VSAGE DES COMPRESSES
LVsage des compresses est double, à sçauoir, pour emplir les parties caues, et celles qui ne sont si grosses vers leurs extrémités comme vers le milieu 2. Exemples des parties caues qu'il faut remplir : comme sous les
• Ces derniers m6ts,pendant qu'on la coupe, se lisent pour la première fois dans l'édition de 1686.
2 Hippocratès, sent. 2. de la 3. sect. de l'Onicine, et sea.S2. delà 1. sect. des Fractures. — A. i*.
DliS BAINDACES.
aisselles, sous les iitirots, aux dauiciilcs, et aux aines. Quant à celles qui ne sont si grosses vers leurs extrémités comme vers le milieu, ce sont les bras près le carpe, et iesiambes près le pied, et la cuisse au dessus du genoùil : ausquels lieux il faut mettre des compresses et bandes tout autour, tant que l'on verra la partie estre égale.
Le second vsage est d'entretenir les premières deux bandes appliquées sur la partie fracturée : et différant en ce qu'au premier vsage on les met de trauers , et au second de long*. On peut aussi vser de compresses quand on veut eslendre vn membre luxé pour le réduire , de peur que les liens ne compriment et facent douleur. Pour ce faut garnir de compresses la partie qui doit estre estendue, à fin que les liens ne compriment pas trop, et par ce moyen on engardera qu'ils ne blessent tant qu'il est possible. Les compresses doiuent estre espaisses de trois ou quatre doubles , plus ou moins, et longues et larges plus ou moins, selon qu'on verra estre besoin ^ : et doiuent estre trempées en oxycrat, ou en vin, ou en huile , ou cerat , s'il y auoit douleur , à fin qu'elles soient plus mollettes et qu'elles tiennent plus ferme.
1 Cette première phrase manquait dans l'édition de 1575; immédiatement après le paragraphe précédent on lisait : Aussi faut vser de compresses, etc. — La rédaction nouyellc est de 1679.
2 Le chapitré Unit ici dans les éditions de 1575 et 1579. Le reste a été ajouté en 1685.
CHAPIïKË YITT.
VSAGE DES FERVLIÎS, ASXELLES, TOUCHES El gVESSES.
Après auoir parlé des bandes et compresses, à présent nous faut traiter des férules et astelles , et autres choses qui seruent à tenir les os en leur place, comme sont sachets, coussins , oreillers , torches de paille et quesses
1 L'édition de 1545 se borne à énumérer les bandes el compresses, esclacs, astelles faites dè boys , ■plomb , fer blanc, cuir corroyé, gros papier de chartes, ou escorce d'arbi-es, folio 37. Celle de 1552 répète les mêmés termes ; seulernent le ttiot esclacs est orthographié esclaiz; ce sont sans douté des attelles faites en fendant des planches de certains bois , comme dans les campagnes on en improvise encore en fendant des fonds de boîtes de sapin.
L'édition de iS64 hë dit également qu'un mot des astelles et férules qui peuuent aire faites de boys, de plomb, de fer blanc, de gros papier de quarte , ou d'escôrce d'arbres / folio 42, verso.
Nous verrons au chapitre des fractures de l'avant-bras , que le plomb avait été employé pour fabriquer des gouttières destinées à soutenir le membre, et qu'il avait été ensuite abandonné pour le fer-blanc. Je me suis assuré toutefois qu'avec des lames de plomb d'une demi -ligne d'épaisseur, on peut parfaitement modeler siir lé membre des gouttières à la fois très solides et très malléables , préférables peut-être à celles de fet-blatlc, mais sans aucun doute auxap" pareils en fil de fer de M. Mayor.
Quant aux quesses , ce mot est ici l'équivalent de caisses avec une mauvaise orthographe. Les cassoles sont de petites caisses. La caisse se rend en latin par capsa , mot que l'on retrouve dans Guy de Chauliac ; la cassole par capsula, et la traduction latine d'A. Paréjs'est servie de ce dernier mol pour désigner et les unes et les autres.
LE DOVZIKME LIVRE,
Les férules, ou astellcs, sont faites de papiers collés ensemble, ou de bois mince ou délié , ou de cuir, de quoy on fait des semelles aux souliers : ou d'escorce d'arbre , ou lames de fer blanc , ou de plomb, ou d'autre matière semblable, qu'on pourra commodément recouurer : bref, comme dit Auicenne , de matière qui en sa dureté soit douce, et sepuisse ployer*.
Vray est, que ie conseille qu'on prenne vue matière la plus légère qu'il sera possible de trouuer, de peur que par sa pesanteur elle ne blesse la partie^, comme d'escorce de ferule, qui est fort propre, ou papier collé, enueloppé de laine ou de coton ou de linge mollet , de peur qu'on ne fasse douleur. Pareillement faut qu'elles soient de longueur et largeur et en nombre tel qu'il sera nécessaire :
aussi qu'elles soient courbées ou droites, selon que la partie le requerra : et qu'elles ne portent sur les eminences des os, comme sur les chenilles des pieds, aux genoiiils, aux couldes , et autres parties eminentes, de peur qu'elles ne les blessent : et qu'elles soient plus minces vers leurs extrémités , et plus espaisses vers la fracture. Leur vsage est de tenir fermes les os fracturés ou luxés, à fln qu'ils ne vacillent d'vn costé ny d'autre. Et pour ce faire , ne faut qu'il y ait beaucoup de compresses et de reuolutions de bandes, parce qu'elles seroient tenues trop laschement sous le nombre des reuolutions ou espaisséur des compresses.
Les torches ou fenons, sont faites de
1 Cette citation d'Avicenne n'appartient pas à la rédaction primitive de ce livre ; elle n'a été ajoutée qu'en 1579.
a Le reste de la phrase manque dans les éditions de 1575 et 1579 , et a été ajouté en
basions de grosseur d'vn doigt, lesquels on enueloppe de paille, puis d'vn demy linceul : et sont appropriés principalement aux iambes et cuisses rompues >.
' C'est ici la première fois qu'apparaît en chirurgie le mot de fanons, dont j'ignore absolument la valeur étymologique cU'origine. En lô'lS, A. Paré ne le connaissait pas ou du moins ne l'employait pas encore; il parle seulement à l'occasion des fractures de jambe des torches de paille, au milieu desquelles, pour plus fermement tenir, l'on mettra vue verge de boys , les reuoluant d'un drap : fol. 37 , verso.— L'édition de 1652 n'en dit pas davantage ; celle de 1564 dit, toujours pour les fractures de jambe :
Apres les aslelles seront appliquées les torches de paille , dans lesquelles faudra mettre des bastotis asses menus et forts pour tenir la paille ferme et roide. Aussi faudra enrouler lesdittes torches dans vn drap de linge , et les mettre à dextre et àsenestre du membre rompu, pour le tenir en figure droitte, fol. 52.
En sorte que c'est seulement en 1575 que nous rencontrons le mot fenons, transformé depuis en celui de fanons. L'édition latine donne pour équivalents les mots de toruli seu cesticelli, que j'ai vainement cherchés dans les lexiques de Blancard et de Castelli. Quoi qu'il en soit, A. Paré ne donne pas ce nom comme une chose nouvelle; il semble n'avoir fait que le transporter du langage usuel des chirurgiens de son temps dans la langue écrite , comme il avait fait déjà pour le mot historié. Recherchons maintenant leur origine et leur histoire, et voyons par combien de modifications ont passé les fanons, jadis si fort en usage, et si négligés aujourd'hui.
Le premier auteur qui en parle est Guy de Chauliac. A l'occasion des fractures de cuisse, après avoir exposé les divers appareils d'Albucasis et des chirurgiens italiens, il ajoute : Alii, ut magister Petrus, cum sustenamentis factis de paleis longis secunditm longitudinem pedis involutis cum linteamine et sutura : dcsuper ligant cum tribus aut quatuor vitiis. Joubert a traduit littéralement : Les autres, comme maistrc Pierre, taicc deux sous-
DES B/VNDAGES, 2^9
Les ?MW,<es sont faites de fer blanc quand le malade se fait leuor d'vn ou de bois. Leur vsage est de tenir lit pour se faire porter en vn autre, les os en bonne figure, et mesmement ou quand il va à ses affaires : et pour
tenemcnls faicls de pailles longues selon la longueur du pied, enveloppées d'vn linceul et cousues: lient par-dessus auec Irais ou quatre itjssits. Ce serait donc ce inaîUe Pierre qui en serait l'inventeur; du reste, comme on voit, ils n'avaient point encore de dénomination spéciale , et Guy de Cliauliac, qui les employait quelquefois, les appelle un peu plus loin les susdits appuyements de paille , cum Islis appodiamentis de paleis.
Pierre d'Argelala analyse très sèciiement le chapitre de Guy, et en conséquence répète quelques mots de ces soutiens de paille; après quoi il n'en est plus question jusqu'à Paré, qui les décrit avec cette modification inconnue à Guy et qui consiste à placer un I)ctit bâton au centre.
Il est remarquable que ni Fabrice d'Aquapendente, ni Fabrice de Iiilden,ni Scullet, ni Wiseman, ne font aucune mention des fanons ; en sorte que jusqu'au .wiii" siècle ils semblent être demeurés uniquement dans la pratique des chirurgiens de France. Je les retrouve dans Fournier, L'Économie chirurgicale pour le r' habillement des os du corps humain, 1671, p. 208, déjà sous le nom moderne de fanons, et oEFrant deux variétés, selon qu'ils sont faicls auec deux basions eniieloppez de paille ou de linge. Tous les chirurgiens de Paris ne les avaient pas même adoptés ; car Lavauguyon et Verduc les passent absolument sous silence. Enfin Arnaud se déclara en leur faveur dans des cours publics fort célèbres , et dont Leclerc nous a conservé quelques idées ; J.-L. Petit les prit ensuite sous son puissant patronage, et leur usage ou du moins leur nom se répandit dans presque toute l'Europe. Arnaud les fabriquait avec un petit drap en double qu'on roule par les bouts, dans lesquels on renferme de la paille et un petit bâton au milieu pour les soutenir. Ce n'est pas autre chose que la description donnée par A. Paré. Mais pour supporter le talon, Arnaud avait imaginé ce qu'il apiiellaitde/V»(.ï: fanons, faits sans bâton et sans paiZ/eavec une bande d'environ quatre doigts de large roulée à deux globes;
chaque cheville de la jambe portant sur chaque rouleau , et le talon appuyé sur la bande simple entre les deux rouleaux.
J.-L, Petit les décrivit d'une autre manière. Il rapporte l'histoire d'une fracture de cuisse pour laquelle il employa les fanons, qui ne sont autre chose que deux rouleaux de paille entourés de linge et qui s'appliquent de chaque côté le long de la partie. l]s avaient environ deux pouces de diamètre; la toile qui les enveloppait faisait assez de circonvolutions autour pour que l'inégalité de la paille en filt effacée et qu'ils ne blessassent point les endroits sur lesquels ils pourraient appuyer. Comme on le voit. Petit employait les fanons primitifs de maître Pierre , à part le drap qui les réunissait , comme il va être dit : il y joignit ce qu'il appelle à son tour de faux fanons; c'étaient des fanons beaucoup plus mollets, plus garnis de linge, mais qui, non enveloppés d'un même drap, formaient deux cylindres séparés. Ils avaient chacun quatre lacs qui venaient se lier pardessus le membre pour empêcher ces faux fanons de s'écarter. Ils devaient servir, étant placés sous les vrais fanons , à tenir le membre tout entier suspendu sur la toile de ceuxci comme sur un branle, et sans touch'er pour ainsi dire au matelas. Petit avait aussi modifié les vrais fanons en ce sens, d'abord qu'ils n'étaient point roulés dans un même morceau de linge, comme c'était la coutume avant lui; mais dans deux linges séparés , dont l'un les unissait depuis la partie qui est au-dessus des condyles du fémur jusqu'en bas, et l'autre depuis quatre doigts au-dessus de la fracture jusqu'en haut; ainsi il n'y avait point de toile entre eux dans presque toute la partie (postérieure de la cuisse, ce qui, pour une fracture compliquée, facilitait beaucoup les pansements; de plus il les mit dans une situation telle qu'ils étaient un peu en dessous de la grande épaisseur ou du diamètre transversal de la partie, en sorte que le membre était appuyé dessus et non enfermé dedans.
Duverney emploie aussi les fanons ; mais
^gO ■ LE DOVZIEME LFVRE,
le dire en vn mol, quand il faut ap- ne se puissent mouuoir à dextre ou à puyer et situer les parties fracturées seneslre, en haut ni en bas, soit en etluxées fermement, de façon qu'elles veillant ou en dormant : aussi qu'elles
ce ne sont plus ceux que nous connaissons. Il les veut plats d'abord, pour qu'ils soient plus fermes et ne blessent pas les parties ; pour cela il prend une espèce de tringle faite de bois de hêtre ou de sapin , large de 1 pouce 1/2, épaisse de 4 à 6 lignes, sur laquelle on roule un bout d'un drap mis en double, que l'on assujettit par quelques points d'aiguille. Ses fanons revenaient à peu près à nos grandes attelles d'aujourd'hui. 11 plaçait en outre sous la jambe, pour lui donner le môme volume qu'à la cuisse, un drap roulé en faux fanons ; ceux-ci étaient placés conséquemment en dedans des vrais fanons.
tteister ne connaît que les fanons de paille , enveloppés à la manière ordinaire , dans un drap unique; il leur conserve leur nom français , et , chose remarquable , il ajoute que les plus habiles chirurgiens de son temps leur donnaient la préférence, comme à ce qu'il y a de plus propre à contenir les pièces fracturées.
Nous avons vu jusqu'ici les fanons, d'abord en paille, se munir d'une tige centrale plus solide, et enfin sous les mains de Duverney, se changer en véritables attelles inflexibles ; Bertrand! leur fit subir une autre métamorphose. 11 décrit sous le nom de fanon , il fanone , un drap plié en plusieurs doubles avec une toile cirée entre les doubles, et roulé par les bords de manière à former un demi canal. Le corps du fanon est le fond de ce demi canal , les rouleaux sont ses parties latérales.
B. Bell a plus encore écarté ce mot de sa signification primitive. Fanon et attelle sont pour lui synonymes. Attelles de carton, attelles de boisniince collé sur du cuir, taillées d'ailleurs dans les formes les plus compliquées, tout cela est fanon ; des deux attelles de Sharp pour la fracture de la jambe, celle de dessous qui embrasse le genou et le pied, est appelée par Bell vrai fanon ; celle de dessus moins étendue , faux fanon-, c'esl une confusion des plus étranges.
Un article de l'Encyclopédie méthodique,
em()runlé du reste à l'ancienne Encyclopédie, décrit les fanons, en latin fenilœ stramineœ, comme étant généralement employés à cette époque, et donne quelques détails nouveaux sur leur fabrication. Le bâton central était de la grosseur du doigt, et la paille était assujettie à l'entour avec une ficelle. On se servait aussi des faux fanons de J.-L. Petit. Enfin, au lieu de garnir de compresses les intervalles entre les fanons et le membre, dans quelques hôpitaux on se servait de sachets remplis de balles d'avoine; innovation qui, comme on le voit, ne remonte pas bien haut, et dont l'auteur est resté inconnu.
Desault rejeta les fanons du traitement des fractures, et leur substitua les grandes attelles qu'il croyait avoir imaginées et qui remontent à Duverney et même à Avicenne; il généralisa l'interposition des coussins de balles d'avoine entre l'attelle et le membre. Je remarque que l'expression de drap fanon pour indiquer le drap dans lequel on roule les attelles ne remonte qu'à Desault; je ne l'ai pas trouvée indiquée avant lui.
Monteggia a conservé le nom de fanons ou roioli en italien; mais il désigne ainsi en réalité de larges attelles, et se range donc à la suite de Desault et de Duverney.
Boyer indique, pour les fanons , la même structure que A. Paré, pour les faux fanons, le procédé d'Arnaud. M. Sanson a copié au contraire Richter, qui décrit les fanons tels que je les ai vus encore employés en Pologne ; un rouleau de paille avec une baguette d'osier au centre; et M. A. Bérard a copié M. Sanson. Enfin parmi nous M. Larrey, le dernier défenseur des fanons en France, en est revenu à leur fabrication primitive, c'està-dire à des cylindres de paille serrés fortement avec des ficelles, et du diamètre d'un pouce et demi environ.
J'ai poursuivi jusqu'à nos jours cette histoire des fanons, parce que je ne l'ai trouvée faite nulle part, et qu'on peut les considérer comme des instruments de la chirurgie du I moyen Age , qui n'appartiennent presque ' plus qu'à l'histoire, et qui du moins ont déjà