande prudence i\ traiter les malades de ceste
fléure, laquelle, do, niesme que les carcinomes, demande pluslost à eslre flattée qu'irritée.