CHAPITRE XXYIII
HISTOIRE MEMOHADLE d'vNE MORTIFI- CATION ADVENVE A VN SOLDAT, AV- (iVEL LE BRAS FVT COVPÉ A LA lOINTVRE DV COVDE 1.
l'estime auoir assez amplement traité les moyens de curer la Gangrené et Sphacele: toutesfois à fin que tu puisses mieux entendre ce que i'ay dit, ie te feray récit (comme pour
met en regard dans son ouvrage les grandes aulorités chirurgicales , ne va pas au-delà de ce qu'enseignait Albucasis: c'est-à-dire que dans les cas de gangrène on amputait dans les articulations des doigts, du poignet et du coude, des orteils , du cou-de-pied et du genou ; mais quand la gangrène montait plus haut, elle était considérée comme mortelle. A celte doctrine d'Albucasis on ajoutait celle des anciens qui coupaient dans la continuité, mais toujours au-dessous des grandes articulations du genou et du coude; et la désarticulation du cou-de-pied, si elle avait jamais été pratiquée, se trouva naturellement proscrite, ainsi que celle de la partie inférieure de la jambe , par l'autorité d'A. Paré, appuyée de son histoire du capitaine Le Clerc
1 Ce chapitre fait déjà suite au Traité de (j/mgrene et mortification dans l'édition de 1552, où on le trouve rédigé dans les mêmes termes, folios 73 à 76, à part quelques changements de peu d'importance qui ont été faits dans les éditions ultérieures, et qui seront notés en leur lieu. Mais l'histoire qui en fait le fond avait déjà été publiée dans le 7'riiiié des playes d' hacquebules de 1545; elle commence au folio22, immédiatement après ce qui fait aujourd'hui le chapitre 10; et elle offre d'assez notables différences avec le récit actuel pour qu'il y ait intérêt à les reprodnire. Voici d'abord comment elle est annoncée.
i< Aultres plus griefs accidens suruicnnent comme i'ay prcdict, à cause de la grande
^STIONS l'T GANGRENES. 233
exemple) d'une cure que io fis estant à Tliui'in au seruice de Monsieur le Marescbal de Montejan.
Un pauuro Soldat receut au bras seneslre près le carpe et iointure de la main, un coup debarquebuse : au moyen duquel la balle auoit dilaceré et rompu plusieurs os, tendons et autres parties nerueuses , dont suruint gangrené, puis esthiomene iusques à la iointure du coude , et iusques à l'espaule y auoit gangrené , et en la moitié du Thorax grande inflamma-
dilaceration etruption des parties nerueuses, et fractures d'os : comme spasme, paralysie, gangrenés, sphaceles, mortiGcations, et aultres : desquelz suffira en faire mention d'vn pour exemple, lequel je vy estant à Turin au service de monseigneur le marcschal de Monte Ihean, l'an mil cinq cens trente huict. »
L'histoire commence ensuite ainsi qu'on la lit ici jusqu'à la mention de la gangrené ; alors l'auteur continue :
« Semblablement auoit grands routz, desquelz la cause principale estoient les vapeurs pourris, etesleués de la mortification , qui ainsi se communiquoient aux parties nobles par le moyen des veines et artères (folio 23, verso.).Or fut ledict souldart délaissé de plusieurs chirurgiens : parquoy ie fus appellé, et voyant grande noirceur, feteur, froideur (pour l'extinction de chaleur naturelle), grande mollesse , en laquelle quand estoit comprimée demeuroitcauité sans se releuer, et séparation du cuir d'auec la chair soubiaccnte ; aussi priuation du mouuement et sentiment, qui sontlesvrays signes d'esthiomenes et mortifications : donc voyant telz signes et stimulé de quelqu'un de ses amys, mea de pitié, i'osay suiuant le commandement de nostre art , luy extirper le bras par la ioincture du coulde : mais auparauant l'œuure , luy feis ligature audessus du coulde , assés cstroitcment serrée , tant pour euiter l'hemorrhagie que pour luy hebeter et empescher le sentiment pendant l'opération : ce nonobstant y suruint grande he-
tion, et ja notable préparation de gangrené : dont auoit le patient grands roulemens, syncopes inquiétudes, et autres mauvais accidents denonceans la tnoM. Parquoi ledit soldat fut délaissé de plusieurs Chirurgiens, et
LE DIXIEME LrVRK ,
alors fus stimulé d'aucuns de ses amis de le visiter, ce que ie fis : et après avoir connu ladite mortification , prins la hardiesse, suiuaril le commandement de nostre Art, luy couper le bras par la iointure du coude. Et
niorrhagie, à cause des grands vaisseaulx qui sont en icelle partie : et nonobstant laissay suflisemment fluer le sang pour mie.ulx descliarger et alléger la partie, et seicher la gangrené, ia tendant à sphacelus et mortiflcation , puis i'arretay le sang auec cautères actuelz : et ainsi i'arnputay ledict bras sans >cie. pcurceque la mortiflcation n'cstoit oultre la ioinclure. Ce faict desliay la ligature, faisant sur la gangrené trois grandes et profondes incisions, euilant la partie interne du bras , à cause des vaisseaulx, et grande multitude de nerfz qui y sont: et de rechef eau terisay lesdictes incisions , tant pour arrester le sang que pour loborer la partie, pour raison de la grande dessiccation, consumption et viuiCcation que font lesdicts cautères en telles dispositions. Puis i'applicquay grande quantité de refrenatifz et repercussifz sur l'inflammation du thorax : et aussi sur la gangrené, pour oster l'ardeur et qualité du feu délaissée par les cautères , comme cestuy.
2r. Boli armeni subtiliter pulueri lib. vnam. . Terras sigillata; § . iiij.
Albumina ouorum decem.
Olei rosati § . vi.
Aceti 3 . iiij.
Aquae plantaginis et solani ana 5 . iij. Incorporentur omnia simul , fiât linimentum.
» Aulcuns vsent d'huiles seules aux inflammations : ce que ie n'appreuue, pourceque promptèment s'enflamment au moyen de leur substance oléagineuse. Et tost après pour conforter le patient, tant pour la resolution des esprits que pour les vapeurs infectes qui estoient communiquées aux parties nobles par les veines et artères du lieu gangrené : ie luy donnay à boire vne drachme de theriach dissoult en eaue de fleurs de buglos c et borraichc : ce que ie conti-
nuay par aulcuns iours , en luy faisant vser de sirops cordialz, comme rosat, de bugiosse : et parfoys conseruc de roses , et sur le coeur luy applicquay tel epitheme :
"îf. Aqute buglossi, rosarum, nénuphar, ana 5 • iij-
Aceti scyllitici 5 . vnam.
Milbridatii , Iheriaco: ana 5. iij.
Trochiscorum de camphora 5. vnam.
Florum cordiaiium puluerizat. ana p. ij. Croci 3 . vnum.
Dissoluantur omnia simul, liât epithema.
«Et souuent estoit applicqué tiède, auec vne esponge neufue, et ainsi conlinuay lesdictes choses , iusques à tant qu'il n'auoit aulcuns roulements. Et pour faire cheoir les eschares , i'y applicquay tel détersif.
"iL. Olei rosati , butyri recentis et sine sale ana g . iij.
"Vitellos ouorum iiij.
Theriacœ Gai. 5. ij.
Croci 3 . semi.
Incorporentur simul.
» Et en vsay tant que lesdictes eschares furent cheutes. Et sur la partie gangrenée, cestuy cataplasme et non medicamens repercussifz, pource qu'ilz opilent etesteignent la chaleur naturelle de ia partie gangrenée.
Farinœ fabarum, orobi, hordei, fœnigr.
ana lib. semis.
Salis communis o.iiij- Mellis communis li>. semis.
Florum camomilla;, anelh. et melilo.
ana m. semis.
Aqua; vita; H), semis.
Incorporentur omnia simul, et bulliant pa-
rum cum oxymel. scyllitic. quantum
sufflcil : liât cataplasma vt decet.
» l'ay trouué ledict cataplasme de grande
DES CONTVSIONS, COMBVSTrOKS ET GANGRENES.
en premier lieu luy liay estroileinent Je bras au-dessus du coude pour les raisons susdites : ce fait, luy coupay le bras sans scie, pour-ce que la mortificalion n'estoil outre la iointure du coude : et là commençay l'amputation, incisant les ligamens qui ioignent les os. Et ne se faut esbabir de telle amputation de la iointure : car Hippocrates en la quatrième section de
et merueilleusc eflicace : et non sans raison, pouice qu'il est apéritif et incisif, à cause de l'oxymel, et desiccatit' pour les farines et sel , résolutif pour les fleurs , roboratif de la chaleur naturelle pour l'eaue de vie, et détersif pour le miel.
f^n autre de semblable vertu, "if. Farina? fœnigr. faba. orobi et lupinorum ana § . v.
Succi absinth. saluiae ana g . iiij.
Salis communis § . iij.
Olei anethi et cham. ana § . iij. semis. Terebinth. g • sex.
F.lcum sulTicienti quant, lixiuij. tonsoris, ad ignem lentum Hat cataplasma : in fine adde aquœ vitae § . iij.
» Apres les eschares cheutes n'auoit grand ponliment à la chair : parquoy vsay d'ablulion faites en telle manière.
i:. Laxiuij. clari, aceti ana ffi. vnam. Aquae vitae ft. semis, salis communis 5- ii'jjEgypliaci § . sex.
Bulliant omnia simul.
» Puis applicquois sur les plumaceaux de l'vnguent qui s'ensuit.
"if. Mellis rosati § . quatuor.
Aluminis rochœ § . très.
Floris .-cris § . ij.
Salis gemmœ § . vnam.
Sublimati g . vnam.
Aceti rosati § . sex.
Bulliant omnia simul vsque ad spissiludinem mellis, fiât vnguentum,
» Et après que les escharcs estoient sepa-
son liure des Articles, la recommande et dit qu'elle est fort facile à guérir, et n'y voit rien à craindre que la syncope,à cause de la doubîur en l'incision des tendons et ligaments communs.
Mon incision faite, nonobstant la ligature suruint grand flux de sang, à cause des vaisseaux qui sont en icelle partie, lequel laissay suffisamment couler pour descharger, alle-
rées, ie detergeoie, et mundifloie auec tel mundificatif :
Of. Terebenth. lotae in aquâ vitae g . sex. Mellis rosati colali § . très.
Succi plantaginis, apij, centaurij minons ana g . duas :
Bulliant omnia simul vsque ad consumptionem succorum, auferantur ab igne, addendo
Farinae hordei et fabarum ana g . vnam. Theriacœ § . semis.
Aloës, myrrhae. aristolochae ana § . très. Croci 9 . vnam.
Fiat mundificatiuum.
» Puis incarnay auec tel sarcotic.
If.. Therebenlh. venet. lotœ in aquâ hordei g . quatuor.
Mellis rosati ^ . duas.
Farina; hordei 3. vnam semis. Thuris, myrrhae, aloës, ireosanaô. vnam.
Incorpor. omnia simul et fiât sarcoticum.
» Et fault augmenter ou diminuer la siccité , selon la quantité et qualité de la sanie. »
Après tous ces détails il passe à l'histoire du spasme qui saisit le malade ; il n'a rien changé à la description, mais il décrit les liniments tout au long, les voici :
"if. Olei praîdicti exdecoc.catellorum § .sex. Olei cham. anethi, lilio. et de euphorbio ana 3. ij.
Vnguenli dialth. § . iiij.
Aquae vitai g . ij. semis.
Liquéfiant omnia simul, fiât linimentum.
« En pareil cas on pourroit vser de celuy
Lr DIXIIÎMK LIVRÏÏ,
gcr, el eiientiler la paiiic , (;t aussi poui-ernpcschcr la gangrené qui estoit au bras, ja tendant à mortification.
Puis arreslay ledit sang auec cautères actuels, n'ayant en ce temps-là autre méthode ni façon de faire :
ce fait, desllay doucement la ligature , et après fis sur la gangrené plusieurs grandes et profondes incisions , euitant la partie interne du bras , à cause des grosses veines , artères, et multitude de nerfs qui y sont. Et de rechef cauterisay quelqu"vnes des incisions , tant pour arresler le sang, que pour deseicher et consumer aucune matière virulente imbue en la partie : puis appliquay des remèdes cy deuant escrils , sur icelle : et sur l'inflammation du Thorax , grande quantité de refrenatifs et repercussifs : pareillement epithemes
qui s'ensuit, lequel est de très grande efficace contre spasme, paralysie, stupeur et conlorsions, distensions et aultres afTections, principalement des parties nerueuses prouenantes de causes froides.
Saluiae , chamepiteos, etc.»
Ici la longue formule que l'on a lue à la page 23 1 , deuxième colonne ; car ce que Paré oublie le moins ce sont ses formules, et parmi les précédentes on a dù en remarquer aussi qui ont trouvé place en quelque autre endroit du texte actuel.
Le malade est ensuite mis dans le fumier, où bientôt il est pris d'un petitllux de ventre et d'une grosse sueur ; puis l'auteur ajoute :
« Et cependant qu'il ne pouuoit ouurir la bouche, le nourrisoye de laict venant de la vache et par interualles de sorbitions : par ce moyen fut guery de spasme. »
On voit qu'il ne s'agit en aucune façon de l'emploi des dilatatoircs. Ce fut dans l'édition de 1552 que Paré dit qu'il les avait employés; et celui qu'il figurait n'était autre que celui qu'il reporta plus tard au /Jure des iitayes en général , chap. 10, /Je /« cure du xpasrne, où nous l'avons reproduit. Dans
sur le cœur, et autres choses cordiales que ie luy donnay : lesquels remedesje continuay iusques à tant que les routemens et autres accidens aduenus par le moyen des vapeurs esleuées de la pourriture, et communiquées au cœur par les artères , furent sedés et appaisés.
Or ie ne puis omettre à raconter (pour s en donner garde) que quinze lours après suruint au pauure soldat vn spasme, lequel i'auois par au an t prognostiqué, à cause du froid, et qu'il estoit mal couché en un grenier, là où non seulement avoit peu de couuerture , mais aussi estoit exposé à tous vents , sans feu , et autres choses nécessaires à la vie humaine. Et le voyant en tel spasme et retraction de membres, les dents serrées, les léures et toute la face tortue et reti-
l'édition de 1564 c'était encore la même figure , mais il y joignait celle que l'on voit ici, avec ce titre : ^ulre dilaialoire plus foH. Enfin, dans les éditions complètes, c'est ce dernier qui est resté , et qui est réputé avoir servi au pauvre soldat de Turin, à une époque où très probablement il n'avait pas encore été inventé.
Deux autres phrases ont été aussi très modifiées , et il peut être utile de les rétablir, soit comme document touchant l'histoire de Paré lui-même, soit pour rétablir l'intégrité de l'observation. Les voici comme on les lit dans la petite édition de 1545 :
« Ce que souuentes foys auois veu faire et faict à l'Hoslel-Dieu de Paris , en cas semblables. Ainsi tomba assés bonne partie de l'extrémité d'iceluy os adiutoire, tant à cause de l'air intérieur, etc. »
Ajoutons, pour compléter nos remarques sur le texte de cette histoire, que la mention d'Hippocrate à propos de l'amputation dans les articles n'y a été insérée qu'à partir de l'édition de 1 575, et que l'observation faite par l'auteur à propos des cautères actuels, n'ayant en ce lemps-lii autre iiicthode ni façon défaire, ne date que de l'édition de 1664.
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rée, comme s'il eiist voulu rire du ris Sardonic , qui sont signes manifestes de conuulsion : esmeu de pitié , et désirant faire le deu de mon Art, ne pouuant autre chose luy faire pour lors, le fis mettre en vne estable en laquelle estoit grand nombre de beslail et grande quantité de fumier :
puis trouuay moyen d'auoir du feu en deux rechauds, près lesquels luy frottaylanucque, bras etiambes, euitant les parties pectorales , auec linimens cy deuant escrits pour les re tractions et spasmes. Apres enueloppay ledit patient en vn drap chaud , le situant audit fumier, l'ayant premièrement garni et couuert de paille blanche .puis fut dudit fumier très bien couuert, oùil demeura trois iourset trois nuicls sans se leuer : dedans lequel luy suruint vn petit flux de ventre et vne grosse sueur : ce pendant commença vn petit à ouurir la bouche, dont peu à peu luy aiday auecques tel instrument, lequel ie mettois entre ses dents.
Apres auoir ouuert la bouchci par ccdit instrument, luy mettois vn petit baston de saux', à fin que la bouche demeurast ouuerte, ayant retiré ledit instrument : et ce pendant qu'il ne pouuoitmascher,ie luyfaisois donner du laict de vache et œufs mollets : par ces moyens fut guéri dudit spasme.
Consequemment ie suiuis la cure du bras , en réitérant l'application des cautères actuels surl'extremité de l'os adiutoire,pour tousiours consumer et seicher les humidités estranges : et te faut noter, que le patient auoil grande délectation lors qu'on luy appliquoit lesdits cautères, pource qu'il disoit sentir vn prurit tout au long dudit os adiutoire, qui estoit pour la chaleur communiquée par le moyen desdits cautères le long de l'os. Ce que souuentes fois auois veu aduenir à Fhostel-Dieu de Paris en cas semblables.
Ainsi tombèrent grandes squames ou escailles de l'extrémité dudit os , tant pour l'air extérieur , que pour l'application desdils cautères. Pareillement ie fomentois souuent la pailie affectée, pour tousiours la deseiclier et roborer : lesquelles fomentalions estoient faites auecques vn vin austère, gros et astringent , auquel faisois boiiillir roses rouges , absinthe , sauge, laurier, fleurs de camomille
1 II est besoin d'expliquer ce que c'était que ce basion de saux que Paré mettait entre les dents de son malade. Il n'en est pas question dans l'édition de 1546. Celle de J562 porte : vn pelit bois de baston de torche; celle de 1564 , vn pelit basion de torche ; ce qui veut dire un de ces petits bûtons que l'on met dans les fanons à fractures. "Voyez le Liurc des bandages, chap. 10. C'est à partir de l'édition de 1675 qu'on a lu baston de saux; l'édition latine traduit : Instriis hinc et illinc salicis bacillis , de petits bâtons de saule.
Î238 LE DIXIEM
et melilol, aneth , eL autres medicameus prédits : par ainsi fut guéri le pauure soldat.
Parquoy faut que le Chirurgien ait tonsiours deuant les yeux, que Diuu et Nature luy commandent ne laisser | les patiens sans faire tousiours son deuoir, combien qu'il preuoye tous signes mortels. Car Nature fait souuent ce qu'il semble au Chirurgien estre impossible : comme très -sagement nous demonstrel'vn de nos Docteurs anciens, disant , Conlingunt in morbis monslra, sicut et in nalura
A cette cause ie prie les Chirurgiens
E LIVRE
commençans à opérer en l'art , qu'ils n'ayent vouloir de laisser les panures languissans, sanslesme.licamenter : ce nonobstant quelques grandes playes ou autres dispositions contre nature qu'ils puissent auoir. Car souuentes fois l'on voit plusieurs playes, et autres maladies, après auoir esté délaissées et déplorées, guérir.
Et pour retourner à nostre matière, i'ay bien voulu traiter telles euros désespérées et laissées, à fin de tousiours stimuler etdonner courageaux ieunes Chirurgiens qui commencent à exercer l'art, de non laisser les griefs bles-
1 Corn. Celsim. — A. P. — Cette note marginale ne se trouve que dans l'édition de 1552.
Ici finissent le chapitre et le livre dans toutes les éditions complètes; il est donc essentiel de rendre raison de l'addition des deux derniers paragraphes.
Ces deux paragraphes, tout-à-fait dignes et de la piété et de l'expérience d'A. Paré, 'se lisent déjà dans son Traiié des playes par hacquebntes de 1545, folios 59 et 61 ; ils sont répétés dans l'édition de 1552, folios 76 et 79, et enfin dans celle de 1564 , où le premier commence et l'autre termine le 21 >= chapitre du Liure des gangrenés cl morlipcaiions. Ce 2I<= chapitre, intitulé : Recueil de quelques histoires nulables ohseruées par l'aullieur, a été retranché du livre dans les éditions complètes ; et les histoires notables ont bien été reportées ailleurs, mais les réflexions qui leur servaient de prologue et d'épilogue ne purent trouver place ; et en vérité, pour les conserver, il fallait les mettre comme je l'ai fait, au lieu qu'elles avaient primitivement occupé.
C'est par ces réflexions que se terminaient donc et les deux éditions rie 1545 et 1552, et le livre indiqué de celle de 1564. Mais à l'appui et comme exemple, chacune de ces éditions apportait un certain nombre d'histoires qui n'éiaient pas les mêmes dans toutes.
Ainsi on lit dans l'édition de 1545 l'histoire du soldat du capitaine Renouard, reportée depuis par l'auteur au chapitre Det
playes de poitrine (ci-devant page 97); — puis une autre où Paré se trouva en consultation avec Thierry de Héry et Loys Drouet; celle-ci avait été oubliée dans les OEuvres complètes , je l'ai reportée au chapitre Des playes du cerueau (ci-devant, page 71), et je saisis cette occasion de rectifier l'erreur commise dans la note qui s'y rapporte, et d'après laquelle celte histoire daterait seulement de 1552. La troisième est celle du serviteur de M. de Champaigne, intercalée plus tard par A. Paré au chapitre31 àuLiure des playes en particulier (voyez ci-devant, page 92 ); et enfin après ces trois histoires l'auteur continuait ainsi, folio 61 :
« Pareillement en racompteroys de plusieurs aullres, entre lesquelz aulcuns auoienl eu coups d'eitoc au irauers du corps, et toutesfoys ont recouuert santé : mais monstrer icy la méthode et manière comme ils ont esté pensés, ce serait comme l'ay dict , ouUre mon scop , qui n'est icy d'escripre la cure des playes : car i'ay proposé, Dieu aydanl, en faire vue pracllque , laquelle i' espère escripre et mettre en lumière si ie comtois ce mien petit labeur estre aggreable aux ieunes studieux de chirurgie. Et pour retourner à nostre matière, etc.: comme le paragraphe par lequel j'ai terminé le dixième livre.
L'édition de 1552 contient sept histoires : l" celle du soldat du capitaine Renouard; 2° celle où sont mentionnées Thierry de Hery et Drouet; d" l'histoire si curieuse de Pierre
Dt'S CONTVSIOWS , COMB
S('>s,encoroqu'iIsayiMit signes niorlds, mais s'elïorcer à faire ce que l'art commande : les priant n'y besongner par acquit, ni aussi les laisser par défaut de payement s'ils sont indigens , mais piustosl leur aider par vne charité, laquelle nous sommes lous tenus par le commandement de Dieu exercer l'vn enuers l'autre. Et là où on auroit fait quelque cure digne de louange, ne se la faut attribuer, mais à Dieu: considérant et connoissant
Aubert, omise dans toutes les autres éditions el que j'ai icpioduile ci-devant, page 72 j 4" celle du serviteur de M. de Champalgne ; 5° celle du duc de Guise, reportée au chapitre De la commotion du cerneau (ci-devant, page 25) ; ()° une autre relative à l'argentier du roi de Portugal, qui se trouve aujourd'hui au chapitre Des jilayes du ventre inférieur (ci-devaiit page lOG); 7" et enfin la dernière, concernant un gentilhomme de Yitrej', omise dans toutes les autres éditions, et que j'ai reproduite dans une noie de la même page lOG. Après quoi l'auteur continuait ainsi :
« De plusieurs autres ie pourroi/e jaire récit : mais moiistrer icij comme Hz ont esté pensés, ce serait [comvie i'ay dict) oultre mon SI ope, qui n'est d'èsc ire en ce lieu la cure des pliiyes. Car i'ay proposé ( Dieu ai/danl) en faire vne pi o/zi/ue, laquelle en bref l' espère mettre en lumière, auec les Jigures et pourtr<,itz (le laus ou de la pluspait des indrumeulz qui api urtiennent à la ckirurrjie, si ie cocjnuis ce mien petit labeur eslre acjcjreuble aux ieunes studieux de chirurgie. »
Et enfln suivait le paragraphe : Et pour
VSIJOJVS ET ClANOnENF^S. o/SCf
I que toutes bonnes choses procèdent de luy, comme d'vne fontaine qui ne se peut espuiser, et rien de nous comme de nous. Par ainsi luy faut rendre grâce de toutes nos bonnes oeuvres : lequel ie supplie, de tout le pouuoir qui est en moy mis par sa bonté infinie , qu'il luy plaise nous faire entendre la cause et fin pour laquelle sa diuinité nous a donné estre, à fin de n'estre frustrés d'icelle.
retourne)' à noslre matière, qui terminait également l'ouvrage.
Enfin dans l'édition de 1564 , le chapitre du 7' livre commence par le paragraphe : le prie les ieunes chirurgiens, etc.; donne ensuite les histoires première, quatrième et sixième de l'édition de 1552, et termine sans plus par l'épilogue ordinaire.
Ici se présente une réflexion que je ne saurais passer sous silence.
On comprend parfaitement pourquoi les histoires transférées ailleurs n'ont pu être conservées dans leur lieu primitif; on ne voit pas aussi bien la raison de la suppression des autres. I^a seule que je puisse en donner est la négligence avec laquelle l'auteur revoyait ses nouvelles éditions , et j'en trouve ici même une preuve notable. L'édition de 1652 , en rapportant la sixième et la septième observations, portait en marge : Deux histoires comme exemples ; celle de 16G4 annonce également en marge :Z)eua! histoires, et cependant elle n'en donne qu'une. L'autre aura probablement sauté avec le paragraphe suivant, et par un simple défaut d'attention.
LE ONZIEME LIVRE
TRAITANT DES
YLCERES, FISTYLES ET HEMORRHOIDES