CHAPITRE XV
DE LA CVRE PARTICVLIERE, ET PREMIERE- MENT DES PLAYES DV CVIR MVSCV- LEVX.
Et pour la cure particulière , nous commencerons à vne playe simple , laquelle pour sa cure n'a qu'vn seul et simple scope, qui est vnion : car si elle ne pénètre iusques au Crâne, elle est pensée et curée comme celles des autres parties de nostre corps : mais si elle est composée , autant qu'il y aura de complications, autant faudrail qu'il y ait d'indications. Etenicelles faut garder l'ordre, l'vrgent et la causer
Donc si la playe est simple et superficielle , faut premièrement raser le poil d'entour elle , et appliquer vn médicament fait cum albumine oui, et bolo arnienico , et aloe : et le lendemain appliquer vne emplastre de lanua ou Gratia Dei , et la continuer iusques à la parfaite vnion de la playe. Mais si la playe est profonde iusques au Pericrane , on ne peut faillir au second appareil , à mettre dans icelle vn digestif, fait cum terebinthina Veneta, vitellis ouorum, oleo rosaceo^ et tantillo croci : et en sera continué iusques à ce que la playe iettera sanie : et alors sera adiousté audit digestif mel rosatum , et farina hordei. Puis après seront appliqués autres
» Gai. 4, de la Méthode.-' A. P.
PARTicvLrER. 3g
medicamens , ausquels n'entrera aucune huile, ny autre chose onctueuse, comme cesluy :
Médicament epulotique, ou cicatrizatif,
'îf. Tereb. Venetae, g . ij.
Syrupi rostili g . j.
P»l. aloës, myrrhae et mastich. ana § . ft . Incorporentursimul, et fiât vnguentum.
Duquel faudra vser iusques à la procréation de la chair.
Puis pour faire cicatrice, sera appliquée la pouldre qui s'ensuit.
'if. Aluminis combusti,
Coilicis granalorum combustorum, ana 3. j.
Misceantiir simul, et fiât puluis.
Et si la playe estoit si grande qu'il faille faire aucun point d'aiguille, seront faits en tel nombre qu'il sera besoin. Comme ie fis à vn soldat , qui estoit dans le chasteau de Hedin, vn peu deuaut le siège dernier : qui bechoit en terre auec plusieurs autres , pour la porter sur les rempars , sur aucuns desquels tomba vne grande quantité de ladite terre , qui en estouffa la plus grande partie : ledit soldat fut tiré de dessous, et eut tout le cuir musculeux incisé , et déprimé iusques au Pericrane, commençant sa playe deux doigts au dessus du sommet de la teste, et estoit renuersé sur le visage : ce qui faisoit grande horreur à regarder. Et l'ayant veu, fis appel- 1er Charles Lambert, Chirurgien de défunt monsieur le Mareschal Duc de Boiiillon, pour m'aider à le penser :
dont l'ordre fut tel.
le lauay sa playe de vin vn peu tiède, tant pour oster le sang coagulé, que la terre qui y estoit : puis fu t icelle bien essuyée auec linge mollet et délié. Et luy appliquay sur toute sadite playe térébenthine de Venise mes-
4^ LE IIVITIÉ
léo auec vn peu d'eau de vie , en laquelle auoil es(é dissoullsang de dragon, aloës el pôuldre de masUc : cl après !uy reuuersay etremislertil cuir en son lieu naturel, et luy ils plusieurs points d'aiguille peu serrés, poureuiter aus-menlation4le douleur et inflammation, qui se lait principalement au temps que la sanie se lait , pour tenir iointes les parties qui estoient distantes et séparées, et garder l'alleralion de l'air, lequel nuist grandement à telles playes , comme nous auons d t. Aussi luy furent mises des tenles assez longues et plattes aux parties inférieures de la pl;iye , tant tl'vn coslé que d'autre pour donner issue à la sanie. Et par dessus toute la teste luy fut appliqué vn cataplasme tel que s'ensuit :
%. Farinœ hordei, et fabar. ana 3 . vj.
Olei l'osa. 5 . Hj.
Aceti quant, sufl".
Fiat cataplasma ad formam pultis.
Lequel a vertu desiccatiue, refrigeratiue et repercussiue : aussi de seder la douleur, estancher le flux de sang et euiter l'inflammation. Et luy estoit renouu elle souu en t, de peur qu'estant desseiché les farines ne vinssent à clorre les pores se rend ans trop emplaslriques , et par conséquent ne permissent qu'il ne se fisl aucune exhalation et resolution des vapeurs contenues en la partie. Et audit soldat ne luy fut fait saignée , à raison qu"il auoil eu grand flux de sang , principalement par certaines artères qui sont aux temples ; et estant bien aduerli que l'ennemy nous venoit tost assiéger , luy conseillay de se retii er à Abbeuille, à fln qu'il fustmieux traité , ce qu'il fisl. El depuis vous puis bien asseurer l'auoir veu audit Abbeuille, du tout guari , lorsque
AIE LIVRE
relournay de prison d'entre les mains des ennemis'.
• Nous avons vu déjà au chapitre vu la suture employée par Paré dans les cas où il y a même une portion d'os comprise dans le lambeau; et l'on a pu comparer (p. 19, n. 1) les diverses manières d'agir de Bérenger et de l'allope. Quand il n'y a qu'un lambeau de parties molles, la plupart des chirurgiens de cette époque faisaient la suture, cependant quelquefois avec des restrictions. Voici ce qu'en disait Pierre d'Argelala au xiv siècle.
Après avoir cité , en faveur de la suture , l'autorité d'Avicenne, Guillaume de Salicet, Lanfranc , Henri et Guy de Chauliac , il ajoute :
« Et pour moi, je le conûrme avec l'expérience , j'ai souvent fait la suture à la tète, ' comme mes compagnons ont vu , et elle m'a bien réussi. Silence donc à ceux de mes compagnons qui reprennent les autres, et qui disent qu'il ne faut pas faire de suture à la tète. Je m'étonne que des anciens comme il y en a parmi eux, et qui ont pratiqué toute leur vie, ne sachent pas qu'il faut appliquer la suture dans les plaies de tête. Je devrais peut-être me taire sur leur ignorance, et les y laisser ; mais je ne veux pas en agir ainsi pour mes compagnons. Je dis donc' qu'une plaie de tête est sur le côté ou non ; si elle est de côté, et s'il y a un lambeau qui pend , elle doit être recousue. J'ai vu souvent des lambeaux pendre sur le côté avec une portion d'os ; j'enlevais ce fragment oîseux, je rejoignais les parties par la suture, et la plaie s'incarnait en peu de jours. J'ai fait souvent la suture à l'hôpital, et elle m'a toujours bien réussi. J'ai vu aussi en ville sur UD blessé presque toute la peau ou au moins une grande partie de la peau de la tète détachée des os; je l'ai replacé comme il se devait , je l'ai cousue , et elle a repris.»
Il n'appliquait toutefois la suture que pour les lambeaux des parties antérieures ou latérales ; i)Our ceux du sommet ou de l'occiput, il craignait que la suture n'empèchàt l'écoulement du i)us et n'amenât la corruption de l'os. 11 la rejetait aussi dans 1> s plaies par une pointe d'èpée ou de flèche. Lib. m , iracu I, cap. 1.
DKS PLAYKS EJV
Mais si la playo esloil laite par morsure (le bcstc, il la raiulroillraitcrpar autre manière. Ce que ie le veux bien en cest endroit aussi demonstrer par riiistoire qui s'ensuit.
Vn iour estant les Lyons du défunt lloy Henry en ceste ville aux Tourneiles , comme plusieurs les alloient voir, il aduint qu'un d'iceux se destadvd et ietta sa griffe sur vne fille aagée de douze ans ou enuirou, et l'atterra : ce fait, engoula sa teste, et auec les dents luy fist plusieurs playes, sans toutesfois luy faire aucune fracture aux os. Et est vraysemblable qu'il l'eust deuorée, n'eustesté que le maislre desdits Lyons luy osta d'entre ses griffes et gueule. Et se trouua à l'endroit vn nommé Rolland Claret, maistre Barbier Cliirurgien à Paris , pour penser et medicamenter ladite fille. Et quelquesiours après fus mandé pour la visiter , laquelle trouuay febricitante , auec grande tumeur et inflammation de toute la teste , ensemble d'vne espaule et du Iborax , principalement aux endroits où les dents et griffes dudit Lyon auoient entré : et estoient les léures desdiles playes liuides, et d'icelles sortoit malii.'re séreuse, virulente , acre et fort fœtide , et quasi intolérable à sentir , ainsi que d'vne charongne , de couleur noire et verdoyante : et disoit ladite fiUesentir grandesdouleurs pongitiues et mordantes. Et promptement, voyant tels accidens , me vint en mémoire que les anciens auoient laissé par escrit que toutes picqiieures et morsures de bi-ste (voire fussent-elles failesd'hommes) estoient vénéneuses, les vues plus, les autres moins : et parlant ic conclu qu'il falloit auoir esgard à l'impression du venin délaissé, tant par les dents que par les griffes dudit Lyon , et qu il
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conuenoit appliquer choses qui eussent faculté et puissance d'obtundre tous venins : et partant on luy fit plusieurs scarifications autour de ses playes, et y fut appliqué des sangsues pour tirer le venin dehors et descharger les parties enflammées : et subit luy fut fait ablution d'egyptiac , melliridat et theriaque , auec vn petit d'eau de vie , ainsi qu'il s'en suit , à sçauoir :
"if. Milhridal. § . j.
Thei iacte vêler. 3 . ij.
/Egypt. 3. G.
Dissoluantiir omnia ciim aqua vitic et cardui beiicdicli.
Et luy en furent lauées et fomentées toutes ses playes. Et aux medicamens qu'on appliquoit tant dedans ses playes que dehors, estoitmis desdits theriaque et melhridat: pareillement luy en fut donné par l'espace de quelques iours à boire auec conserue de roses et buglose , dissoult dans eau de petite ozeille et chardon benist pour la corroboration du cœur, à fin qu'il ne fust infecté des vapeurs malignes. Pareillement luy fut appliqué sur la région du cœur tel epilheme :
%. AquiE rosarum et nenupharls ana § . iv. Aceli scillitici § j.
Corallorum el santalorum alborum et rubrorum, rosarum rubrarum, pul. spodij.
ana 3.].
Milhridalij, Iheriaca; ana 3 . ij.
Florurn cordialium pulverisalorum p.ij.
crocit 3. j.
Dissolue omnia simul : fiat epilliema, quod supcrponalurcordi, cum panno cocclneo aut spongia.
Et esloit cedit remède renouuellé souuent ; el vous puis asseurer que dés la première fois que nous eusmes fait tels remèdes, lu douleur et in-
4^ LE nVJTIÏÏ
flammalion, auecques aiitres mauuais accîdens, commencèrent à diminuer, et depuis fut guarie: reste que plus de deux ans après, au lieu qu'elle souloit éstre grasse et en bon point, demeura fort maigre et exténuée de tous ses membres, mais à présent se porte bien.
Ori'ay bien voulu reciter telle histoire au ieune Chirurgien , à fin qu'il tienne en mémoire que les playes faites par picqueures et morseures de bestes, demandent autre cure que les autres faites par autres causes.
Or maintenant il nous faut retourner aux autres dispositions, comme si c'est vn coup orbe qui ait causé contusion sans playe : alors ayant rasé tout le poil ( ce qu'il faut tousiours faire , à fin de connoistre mieux le mal , et que les remèdes puissent pareillement mieux profiler), pour le premier appareil on doit vser de repercussifs , comme d'oxyrhodinum , ou tel qui s'ensuit :
if. Olei rosati § . iij.
Albumina ouorum numéro ij.
Pulueris nucis cupressi, balaust. aluminis rochœ, rosarum rubrarum ana § . j.
Incorporentur simul, flat medicamentum ad vsum dictum.
Ou au lieu d'iceluy , on peut appliquer le cataplasme fait de farine d'orge, deféties et de vinaigre et huile rosat, cy dessus escrit, ou autres semblables : lesquels remèdes se doiuent renouueller gouuent. Et après que la Iluxion et douleurs sont appaisées , faut appliquer des resolutifâ , à fin de résoudre les humeurs deflués à la partie. Exemple :
2£. Emplastri de mucilaginibus § • 'j- Emplaslri de melilolo et oxicroceL ana 5j-
Olci camoinillie et aneti ana 3 , .
K LIVRE
Malaxentur simul , et fiât emplastrum ad vsum dictum.
Duquel sera appliqué sur ladite partie.
Pareillement en tel cas, on peut vser de fomentation , comme de ceste-cy.
"if. Vini rubri ib. iv.
Lixiuij communis Ib. ij.
Nuces cupressi contusas, numéro x.
Pulueris myrlillorum § . j.
Rosarum rubrarum, absynlhij, roliorum saluiae, raaiorana;, stœchados, florum camomillx, meliloti ana m. (5.
Aluminis rochœ, radicis cyperi , calami aromatici ana 3 . C
BuUiant omnla simul, et fiât decoclio pro fotu.
Et d'icelle soit fomenté le lieu blessé auec esponges ou feutres. Icelle fomentation resoult et seiche le sang meurtri , comme ou peut connoistre par ses ingrediens : et la faut faire longuement ' , et après faut essuyer et seicher tres-bien la teste auec linges chauds , et appliquer dessus encores choses plus resoluliues , pour tousiours consumer et résoudre, comme le Cerat , escrit par de Vigo, appellé Cerotuni de mîmo, lequel a vertu d'amolir et résoudre , et est tel :
If. Olei camomillœ, liliorum ana 3 . x. Olei maslichis 5 . ij.
Pinguedinis veruecis ft. j.
Lithargyri aurei § . viij. Minij. 3.ij.
Vini boni cyalhum vnum.
BuUiant omnia simul , baculo agilando , in primis lenlo igne : et in fine ignis augmenlelur, donec acquirat colorera nigrum vcl tendenlem ad nigredineni, addendo in fine cocturae :
» Galien au G. de la Méthode dit que la fomenlalion longuement faite resoult plus qu'elle n'attire.— A. P.
DFS PLAYES F,
Terebinthinœ lli. fi .
Mastichis 5 . ij- Guinini demi 5 . j.
Ceia; quantum sufficit,
Kl bulliant rursus vna ebuUUione , et fiât cmplastrum molle.
Et si par tels moyens on ne peut résoudre, et qu'on voity aiioir mollesse et inondation , alors faut ouurir la tumeur le plustost qu'il sera possible.
Car quand la chair est enflammée et pourrie, elle altère l'os et le rend purulent, tant pour l'inflammation que pour l'acrimonie de la sanie qui tombe dessus: parquoy faut promptement faire appertion , et mondifier la playe par tel mondiflcatif.
"X. Syrupi rosati, et absinthij ana 5 . j. Terebinthinœ 5 . j.
Pulueris ireos, aloës mastichis, rayrrhee, farinœ hordei, ana o . û .
Ou egyptiac meslé auec apostolorum , parties égales , ou pur , s'il est besoin, pour mondifier vne grande pourriture : et après la mundification, faut vser de remèdes incarnatifs, puis cicatrisa tifs.
La chair aisément se régénère en tous les endroits de la teste, fors en la partie'dufront, qui est vn'peu au dessus du milieu des sourcils : car en ce lieu là à peine y peut-elle croistre , de sorte que toute la v,ie du malade , l'vlcere y demeure : parce qu'en tel endroit il y a vne interne cauité en l'os pleine d'air, qui se rend aux os cribleux du nez , lequel air empesche la consolidation de ladite vlcere : et en outre , l'os y est si espais et dense , qu'il n'en peut suinter assez d'aliment pour la régénération de la chair. Adiousté que du nez et des yeux est enuoyée en l'vlcere grande quantité d'excremcn.s, qui empeschent que l'vlcere ne soit menée à cicatrice , dont adulent
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que lors qu'on fait serrer le nez et la bouche du malade, et s'efforce à souiFfler, l'air sort du trou de l'vlcere en si grande quantité, qu'il peut esteindre vne bien grosse chandelle. Ce que ie proteste auoir veu en vn quidam que i'auois trépané parce que l'os Coronal en cest endroit auoit esté rompu et enfoncé vn peu au dessus desdites cauités