CHAPITRE X
DE l'vlcere sordide.
L'vlcere sordide (après les choses vniuerselles ) sera guérie par medicamens détersifs , en considérant que souuent y a vn excrément gros et espais, accompagné de certaine humidité et sanie superflue, qui sont comme remparts et bouleuers sus les parties vlcerées : assoupissant la force et vertu des medicamens, pour forts souuent qu'ils soient. Il faut pour ceste cause premièrement lauer l'vlcere auecques telle décoction.
7f. Lixiulj comraunis Ib. j.
Absinth. marrub. apij, cent, vtriusque, hypericonis ana m. 6 .
Coquant. in colat. quod sufflcit : adde ,
Mellis rosa. § . j.
Vnguent. aegypt. §. fi.
Fiat decoctio.
Puis sera mis vn tel mondificatif.
:2f. Succi apij et planlag. ana g . ij« Mellis comm. § . j.
Tereb. g . j. fi.
Pulu. ireos Florent, et aloës ana g . fi . Fiat mundiflcat.
Aussi le vin doux , auquel on aura fait boiiillir herbes detersiues, comme panax, aristoloche, absinthe, et autres semblables : puis y adiouster miel rosat, et eau de vie. Cestuy lauement deterge et desseiche les vlceres caues et cuniculeuses
Le Chirurgien doit considérer dili-
« Ce paragraphe est une addition qui date seulement de 1685.
DES VLCEUES , FISTVL
gemment en combien d'appareils il pourra auoir descouiiort l'excremenl sordide, etdesseiché l'humeur superflu : car quelquesfois on peut osier tels excremens à vn seul appareil : et aussi on ne le peut faire qu'à plusieurs fois, à raison que la partie est fort sensible, ou que le corps est délicat ; et lors qu'on aura delergé Fvlcere : faut euiter les remèdes forts et acres , de peur d'inciter douleur , fluxion , inflammation et érosion, qui seroit cause de rendre l'vlcere encore plus cane : parquoy on appliquera remèdes qui desscichent sans acrimonie, à fin d'aider à Nature à engendrer et produire la chair. Tels remèdes sont poudre d'aloës, mastic, myrrhe, ireos, litharge, antimoine, racine de gentiane, farine d'orge, et leurs semblables : puis apposer dessus charpi fait de linge vieil et délié , et par dessus vne lamine de plomb , frottée de vifargent : et seront lesdits détersifs et dessiccatifs plus ou moins forts , selon qu'on verra estre nécessaire. Leur quantité ne se pourra bien descrire :
mais la faut connoistre par coniecture artificielle , qui sera quand on verra l'vlcere estre trop humide , seiche ou aride. Si elle est trop humide, elle se connoistra par la quantité de la sanie , et par la chair baueuse , laxe et mollasse. Si elle est trop desseichée, elle se connoistra à raison qu'elle sera seiche, iettant peu d'excrement, ensemble la mutation de la couleur de la sanie.
Or quelquesfois par l'indue application des medicamens forts détersifs et desiccatifs, les vlceres se cauent, et ietlent grande quantité de matière :
ce qui trompe et déçoit souuent les Chirurgiens : car voyans les vlceres ietter tant de sanie, y appliquent derechef ehcoredeplusforts etacres, ce
i;S JiT HKMOURHOJDlîS. 2.55
qui nous est confirmé par l'histoire d'vn Empirique citée par Galien , lequel trailoit vne vlcere sordide, y appliquant vn médicament verd qui estoit mordant et corrosif i. Ce médicament consumoil la chair suietle , causant douleur et chaleur à la partie , et par ce moyen de iour en iour la rendoit pluscaue : mais ne connoissant point que son remède (voyant que ladite vlcere iettoit beaucoup d'excremens) fust assez détersif, y adiousta plus forts détersifs \ et ce faisant l'vlcere iettoit d'auantage : dont fust fort estonné , et de rechef adiousta remèdes encore plus forts , pour cuider tarir l'excrément d'icelle • mais de plus en plus l'vlcere se cauoit : parquoi ne la peust guarir par son ignorance.
Or la cause pour laquelle l'vlcere iettoit telle quantité de sanie , estoit qtie la chair se coUiquoit et fondoit en pus et sanie par la violence de son médicament trop abstersif, et la douleur qui causoit fluxion. Parquoy il faut bien auoir esgard, si l'vlcere est deuenue sordide par l'érosion, et colliquation de la chair suiette : comme aussi de prendre garde, si le médicament qu'on aura appliqué ne l'aye assez nettoyé ^ : ce qui se connoistra par la douleur, et par les léures qui sont plus rouges et plus chaudes qu'auparauant : et pour ces raisons faut diuersifier les medicamens, selon que l'on verra l'vlcere estre trop humide ou seiche, et que les corps seront plus forts ou robustes.
» Cette histoire était déjà citée dans l'édition de 1575 à la fin du cliapitre 4. Voyez la note de la page 261.
^ L'édition de 1575 dit : adioiista pour cesLe occasion du miel et autres remèdes détersifs.
Grande annotation pour le ieune Chirurgien.~ A. P.
LE OMZIÊME LIVKE,
Or on appelle les corps forts, ceux qui sont de température seiche , comme laboureur*, crocheteurs, mariniers, chasseurs, et autres de grand trauail , et qui demeurent en région chaude. Tels ont leur corps ferme et S(îc, estant de couleur noiraslre. Les foiblcs sont ceux qui sont de temperature humide, comme femmes, enfans , eunuques, gens oisifs et sédentaires, et qui demeurent en pais iroid.
Tels ont leur corps humide et phlegmalique , et par conséquent mol et blanc , et fort sensible. Et pour ce il est impossible qu'vn médicament puisse seruir à tous corps : à ces te cause il le conuient diuersifier selon la température, tant du corps que de la partie vlcerée, de la saison de Tannée, région, aage, sexe, et autres choses prises des choses naturelles et contre nature, comme plus amplement i'ay descrit en l'introduction.
Combien que la quantité, qualité, et mixtion de tels medicamens, ne se puisse au vrai descrire, non plus que la meslange des couleurs aux peintres:
toiitesfois le Chirurgien prudent, par vne coniecture artificielle, prendra indication que les corps robustes endurcis à la peine et grand labeur, demandent remèdes forts : car des doux et bénins n'en peuuent auoir aucun amendement. Au contraire ceux qui sont de température molle et délicate , requièrent remèdes doux sans aucune érosion : autrement en lieu de vouloir produire chair en leurs vlcères , les remèdes forts la consommeroient et caueroient d'auantage , comme les remèdes do\ix et sans érosion appliqués és vlceres des corps robustes , les rendroient sordides et sanieuses , et en fin putrides.