‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 14 sur 482 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

POVRQVOY LE SPASME VIENT A l'OPPO- SITE DV COVP.

Or la cause pourquoy le spasme vient à l'opposite du coup, a esté iusques icy par plusieurs recherchée, mais non assez clairement expliquée:

pource m'a semblé bon de vouer vu chapitre à part à telle question'.

l'estime tel accident prouenir à rai ■ sou de la douleur de la playe, et aussi que les humeiu's et esprits naturellement courent vers la partie blessée , lesquelles deux choses espuisent, seichent et consument le costé de la partie saine , dont puis après tombe en conuulsion. Ce qui se peutprouuer par Galien au quatrième liure De vsu partitim , qui dit que le souuerain conducteur a conioint les trois esprits en mutuelle connexion et in fragile confédération parleurs productions, qui sont veines , artères et nerfs : par quoy si vn défaut en vu membre , les autres pareillement les négligent : et parlant la partie demeure languide et dénient en atrophie, où elle se meurt du tout. Et si on m'obiecte que Nalurea faittout nostrecorpsdouble, à fin que si vue parlie estoit blessée , l'autre demeurast en son entier , ie l'accorde. Mais ie nie qu'elle ait fait tous les vaisseaux doubles : car il n'y a qu'vne veine pour le nourrissement de tout le cerueau et de ses membranes, qui est le Torcular : par laquelle la parlie senestre blessée peut espui-

* En effet, dans l'édition de 1501 , cette dissertation n'avait pas un titre séparé, et se trouvait confondue avec le Prognostique ; dans l'édition de 1575 môme, ce chapitre et le suivant étaient encore réunis au précédent.

PARTfCVLIER. 2f)

ser l'aliment de la dextre , et par conséquent causer la conuulsion par défaut d'aliment*.

Or il est vray qu'aux parties où les muscles congenerés sont égaux en grandeur , force et nombre , la resolution d'vne parlie cause conuulsion accidentaire à l'autre, mais au cerueau ne se fait ainsi : car les deux parties , c'est à sçauoir dextre et senestre, font chacune leur office à part, et ne s'attendent l'vne à l'autre, comme il appert en paralysie : autrement il s'ensuiuroit qu'icelle , lors qu'elle est vniuerselle ( c'est à sçauoir de la moitié du corps) apporteroit quant etsoy conuulsion à la partie opposite.

Ce qui est faux comme on voit iournellement par expérience. Par quoy ie conclus (sauf meilleur iugement) que le spasme qui est à l'opposite du coup vient par inanition et faute d'aliment et nourriture 2.

ïoutesfois Dalechamps, en sa Chi^ rurgie Françoise, est enceste opinion :

« Pour liquider ceste doute (dit-il) faut présupposer ce signe de conuulsion en la partie contraire, proposé d'Hippocrates, aduenir quand pour la grandeur et véhémence de l'inflammation faite en la partie blessée, quija est tournée en gangrené du cerueau et de ses membranes , auec commencement de sphacele au test , le patient doit mourir. En telle disposition et ainsi conditionnée , est nécessaire le sentiment et mouuement eslre perdu, comme nous voyons aux autres gan-

1 Je ne dois pas omettre que Paré signale ces dernières lignes à l'attention du lecteur par cette note marginale : Grande annolalion,

^ Là s'arrêtait la théorie du spasme dans l'édition de 1501 .Toutce quisuit aété ajouté en 1575. La Chirurgie Jeauçoise de Dalechamps avait paru en 1570.

LE HVITIEME LIVRE

grenes, par l'extinction de la chaleur naturelle : et d'auaniage par la grandeur de l'inflamnialion eslre tellement bouchés les conduils de l'esprit animal , qu'il ne peut descendre ou passer aux parties inférieures et prochaines du cerueau de ce coslé-là : et quand bien y pourroit descendre et passer, si seroit-il inhabile à communiquer et porter la vertu du sentiment et mouuement, estant infect et altéré de la putréfaction aduenue en la playe.

b'où s'ensuit que la partie blessée, priuée de sentiment, n'est prouoquée à se retirer, pour secourre et chasser de soy ce qui luy pourroit eslre moleste, luy demeurant le sens : et pour cpste raison lesnei fs procedans d'elle, ne sont aussi point retirés et affligés de conuulsion : d'auantage que tous les nerfs ayans leur origine de ceste partie , sont destitués de la présence et assistance de l'esprit animal , comme a esté déclaré : et de là procède la paralysie des parties situées au costé de la blessée. Car paralysie se fait, ou estant le nerf coupé, comme aux grandes playes : ou estant le passage d'iceluy bouché , comme en l'apoplexie: ou estant sa substance abbreuuée et moUifiée de quelque humeur subtile, ou par quelque grande intemperalure tellement offensée , qu'elle ne peut receuoir l'affluence et vertu de l'esprit animal,

» Quant à la partie contraire et sa conuulsion ,. nous tenons pour chose accordée , le spasme estre fait ou par repletion, qui en estendant la substance des nerfs raccourcit : ou par inanition, quand, estant consommée et dissipée leur humidité naturelle, la propre substance d'iceux est desseichée et retirée, comme nous voyons

vne corde de luth approchée du feu :

ou par sentiment de quelque vapeur ou de quelque humidité sanieuse, acre et mordante, ou d'vne douleur excessiue , comme il adulent en l'epilepsie causée d'vne exhalation vénéneuse qui du pied monte au cerueau : aux picqueures des nerfs, quand, estant fermé l'oriOce de la playe , la matière sanieuse y est retenue : et aux playes des nerfs, quand quelque nerf estant seulement à demy coupé , excite douleur véhémente. Or nous trouuonsen la partie contraire de la blessée, deux de ces causes insignes : vne matière sanieuse resudante de la gangrené , acre et cuisante, que Hippocrates au dénombrement des accidens mortels , pour signifier sa malignité , appelle Jchora, et au liure des Fractures, Dracryon, et non Pyon : d'auantage , vne vapeur exhalante de la gangrené , puante et infecte, comme d'vne charongne pourrie. Ce n'est donc merueilles si la partie contraire , estant son sentiment bon et entier, est offensée, tant de la matière sanieuse que de la vapeur infecte , et pour les dechasser se retire, secout, et branle, à quoy s'ensuit la conuulsion des nerfs qui prennent leur origine d'icelle , comme en l'epilepsie. A mon iugement , voila comment se doit expliquer le dire d'Hippocrates et d'Auicenne. Hors l'occasion d'vne playe ainsi mortelle , les praticiens adnoteut quelquesfois en la partie blessée estre paralysie, en l' opposite conuulsion : quelquesfois en la blessée conuulsion , en la contraire paralysie :

quelquesfois en toutes deux conuulsion et paralysie : quelquesfois en chacune d'icelles séparément conuulsion ou paralysie , sans que l'autris soit offensée : mais icy n'est le lië^

DES PLA.YJES

(le rechercher les causes do cela. • Voilai ie discours de Dalechamps*

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