‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 13 sur 482 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DV PROGNOSTIOVE.

Il ne faut neglig^er les playes de la teste, et n y eut-il que le cuir incisé ou contus : mais encores moins lors qu'il y a fracture au Crâne , à raison que quelquesfoissuruionnenl grands accidens, et le plus souuent la mort:

principalement aux corps cacochymes, comme sont véroles, ladres, hydropiqnes,phthisiques, ou hei tiques, bouffis, lentignieux,et généralement tous cachectiques : car à tels , leurs playes sont difficiles à curer, et bien souuent impossibles »: à raison que les playes ne se guarissent que par vnion et consolidation , lesquelles choses ne se font que par a ffluence de bon sang et loiiable, et par la force de nature. Or l'affluence de sang défaut aux hectiques et phthisiques : le sang bon et loiiable défaut généralement à tous cacochymes et cachectiques : comme la force et vigueur de la faculté naturelle manque à tous .deux.

Les fractures de teste faites à ceux qui releuent de maladio, sont difficiles à curer, et quelquesfois in)possibles.

Les playes de teste fuites par contusion sont plus longues et dilficiles

< Le reste de ce paragraplie manque dans l'édition de 1561.

VIE MVR^,

à guérir, que celles qui sont faites par incision.

L'os ne se rompt point, que la chair de dessus ne soit blessée , excepté en I l fracture qui se fait à l'opposile du coup.

Les os des enfans sont moins durs et plus déliés, arrosés et imbus de sang, que ceux des vieux : et partant s'altèrent et pourrissentplustost. Parquoy telles playes sont plus dangereuses et mortelles qu'elles ne sont és vieilles gens, parce que leurs oss'alleren t et pourrisseilt plustost , à raison qu'ils sont de température plus chaude et humide, et par conséquent plus faciles à pourrir : et pour leur tendrelé et raollessecommuniquentplustost leurs pourritures aux membranes et cerueau, dont la mort s'ensuit plustost qu'à ceux qui sont d'aage viril K Combien que és vieilles gens les playes, tant celles qui sont à la chair que celles qui sont és os de la teste , ne s'agglutinent, et vnissent pas si tost queés enfans, à cause que les vieilles gens ont les os plus secs et plus durs, et par conquent moins agglutinables:

et ont moins de sang , et mesme ce peu ce qu'ils en ont est plus séreux, et pir conséquent moins propre à faire l'agglutination.

L'homme vit plus longtemps d'vne playe mortelle faite au Crâne, en hyuer , qu'en esté : à raison qu'en hyuer la chaleur naturelle est plus forte qu'en esté : pareillement l'humeur se pourrit plustost en esté qu'en hyuer,au moyen que la chaleur contre nature est plus grande en esté qu'en hyuer. Cequi est approuué par Hippocrates en l'Aphorisme quinzième du premier liure : Ventres hyeme, etc. Et

' Le reste de ce paragraphe manque dans l'édition de 1561.

DES PLATKS E

OÙ la chaleur naturelle ne peut curer la fracture , Nature estant plus forte prolonge la vie.

Les playes du cerueau et des membranes sont mortelles le plus souuept, à cause que souuentesfol^ s'en ensuit ablation de l'action des muscles du Thorax et des autres seruans à. la respiration : dont de nécessité la mort s'ensuit. Ce que nous auons par cy deuant déclaré.

Si après vn coup donné à la teste il suruient tumeur, et se perd tost , c'est inauuais signe : si ce n'est par cause raisonnable , comme après vne saignée , purgation ou medicameus résolutifs : ce qui est prouué par Hippocrates'.

Quand la fiéure vient au commencement , c'est à sçauoir dans le quatrième ou septième iour (ce qu'elle faii le plus souuent ) on peut iuger qu'elle vient pour la régénération de la sanie, ainsi qu'il est escrit par Hippocrates : Dum pus confiritur^ etc. 2.

Et telle fiéure n'est tant à craindre lors, que quand elle vient après le septième iour, auquel iour a de coustumede laisser le patient : mais quand elle vient au dixième ou quatorzième, et auec froid et tremblement, elle est dangereuse, pource qu'il y a suspicion qu'elle soit causée de quelque putréfaction qui se fait au cerueau , ou à la Dure-mere,ou au Crâne, principalement si elle est accompagnée d'autres accidens : comme si la couleur de la playe n'est rouge, mais blaffarde , comme chair lauée : laquelle chose se fait à raison que la chaleur naturelle est presqu c estein te, et le Pus dénient visqueux , pource que la chair est liquéfiée. Puis tost

» Hipp. Aph. 66. liu. 5. — A. P.

'■^ Hipp. Aph. 47. liu. 2. — A. P.

PARTICVLIER. QJ

après ladite playe dénient aride et seiche , comme d'vne chair sallée , et quelquesfois de couleur plombée et noiraslre , ne iettant quasi rien , à cause que la chaleur naturelle est pareillement languide et quasi suffoquée : qui est signe de corruption qui se fait en l'os , qui lors se fait aspre etesleué (comme on le Irouue lors qu'il est carieux et pourri ) où auparauant esloit lisse et poly : et en fin dénient de couleur iaun astre , puis liuide, quand il est corrompu d'auanlage : et entre les deux tables y a matière purulente et sanieuse, ce que i'ay veu plusieurs fois : et alors l'on peut prognostiquer le patient estre en péril et danger de mort.

Mais si ladite fiéure procède d'Erysipelas fait ou à faire, le plus souuent n'est mortelle.

Et pour discerner et sçauoir si ladite fiéure est causée de matière Erysipelateuse ou bilieuse : c'est qu'elle sera tierce et qu'elle commencera auec grand froid, puis vient lachaleur auec sueur : et ne laissera le patient iusques à la suppuration ou resolution de la naatiere bilieuse. Aussi les lèuresde la playe , et autres parties à l'enuiron , seront tuméfiées , ensemble toute la face, auec grande inflammation aux yeux , ayant les raaschoires et col roides et tendues , ne pouuant tourner la teste ny ouurir la bouche.

Or telle defluxion Erysipelateuse est engendrée et faite de sang cholérique, subtil , chaud et sec , lequel occupe communément la face par deux raisons :1a première, pour la subtilité de l'humeur : l'autre, pour la ténuité et rarité du cuir. Ainsi les accidens sont plus grands que d'vne fluxion phlegmoneuse , qui sont chaleur et douleur poignante et mordante, auec rougeur tirant sur le citrin ou iaunas-

î,r Hvmi':

tro , paroo qun chacun Iium(;iir aoiiiio sa leinlui'fi an cuir , comme auons dit cy dessus. Et subit qu'on presse du doi^îrt dessus, la couleur s'esuauoiïist, et tost retourne'.

Etpourla cura{ion,faut auoirdcux intentions : l'vne à Teuacuaiion , l'autre à la réfrigération et humectation.

Et si riiumeur est simplement cholérique, ne faut saigner , maislepurg'er par remèdes qui purgent la cholere , appelles des anciens, Cholagogiies. Toutesfois si c'estoit vn Erysip;>las phlegnioneux , faudroit l'aire saignée de la veine Cephalique , du costé auquel le mal seroit plus grand.

Et pour ce faire appelleras le Médecin , si tu es en lieu où on le puisse jecouurer. Et après les choses vniuerselles faites, il faut appliquer raedicamensrefrigeratifs et humectatifs, comme Succum solani , semperuiui , portulacœ , lactucœ , vmbilici veneris , lenticulœ paiustris , cucurbitœ : desquels vseras selon queles pourras recouuror, pource qu'il n'est nécessaire les prendre tous , mais icy sont mis pour à On d'en vser des vns ou des autres. Pareillement pourras vser de :

Acetosa, coda in aqua communi ad m. ij.

Postea pistetur et coletur per setaceum, addendo vnguenti rosacei vel populeonis portionem aliquam.

Et autres semblables , lesquels seront renouuelés iusques à ce que la chaleur qui est contre Nature soit esteinte. Et faut euiter toutes choses onctueuses et oléagineuses , à raison que promptement s'enflamment et feroientlemal plus grand. Puis après s'il est besoin , l'on vsera de remèdes résolutifs.

' Gai, 13. (le la Melh. au liu. des tumeurs contre Waliire. — A. P.

Mi: J.fVIiF. ,

Et icy noteras que c'est vn bon signe de guerison , lors que l'humeur est ietlé du dedans au dehors : et au contraire , quand il retourne de dehors au dedans, c'est mauuais présage, ainsi que l'expérience le monstre. Ce qu'aussi Hippocratcs aescrit».

Quand l'os est purulent , il a ient des pustules à la langue , pource qu'il tombe de la sanie par les trous du palais sur ladite langue : et quand elle y est arrestée, par son acrimonie fait esleuer lesdites pustules : et quand tel accident advient , peu de gens en reschappent.

C'est vn mauuais signe , quand le malade vient comme apoplectique après auoir esté frappé : car tel accident ne monstre seulement l'os eslre blessé , mais aussi le cerueau , lequel se peut pourrir et sphaceler : ce qui est prouué par Hippocrates^ , disant que quandl'os est ia purulent, il naist des pustules à la langue, et le malade meurt n'ayant les sens entiers : et aux vns suruient conuulsion ou spasme à la partie opposite du coup.

Aussi I on voit communémentpar expérience, qu'après tel spasme la mort adulent, et vn seul n'en reschappe :

ce que i'ay tousiours veu , ouurant la teste de ceux qui de tels accidens mouroient , où i'ay trouué portion de la substance du cerueau et des membranes pourrie et sphacelée ^.

1 Hipp. Ap. 25. liu. G. Enjsipclas ab inlerioribus, etc. — A. P.

2 Hipp. au liu. desplayes de leste. — A. P. Ainsi qu'on peut le remarquer, Hippocraie est fort souvent cité dans ce livre.

5 A partir de la seconde édition, on lit ici un paragraphe qui n'y a été mis et conservé que par une erreur manifeste. J'ai donc dû le supprimer en cet endroit et le renvoyer au chap. 33, De la cure des Platjes de poitrine, auquel il appartient évidemment.

DES PLA.YKS EN

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