‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 176 sur 482 · DE LA FRACTVRE DE LA IAMBE · texte numérisé non relu

DE LA FRACTVRE DE LA IAMBE

On r'habille ceste fracture comme l'os du petit bras , quand les deux os sont rompus ensemble.

Hippocrales proguostique que la

«Ce pronostic avait déjà été porté par Paul d'Egine ; seulement A. Paré accuse la roideur de l'article, tandis que Paul accuse son peu de solidité. Au reste, les deux théolicR fiont également fondées en réalité.

* fJure des fractures , sect. 2. sent. G5. — A. P.

2 L'édition de 1564 dit quelque chose de cette fracture au chapitre 9 , folio 4C. J'y trouve spécialement la remarque suivante qui est fortjuste, et qui a été supprimée plus tard, sans doute par oubli.

Si le pelil facile de la iambe nommé sura , est seuletiieiil rompu , le patient pourra cncor cheminer : mais si c'est le gros nommé tibia, encor que le petit soit entier, il demeurera impotent iusques il ce que le callus soit fait , pource que ledit os soustient le corps, et nonpas le petit qui est fait seulement pour seruir d'appuij aux muscles, auec ce qu'il n'a mouuement comme le gros.

ms ritACTv

do deliinl Nestor, Docteur Regent en la faculté de Médecine, et de llichard Hubert, Chirurgien ordinaire du Roy ( duquel le renom est assez conneu) estant mandé, et moy auec luy, pour visiter quelque malade au village des Bons-Hommes, près Paris' .Or voulant

I La date exacte de cet accident était demeurée inconnue; je l'ai retrouvée dans la petite édition de 1564, où toute cette histoire est déjà racontée , Liure des fractures , chapitre 11. Voici le commencement de ce chapitre.

Ayant par cy-deuant amplement déduit les simples fractures des os, suiuatnment il conuient déclarer la manière par laquelle se doit traitter vue fracture composée , c' est-a-dire auec playe : pour laquelle monstrer plus euidemment , nous prendrons pour exemple vne iambe de laquelle les deux faciles seront entièrement rompuz auecques playe : ce qui m'adiiint le quatriesrne iour du moys de Mai 1561, comme monsieur lYestor, Docteur regent en la Faculté de médecine , Richard Hubert , et Antoine Portail , maistres Barbiers Chirurgiens à Paris, desquels le renom est assez cogneu , pourront amplement tesmoigner, estants mandez et moy auec eux pour visiter quelques malades au village des Bons-Hommes, près Paris, le malheur m'aduint en la manière qui s'ensuit. Voulant passer i eau, etc.

Ce passage est extrêmement précieux pour l'histoire de la chirurgie française au xvi' siècle. Ainsi donc ce n'étaient pas seulementEtienneLarivière et Paré qui avaient franchi les limites opposées aux barbiers par l'orgueilleux collège de Saint-Côme, ils n'avaient fait qu'ouvrir la voie; et Antoine Portail et Richard Hubert, tous deux plus tard Chirurgiens du roi, avaient commencé , par être barbiers !

II est à remarquer que le nom d'Antoine Portail a disparu de cet endroit dès 1575. On a vu dans mon Introduction que Paré avait eu avec lui une discussion dont nous ignorons et le sujet et l'issue , mais qui laissa entre eux imc hostilité que nous a révélée le pamphlet de Gompérat. On conçoit dés lors que Paré ait voulu effacer de ses œuvres le nom «le son ennemi.

RES DES OS. SîîÇil

passer l'eau, et lascher à faire entrer mon clieual • en vn bateaxi : ie luy donnay d'vne lioussine sur la croupe, dont la beste stimulée me rua vn tel coup de pied, qu'elle me brisa entièrement les deux os de la iambe senestre, à quatre doigts au dessus de la ioinlure du pied. Ayant reçu le coup , et craignant que le chenal ne nié ruast de rechef, ie demai-chay vn pas : mais soudain tombant en terre , les os ja fracturés sortirent hors, et rompirent la chair, la chausse, et la botte, dont ie sentis telle douleur qu'il est possible à l'homme d'endurer 2.

Mes os ainsi rompus, et le pied contre-mont, ie craignois grandement qu'il me fallust couper la iambe pource iettant ma veuë et mon esprit au ciel, i'inuoquay mon Dieu ^, et luy priay qu'il luy pleust par sa bénigne grâce me vouloir assister en mon extrême nécessité. Soudain fus porté dans le bateau pour passer de l'autre part pour me faire penser : maïs le branlement d'icelui me cuida faire mourir, pource que l'extrémité des os rompus irayoit contre la chair , et ceux qui me portoient n'y pouuoient donner ordre.

Estant hors, fus porté en vne maison du village, auec plus grande douleur que ie n'auois enduré au bateau:

car vn me tenoit le corps , l'autre la iambe, l'autre le pied : et en cheminant l'vn haussoit à seneslre, l'autre

' L'édition de 1564 dit : ma haquenee.

2 L'édition de 1564 dit: qu'il n'est possible à homme au moins selon mon ingénient en endurer plus grande sans mort. Celle de 1575 porte : horsrnis selon mon iuijemenl la mort.

"L'édition de 1564 ajoute : poio- me 4a((«e>* la vie.

* L'édition de I5C4 : le nom de Dieu.

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balgsolt à dexfre. Enfin loutesfois ôïi roeposa sur vn lit pour reprendre vn peu mon baleine : où pendant que mon appai eil se faisoit, ie me feis essuyer tout le corps, pource que î'estois en sueur vniuerselle : et si on m'eiist iettf^ en l'eau , ie n'eusse esté plus mouillé. Ce fait , on me pensa auec vn médicament tel que nous peusmes pratiquer audit lieu , lequel nous composasmes de blanc d'œuf, de farine de froment, de suye de four, auec du beurre frais fondu ^ Sur tout ie priay maislre llichard Hubert, ne m'espargner non plus que si i'eusse esté le plus estrange du monde en son endroit : et qu'en réduisant la fracture , il mist en oubli l'amitié qii'il me portoit. D'anantage l'admonestay (ores qu'il sceust bien son art) de tirer fort le pied en flgure droite, et que si la playe n'esloit suffisante, qu'il l'accreust auec vn rasoir, pour remettre plus aisément les os en leur position naturelle : et qu'il reoherchast diligemmentla playe auec les doigts, plus tost qu'Quec autre instrument (car le sentiment du tact est plus certain que nul autre instrument) pour ester les fragmens et pièces des os, qui pouuoientestredu toutseparées : mesmes qu'il exprimast et feist sortir le sang qui estoit en grande abondance aux enuil'ons de la playe : et qu'il me bandâst et situast la iambe ainsi qu'il sçauoit , et ce faisant qu'il eust trois bandes , comme nous auons dit cy dessus, et qu'il commençast à bander ladite playe : puis fussent mises des astelles, les vnes de largeur de trois

' L'édilion de 1504 portail ici en noie marginale : Remède ûisé à foire pour vue fracture fétem ûït dcjfaut WauïrL En 157ô Paré changea celle noie pour celle-ci : Bou mediCàmenl de village promptemoit ap))urcillé.

lE LIVRE ,

doigts, les autres de deux, et longues de demy pied el cambrées,pour mieux se coucher autour de la iambe : lesquelles aussi estoient moins larges par les bouts , et loing l'vne de l'autre d'vn doigt Puis furent liées auec

• A. Paré avait consacré ua arlicle spécial de son ouvrage sur les Playes d'iwcquebutes, publié en 1546 el 1552, aux fractures compliquées de plaie. Comme ce qu'il en a dit n'a point clé reproduit dans l'édition de 1504 ni dans les OEuvres complètes , je prendrai soin de rallacher ses doctrines primitives aux doctrines postérieures en chaque occasion. On vient de lire, par exemple, la conduite qu'il prescrivait pour lui-même à Piichard Hubert; on peut la comparer avec ce qu'il recommandait en 1545, folio 37.

B Le commencement de la cure doibl cslre comme i'ay dit : oslant premièrement sans violence les esquilles lolalemenl séparées des deux parties n aclurées:{cars'ellesadheroienl auec vne d'icelles, n'auroient besoing d'estrc oslées , et se pourroient agglutiner par la vertu nutriliue de l'os). Puis fault esgualer et réduire l'os en sa situation , le tenant en bonne figure auec bandes et compresses, esclacs, astelles faites de boys, plomb, feiblanc , cuir corroyé^ gros papyer de chartes, ou cscorce d'arbres : et selon la diuersilé des fractures el membres, faut diuersificr les bandes , compresses , aslelles , el autres remèdes, lesquelz seront escriplz cy après. Et faullque icelles compresses el bandes soient baignées en oxycrat, ou gros vin, médiocrement austère, ou autres liqueurs semblables : el qu'elles soient souuenles foys humectées, principalement en esté, et de nuicl. Par ce moyen on roborera la partie et estera Ion la cause d'inflammation. »

L'édilion de 1664 donne le texte actuel ; mais elle ajoute quelques détails qui sans doule pourraient se retrouver dans les régies générales des fractures , mais qu'il est bon de voir appliqués i un cas de fracture avec plaie.

« Ce faisant qu'il comniencasl à bander ladille playe el y feist trois ou quatre tours dessus, la serrant asses niediocrQnicnl , à

BES FllACTVRES DUS OS.

petits rubans de filet , semblables à ceux dont les femmes entortillent et lient leurs cheveux : et tout ce, à fin qu'elles comprimassent mieux et fussent vn peu plus serrées à l'endroit de la fracture qu'en autre lieu.

Apres la iambe ainsi bandée, ie luy fois remplir la cauilé du iarret, et celle qui est entre le pommeau de la iambe et du talon, de compresses faites d'estoupes enueloppées de linges Puis

fin d'exprimer entièrement le sang contenu en la partie : puis qu'il conduisist le reste de la bande iusques près le genoil, à fin d'empescher que le sang et les humeurs ne dellluassent en la playe. Suiuammcnt qu'il eust vne seconde bande qui commenceroit encor sur la playe vn tour ou deux, qui puis après scroit conduitte en serrant vn peu d'auantnge iusques sur le pied pour y finir : ouire ce, qu'il en prit vne tierce, et cominençast son bandage sur le pied , la conduisant au contraire de la première, de sorte que ses reuoiutions fussent vn peu distinctes I vne de l'autre, et prinsent fin auec la première : à fin que Ids muscles qui auoient esté pour la première bande aucunement t jrts et cfiàn^ek dé situation nâturôlle y fus- «ciil remis. La iambë ainsi bandée sera posée en telle situation que nous auons dit.

» Puis luy seront appliquez en longueur quelques oslelles ou férules, nomnlees des Grecs spleniu^ larges de deux ou trois doigts, et longues tant qu'il en sera besoin : à fin qu'elles aident à tenir les os en leur situation naturelle : et couuient mettre lesdittes astellcs loin l'Vne de l'autl-e de deux doigts bil enuirbn : tliésmes les cambrer vn ppu tlbui* fnielit se coucher ëur la rondeur du mL-mbi'e : et les faire ftioins lai-gcfe par les boUl6, à fin qu'elles compriment mieux la partie. Lesdittes astellcs seront comprimées et liées auec petits rubents de fil, etc. *>

On voit d'ailleurs qu'il y a ici quelques dlITÉrcncês, si légères qu'elles soient, concppnant la longueur, la largeur et l'inlervallD des attelles.

' Cette première phrase manque dans l'édilion de 1604.

y furent apposés deux fenons, ou torches de paille, dans lesquelles on meit vn petit baston à chacune pour tenir la paille ferme et roide, et enueloppées d'vn deray linceul, puis apposées aux (îostés de la iambe : et cottiprenolent en longueur depuis le talon Iusques près de l'aine, et furent après Ii6es en qlicllre endroits : et p;ir ce moyen la iàmbe ne peut estre peruertie ny tournée d'vn coslé ou d'autre'. Ët après fut située en figure droite et non tiourbée, et esleuéeen médiocre hauteur, mollement, et voiemént,àfind'etilter douleur, fluiion, itiflammation, et autres accidens. '

Or il faut îcy noter , que si on fait faute à bien situer la iambe , on rendra le malade boiteux : pour autant que si elle demeure trop haute, la fracture demeurera concaue en sa partie antérieure : ati contraire, si elle demeure trop basse , elle sera conliGie et gibeuse en sa partie antérieure'-*.

D'auantage tu obserueras, que si on faut à bien remplir et viiir le lieu

■ Cette description des fanons est un peu différente de celle de l'édition de 1564; mais comme j'ai donné le texte primitif ci-dessus dans la grande note de la page 288 , il est inulile d'y revenir.

2 Ce paragraphe et le suivant manquent en cet endroit dans l'édition de J5G4; mais on en retroiive les éléments dans deux passages quejc reproduirai à cause de leur rédaction différente. Ainsi on lit d'abord à la fin du chapitre 12, folio 53 :

scmblablemenl que les lorches de puille coniprimenl depuis la hanche iusques à l'ex- Iremiié du pied, et que d'icelles aitecques çoiripresses les coslez de la fracture isoienl vn peu comprimez. Pareillemenl se mcUronl quelques compresses soubz le iarrel el près du talon pour remplir ces parties caues, et fin (pie toutes les parties de la iambe soient supportées vni-

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caue qui est entre le pommeau de la iambe et les cheuilles du pied , le talon souffrira beaucoup à cause qu'il demeure longuement pressé qui fait une extrême douleur (ce que ie sçay pour l'auoir senti en moy-mesme) à cause que les esprits n'y peuuent deuëment reluire , et souuent il s'y fait une chaleur estrange. Parquoy sçachant la cause de telle douleur , souuentesfois me faisois vn peu leuer le talon , à fin de donner air, et que les esprits peussent reluire, et quelque vapeur transpirer.

Et pour le déclarer en vn mot , ma iambe fut posée sur un coussinet, bandée et liée auec torches de paille , comme tu vois par ceste figure 2.

tnenl et en equaliié. Et de tout ce ne faut rien oublier.

Et au commencement du chapitre 15, folio 65, verso :

// faut icy noter que si le talon en telles fractures n'est bien situé, le patient sera à iamais boiteux : car s'il est situé trop haut la fracture demeurera concaue plus qu'elle ne doit : au contraire s'il est tenu plus bas qu'il ne faut el mal porté ou appuyé, les os demeureront connexes et gibbeux en la partie antérieure. Pource est-il expedieiit y mettre le meilleur ordre qu'on pourra.

' A. Paré ajoute dans une note marginale : // faict tousiours remplir les cauilés des parties fracturées pour les rendre esgales.

2 Cette figure se rencontre déjà dans les éditions de 1645 et 1552. A. Paré n'a pas jugé nécessaire de la changer; et c'est un tort sans doute, puisqu'elle donne un démenti formel à la doctrine émise dans le texte qui précède. On voit en effet que sa playe fut recouverte par les trois bandes; tandis que dans l'édition de 1645 , exactement copiée par celle de 1552 , il recommandait de lais ser la plaie à découvert à l'aide d'une ouverture spéciale. Voici le texte primitif:

Et si la fracture est à la iambe , à l'vn ou aux deux focilcs, est nécessaire tenir la iambe droite auec torches de paille , au milieu des-

Figure d'vne ianïbe rompue auec playe.

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