CHAPITRE III
TROIS BANDIÎS NECESSAIUES AVX FRACTVRES ^
Etpour bien et duement tenir les os luxés et fracturés, il est nécessaire au Chirurgien s'aider selon Hippocrates, senten. 24. de la 2. sect. de L'Officine du Médecin , de deux espèces de bandes : les vues sont appellées de luy H7jpodesmides , c'est à dire, sous-handes , les autres, Epidesmi, c'est à dire, sus-handes. Les sous-bandes sontdeux, quelquesfois trois 2, dont la première commencera sur la fracture, y faisant trois ou quatre reuolutions : et qu'il ait esgard à la figure de la fracture , pource que selon icelle faut faire et diuersifler le bandage. Car il faut me-
faut auoir esgard de chasser plustost la grande abondance de sang vers le corps que vers les extrêmes parties : pource que les extremitez ne sont assez capaces ne conuenables pour receuoir jme si grande abondance de sang et d'humeurs, et mesmes ne sont assez puissantes pour les cuire et assimiler à leur substance : qui plus est, une inflammation et aposteme s'y pourroit engendrer auecques autres périlleux accidens. Mais quand on le repoulse vers le corps, lors il est régi et gouuerné par les facultez naturelles. »
Cette doctrine n'est autre que celle d'Hippocrate au livre des fractures 5 et elle peut entraîner de graves inconvénients, tels que la dissémination de la tumeur du cal provisoire, et des retards dans la consolidation de la fracture. Mais ce n'est pas ici le lieu d'ouvrir une discussion à cet égard.
iCe chapitre n'était point séparé du précédent dans l'édition de 1575.
^ L'édition de 1575 nefaisait nullcmention des distinctions établies par Hippocrate, et disait simplement :
« // est nécessaire au Chirurgien s'aider de trois bandes dont li: première, de.
En]1679 , Paré fléchissant sous l'autorité
28a LE novziï
ner la bande vers le costé contraire à celui vers lequel la luxalion ou fracture est inclinée, à fin que l'os cminent soit repoussé et tenu l'orme en son lieu naturel, auquel on l'aura restitué. Telle chose se fora bien en cestepianiere: àsauoir, quand la partie dextre est plus eniinente, la bande alors commencera à la niesme partie, et sera menée vers la seaestre : au contraire, si lasenestre est excedente, faut que la bande commence à icelle, et spit conduite vers la dextre. Partant il faut que le Chirurgien use de la main dextre et senestre, pour bien faire icelles ligatures K et conduira sa première e:i haut, c'est à dire, vers le corps, pour les raisons prédites.
Geste manière de comprimer sur les fractures ji'est seulement propre et particulière à icelles , mais aussi aux « luxations. Car quand il se fait luxation en une partie , et qu'elle est redui e, il faut comprimer et bander plus doucement le costé d'où l'os est parti, et serrer plus fort celuy auquel est tombé. Donc le bandage doit estre amené du lieu sur lequel l'os est tombé, et que celuy duquel il est tombé soit lasche et non pressé de la bande et cornpresse , à fin qu'on la pousse et face tendre et tirer vers la partie contraire, où s'est faite la luxation. Car si on bandoit autrement , le bandage cederoit au mal, pource que la partie a esté relaschée et desiointe de son Ijeu, naturel: et partant on pourroit
d'Hippocrate, corrigea son prqiTJiPr t^xle, adoptant les deux bandcscomme doctrine g<'néi alc ; mais il est à remarquer que sa jnatique ne changea point pour, cela , p.t nous le verrons au Liure des /raclures opposer au bandage d'Hippocrate sa pratique ordinaire. Voyez ci~apr6s page 323.
1 Le Chirunjien doit eslrc auibidcxtrc , s'il est i^Qsmbk. — A. P.
ME MVRE ,
estre cause de la repousser , ou reniioyer de rechef l'os hors de son lieu, où il aurait esté réduit. Mais tant s'en faut qu'il le faille bander vers la partie où §'est faite la luxalion , qi^'Uippocrates veut qu'on la ramené vn peu plus que son naturel.
Or pour poursuiure nos sous-bapdes 1, ayant fait la première , on en prendra vne seconde, laquelle commencera pareillement sur la fracture, et n'y fera qu'un tour ou deux : pavce qu'il ne faut tant enuoyer de sang vers les extrémités , comme aux parties supérieures ( ainsi que nous auons desja deraonstré)et sera conduite vers le bas ou extrémité de la partie, la serrant doucement, à fin aussi d'exprimer le sang de la partie blessée 2, et la ramènerons en haut : ce que si nous ne voulons faire, prendrons vne troisième sous-bande, qui commencera où la seconde aura fini , et sera conduite en haut; qui sert à réduire les muscles , qui ont esté detors et tournés de leur situation naturelle par les deux premières bandes 3.
1 L'édition de 1575, fidèle à §pn texte «intérieur, porte en cet endroit : nos trois bandages.
^ L'édition de 1675 arrête là les circonvolutions de la deuxième bande , et poursuit ainsi :
« La troisiesme bande commencera où la seconde aura Jiny , eC ^era conduite en haut tout à l'opposiie de la première cl seconde ; c'est à sçauoir, si elles ont esté cotiduilcs à dextre, on la conduira à senestre, ou au contraire, et finira là où la première aura fini, la serrant doucement ; et faut qu'il y ait grande espace cuire ses reuolulions. L'v<.age de cesie tierce ligature c'est de remettre les muscles en leur figure naturelle, de laquelle ils aupijent este peruertis et desiourtiez par les deux premières bandes. »
I/a nouvelle rédaction date de 1570.
5 Ces détails sur l'arrangement de la ser
DES BANDAGlîS.
Or il faut sen qr les bandes modei émmti iiiesuijins la médiocrité par nostre ingeraent, et le sentiment du malade , qui dit estre çtssez sevré , et que s'il l'estoit plus , il ne se pourroit endurer : considerans aussi la tumeur ou enfleure qui doit estre sans inflammatiou , et l'habitude du torps. Car les corps mpls ne peuqept tant endurer estre sevrés et pressés que les durs. Or pour auoir trop lié et bandé vne fracture ovi luxation , on iette et expelle les humeurs aux extrémités , dont SQugentesfois suruiennent de grandes tumeurs œdémateuses. Et ppur y remédier, il faut deslier le lieu fracturé ou luxé : puis on commencera à bander et comprimer les parties enflées, et conduire la bande vers les pavties supérieures , à fin de deschavger la partie enflée : et où on ne deslieroit la partie fracturée ou luxée, l'humeur ne pourroit estre renuoyé és parties supérieures'.
Ceste méthode est laisser la propre cure pour subuenir aux accidens ; ce que le Chirurgien ralionel fera tousipurs , quand il connoistra estre nécessaire. Et ppnr ceste cause Hippocrates commande qu'on deslie la ligature de trois ipurs en trois ioqrs, et à chacune fpis qu'on fomente la partie d'eau chaude , à fin que les humeurs
conde et de la troisième bandes se retrouvent au Liure des fractures de l'édition de 1564 , chapitre déjà cité ; comme ce sont toujours les mêmes idées, et qu'elles n'appartiennent pas même à notre auteur, je ne reproduirai pas le texte de cette édition, qui présente d'ailleurs fort peu de différence avec la rédaction définitive.
» A. Paré ne parle ici que de l'œdème qui survient par l'effet d'un bandage trop serré ; mais dans l'édition de 1564, chapitre 7, folio 45, il mentionnait spécialement celui qui est produit par la fracture même.
Mais si d'amnture il sundent tumeur à la
contenys en la fracture, Ipsqiiols y sont flués par le moyen de la douleur, soient resouls et euacués , pour prohiber vu prurit , et autres accidents.
Et après qu'ils seront passés , on déliera la ligatuve plus à tard , et la fera-on plus lasche , à fin que le sang et la matière qui doit faire le çallus ne soient empeschés, mais qu'ils y fluent plus librement.