‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 175 sur 482 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

DE LA ROTVLE DV GENOiïIL,

La rotule du genoiiil souuent est contuse, et moins souuent se rompt :

toutesfois elle se sépare en deux ou trois pièces , queiquesfois en long , queiquesfois en trauers ; et quelquesfois est seulement fendue , voire d^ toute son espaisseur , et queiquesfois brisée en petites pièces Et telles choses aduiennent sans playe , ou auec playe.

Les signes sont manifestes , pour l'impotence de la iambe , et aussi qu'en la maniant on trouue cauité et séparation des pièces rompues : et les maniant et faisant toucher l'vne

' Cette fracture n'est mentionnée ni par Hippocrate ni par Galien ; Taul d'Egine est le premier qui en parie d'après Soranus. raul n'avait distingué que la fracture en travers et en i)etites pièces ; la fracture en long a été signalée, yar Guillaume de Salicet.

contre l'autre , on sent vn brnit faisant crépitation ou craquement.

On les réduit en estendanl la iambe, et approchant les pièces les vues contre les autres , et appliquant propres remèdes , et vne grosse compresse sous le iarret, pour remplir lacauité, à fin que le malade ne puisse plier la iambe pendant que le callus se fera :

car la pliant, on feroit de rechef séparer les pièces qu'on auroit réduites ensemble. Aussi seront pareillement faites les ligatures et apposées les torches de paille, comme nous auons dit à la fracture de l'os femoris. Et faut situer et tenir la iambe comme si elle estoit rompue, iusques à ce que le callus soit fait et endurci.

Pour le prognostic, ie dis, que iamais le n'ay veu que ceux qui ont eu ceste partie rompue , ne soyent demeurés claudicans : parce que la conionction faite par le callus empesche le genoiiil se pouuoir fleschir , et les malades trauaillent beaucoup en montant : mais en cheminant en lieu applani , ceste peine ne se manifeste point 1.

Ceste fracture demande vne longue demeure dans le lit , pour le moins quarante iours ou plus.

LE ÏIlEieil^ME LIVRE,

fracture de l'os de la gréue est plus dangereuse, difficile, et tardiue à guérir, que celle du petit os' : parce qu'il est plus gros, et aussi soustient tout le corps : et le petit n'est que pour appuy et souslien des muscles qui son t à la iambe pour mou uoir le pied .

L'os de la gréue seulement rompu se trouue au dedans de la iambe, parce que le petit estant entier, ne le laisse ietter en dehors : et aussi le petit seulement rompu se trouue en dehors , parce que l'os de la gréue estant entier, ne le laisse ietter en dedans : mais aussi l'vn et l'autre estans rompus , se peuuent aussi bien tourner en deuant qu'en derrière , et en derrière qu'en deuant. Aussi quand il n'y en a qu'vn rompu , la fracture est beaucoup plus aisée à guérir, que lors qu'ils le sont tous deux : pource que (comme nous auons dit en la fracture du petit bras) celuy qui demeure entier sert à son compagnon , voire plus que les aslelles^.

Or pour tousiours mieux instruire le ieune Chirurgien , ie veux reciter vne histoire, laquelle me fust bien chère.

Le malheur me vint en la présence

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