‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 166 sur 482 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

ACCIDENS QVI SVRVIENNENT DES COSTES nOMPVES K

Il nous reste à présent traiter en bref des accidens qui aduiennenl à cause de la contusion faite sur les costes : c'est que la chair contuse dénient boursouflée, pituiteuse, muqueuse et glutineuse, k raison que la partie ne peut cuire et digérer l'aliment qui luy est enuoyé : partant il demeitre à demy cuit, à cause de l'imbecillilé de la partie , et de la trop grande multitude de l'humeur qui influe ' : d'où vient que de telle crudité et humeur indigeste s'esleuent plusieurs flatuosités, pour-ce que la vertu concoctrice est débile, à raison de l'imbécillité et intempérie de la partie (Hippocrates 3. des Articles), dont on trouue la chair en cest endroit tuméfiée, comme si on l'auoit soufflée :

et lorsqu'on comprime dessus auec la main , on sent l'air qui se despart ,

1 Ce chapitre était réuni au précédent dans l'édition de 1575 ; l'auteur l'en a séparé en 1579, et ajuste litre, attendu que le premier n'est qu'une pâle compilation, tandis que celui-ci présente un fajt nouveau et fort important pour l'histoire des fractures des côtes: l'emphysème, que Paré a malheureusement confondu avec l'altération du périoste et de la côte elle-même.

Du reste, ce chapitre est presque entièrement copié du chapitre 6 du Liure des contiisiom qui avait paru en 1564. Voyez cidevant page 201.

3 L'édition de 1575 portait :

Et parunii se fait vn aliment demy cuit pourceque la verte concoclriue est débile dont ou, Irouiie la chair en cest endroit (ume/lée, etc. La rédaction actuelle date de 1579.

et le lieu qu'on a comprimé demeure cane , comme on voit aux fluxions œdémateuses. Et si on n'y donne ordre, il s'y fait inflammation , tiéure , aposteme , dif ficulté de respirer : et quelquesfois les costes se pourrissent à cause que la chair est esleuée de contre l'os : lequel demeurant nud sans sa couuerture naturelle, il s'introduit, et est frappé d'vn air qui quelquesfois est cause d'altérer l'os et le pourrir. El lors que cela se fait, les malades iettent la bouë par la bouche, puis deuiennent tabides, dont la mort s'ensuit.

Or pour obuier à tels accidens, faut promptement f;*re la réduction, comme nous auons dit. Et pour résoudre ceste tumeur muqueuse, faut appliquer remèdes propres, bander et comprimer auec compresses, à fin que la chair touche à l'os, et qu'il ne demeure nud. Et quant à la manière de la compression , on appliquera le bandage assez serré , toutesfois non tant que les costes ne se puissent mouuoir , et que la respiration soit empeschée. Puis on vsera des remèdes résolutifs et calefactifs pour dissiper l'humeur. Et faudra diuersifier les remèdes selon que les accidens se présenteront.

S'il suruient aposteme, elle sera ouuerte sans trop tarder , de peur que l'os ne se pourrisse : et après l'ouuerture faite, on euacuera la matière, et pour ce faire on mettra vne tente cannulée dans l'vlcere, si bien attachée qu'elle ne puisse tomber en la capacité du Thorax i. Et seront faites toutes autres choses nécessaires et requises à telles dispositions.

1 Voyez pour les tentes cannulées le chapitre 33 du livres, Cure des plaijes du thorax, ci-devant page 101.

DKS FRACTV

CflAPITRE XIII.

DE LA FRACTVRE DES VEUTEDRES OV ROVELLES DE L'ESPINE , ET DE SES APOPHYSES OV SAILLIES.

La rondeur , ou circonférence des vertèbres , est quelquesfois rompue , conluse, et enfoncée au dedans, qui fait que les membranes qui couurent la mouëlle spinale, ou elle-mesme estant ainsi pressée , causent plusieurs raauuais accidens, et peut-on presagir estre incurable , selon qu'ils seront grands : à sçauoir , quand on voit que les bras et les mains du malade sont stupides et paralytiques, sans les pouuoir remuer : et aussi qu'en les piquant ou serrant , le malade ne sent rien : semblablement quand les accidens susdits se trouuent aux iambes et aux pieds : et que le malade laisse sortir ses excremens sans les sentir , et les pouuoir tenir , ou aussi qu'il ne peut vriner (car selon Hippocrates, sect.2.du Frorrhetique , de quelque cause que la moitié de l'espine soit blessée , ces accidens suruiennent : on peut alors presagir la mort prochaine.

Et après l'auoir prédit aux parens et amis, et aux assistans,il se faut enhardir , s'il est possible de faire incision pour oster les esquilles , ou esclats qui sont enfoncés , et compriment la mouëlle et les nerfs : et s'il n'est possible , faut appliquer reme-

1 Cette parenthèse est une addition de

2 Cette opération hardie a été puisée par A. Paré dans la Chirurgie françoisc de Dalechamps , chapitre 98 de la traduction de Paul d'Egine; cl malgré l'antiquité de celle

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des qui sedent la douleur et qui prohibent l'inflammation , et réduire les parties fracturées en leur lieu, les y faisant tenir par les moyens que dirons en la luxation de l'espine.

Que si seulement les apophyses des vertèbres sont rompues (qui se connoistra,par ce que les accidens susdits n'y suruiennent, et qu'en poussant du doigt dessus, on sent la pièce ou esclat de l'os se remuer , et changer de place : joint aussi qu'au lieu de la fracture on Irouue vue cauité et enfonceure, auec quelque bruit d'vne petite crépitation ou craquement:

d'abondant, si le malade veut plier l'eschine, il sent douleur, par-ce que la peau qui est à l'endroit de la fracture s'estend et presse les esclats de l'os, principalement s'ils sont pointus et espineux , piquant la chair : et s'il se dresse, il se trouue mieux, à cause que ladite peau est lasche, partant les esquilles de l'os piquent moins) alors on les pourra réduire, s'ils ne sont du tout séparés de leur périoste : mais aussi s'ils en sont entièrement séparés , adonc faut faire incision et les oster , puis traiter la playe comme il appartient.

Les fractures des apophyses des vertèbres se guarissent aisément , pourueu qu'elles ne soyent accompagnées d'autres dispositions, comme quelque grande contusion , ou autres : parce que tous os rares et spongieux en peu de temps se consolident, comme nous auons dit.

origine, je ne sache pas qu'elle ait été pratiquée ou du moins que la science en possède des observations avant noire époque. Il y a quelques années seulement qu'elle a été tentée par des chirurgiens anglais et américains.

3l6 LE TREfZiÉ

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