‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 165 sur 482 · DE LA FRACTVP.E DES COSTES · texte numérisé non relu

DE LA FRACTVP.E DES COSTES

Les costes vrayes sont osseuses , et reçoiuent fracture en toute partie :

mais les costes faulses ne se peuuent fracturer que près l'espine du dos, auquel endroit sont osseuses : car en la partie antérieure elles sont cartilagineuses, et partant en cest endroit se peuuent plier, et non fracturer- Or elles se peuuent toutes rompre en dedans et en dehors. Aussi elles ne sont quelquesfois du tout rompues, mais seulement esclattées et fendues :

et quelquesfois par dedans, et non par dehors : et la scissure ou fente pénètre aucunesfois iusques au milieu de leur substance , qui est rare et spongieuse 2 : et quelquesfois aussi sont du tout rompues et esclattées , dont les esclats pressent et picquent la mem-

1 Cette histoire manque dans l'édition de 1575, et a été ajoutée en 1579; mais la date de 1663 est fausse , le roi de Navarre étant mort en 15(il. Probablement il faut lire

2 Cette indication des fractures incomplètes ou scissures des côtes est empruntée àCelse, traduit par Dalechamps dans ses Annotations à Paul d'Eginc. — A. Paré a omis de parler de renfoncement sans frac-

brane pleurelique, qui les couure par dedans. Adonc le danger est grand : mais lors qu'il n'y a que simple fracture , sans que ladite membrane soit rompue, ou grandement pressée, ou autre complication de disposition, le mal est petit , et pour-ce Hippocrates conseille qu'ils mangent assez libéralement, parce que le ventre modérément plein redresse lacoste", ce qui est vray. Ceux qui ont fracture aux faulses costes , se trouuent plus mal auant manger qu'après, à raison qu'auant le past ils sentent les costes suspendues , sans qu'elles soient aucunement soustenues par les alimens contenus en l'estomach. Pareillement la fracture qui est au dehors est trop plus aisée à guarir que celle du dedans, à cause qu'elle picque la pleure, excite inflammation , et souuent empyeme Car celle de dehors se réduit facilement, à cause qu'on la peut toucher , mais celle de dedans ne se peut toucher. Celle qui est faite au dehors se peut guarir en yingt jours , s'il n'y suruient quelque mauuais accident.

Les signes des costes rompues ne sont pas difficiles à estreconneus.Car touchant des doigts à l'endroit de la douleur, on trouue la fracture en sentant vue inégalité et crépitation, principalement si elles sont du tout rompues. Et si la coste rompue est tournée vers le dedans , le malade sent .vne

turc, admis depuis Gariopontus par presque tous les arabistes (voyez mon Mémoire sur la fracture des côles; Arch. gén. de médecine, 1838), et qui paraît en réalité répondre à une fracture incomplète dans le sens vertical avec pliure du reste de la côte.

- Ces mois : « cause qu'elle picque la pléurc, etc. , ont été ajoutés en 1579, ainsi que la citation d'Ilippocrate placée quelques lignes plus haut.

DES FRACTVRïïS DES OS.

véhémente douleur puncliue , et encore plus violente et lascheuse qu'en la pleurésie , parce que la membrane qui couure les costes est picquée et pressée par les esclats de la fracture. Au moyen dequoy le malade a vne très grande difficulté de respirer , tousse, et souuent crache du sang:

parce que les poulmons le succent et attirent, qui, à cause de la dilaceration, est hors de ses vaisseaux, et d'iceux entre en la trachée artère, et de là est jetté par la bouche.

On peut bien redresser auec les doigts les fractures des costes faites au dehors : mais si elles sont tournées au dedans, il est impossible, parce qu'on ne peut faire ce qu'il appartient , qui est tirer et contre-tirer , et presser sur les eminences de la fracture. Aucuns pour retirer l'os fracturé en dehors , commandent appliquer vne ventouse, mais ils font mal :

car par la contraction et compression des parties circonjacentes, ou voisines , faite par la ventouse , feroient attraction des humeurs, et augmentation de douleur à la partie malade :

et partant ne la faut nullement appliquer , ce qu'aussi Hippocrate défend Mais pour la réduire , on fera coucher le malade sur le costé sain. Puis on mettra sur la fracture vne emplastre couuerte sur de la toile neuue et forte, faite de térébenthine, résine , et poix noire , farine de fourment, mastic, aloës : et l'ayant laissée quelque espace de temps, sera eseuée et tirée de force contre-mont, et par ce moyen la coste sera tirée en haut : et fera-on cela non seulement vne fois , mais par plusieurs, tant que

' Hippocrates au Lhire des art. scct. 3. sent. 51. — Paul, liure C. chap. 96.— Auic. en son 4. — A. P.

le malade se sente allégé , et auoir son haleine pluslibrc. Pour quoy faire plus aisément, le malade peut grandement aider au Chirurgien, en toussant, et retenant son haleine, lors qu'on tirera l'emplastre.

Mais aussi si nous sommes contraints par vne grande nécessité, à cause que la membrane qui couure les costes , et les nerfs qui accompagnent les veines et artères qui sont sous chacune coste, sont grandement pressés et picqués , en sorte que le malade sent vne extresme douleur , et ne peut qu'auec bien grande peine respirer, et aussi qu'il crache du sang et tousse , et est febricitant : alors pour obuier à la mort , il faut faire incision, et descouurir vne portion de la coste fracturée : puis auec vn crochet esleuer les esclats de l'os qui picquent, et les faire sortir dehors en les coupant, ou autrement. Et si la playe est grande , il la faut coudre , et la traitter comme il appartient.

Et sera ordonné régime au malade, et la saignée et purgation , ainsi que verra le docte Médecin estre besoin :

car comme escrit Hippocrates , en la simple fracture, il n'est grand besoin de tel régime, parce qu'il n'y a fiéure ny aucun malin accident : mais en la composée , qui est auec conuulsion ou playe des muscles, il est de nécessité pour la fiéure et empyeme *. Et sur la partie sera appliqué vn cerat, et autres remèdes , selon les accidens qui suruiendront. Les bandages qu'on fait à ceste partie, ne peuuent seruir qu'à tenir les remèdes. Et quant à la situation du malade, il se doit mettre " en telle assiette qu'il pourra endurer et se trouuer mieux.

1 Cette citation d'Hippocrale est encore une addition faite en 1579.

LE TREIZIEME LIVRE

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