CVRE DES ACCIDENS QVI ADVIENNENT AV CRANE
Or après auoir parlé des remèdes propres au cuir musculeux , selon la diuersité des dispositions d'iceluy :
maintenant faut déclarer ceux du Crâne et de la Dure-niere.
Doncques si l'os est fracturé et qu'il soit besoin de le trépaner, ou l'esleuer ou ruginer : après auoir fait section audit cuir musculeux, faut déprimer le Pericrane de contre le Crâne, ainsi qu'auons dit. Ce qui ne se peut faire sans grande douleur , pour la sensibilité d'iceluy et la connexion qu'il a aux membranes du cerueau par les sutures : et partant faut bien auoir esgard à mitiger la douleur, pour euiter l'inflammation et autres accidens.
Doncques après qu'on aura fait le premier appareil et esleué les angles de la playe : au second sera mis vn digestif fait de iaune d'oeuf et huile rosat , auec vn peu de térébenthine :
et sur l'os qu'on voudra garder sain , ne faut nullement toucher des choses humides , ensuiuant Galien qui dit
' Ce paragraphe si neuf et si intéressant était comme perdu à la fin du chapitre xii. Voyez page 32 , note 1.
qu'on ne doil nullement vsor au\ os desnués , de choses onctueuses , mais ail contraire de toutes choses qui desseichent toute liumidité superflue'.
Dont faut mettre sur ledit os charpy sec, ou poudres cephaliques (lesquelles descrirons cy après) et garder qu'il ne soit altéré , tant de l'air que des medicamens humides.
Pareillement, après qu'on aura trépané, faut auoir grande sollicitude à bien traiter la Dure-mere. Car quelquefois il sort grande quantité de sang de quelque vaisseau, qui pourroit estre attaché contre la seconde table : ce que i'ay veusouuent aduenir. Et toutesfoisne le faut subît estanchor, mais le laisser fluer selon la pleniîude , force et vertu du malade : car par tel moyen la tiéure et autres accidens .sont moins grands : ce qui est prouué par Hippocrates , qui dit qu'il est nécessaire laisser fluer le sang aux playes l'ecentes, excepté au ventre : car par tel moyen elles seront moins molestées de douleur, inflammation el d'autres accidens. Et les vieilles (dit-il) on les doit faire souuent saigner, à raison que par tel moyen on descharge la partie des humeurs contenues en icelle 2, Or donc après en auoir laissé fluer assez , sera arresté auecques ce remède escrit de Galien :
"}{.. Pul. aloës 3. ij.
Thur. mast. ana 3. fi • Albumina ouorum, numéro ij.
Agitentur simul cum pilis leporis minuliin incisis, liât jnedicamenlum
Et après que le flux sera estanché, pour seder la douleur , sera appliqué dessus ladite Dure-mere sang de pi-
» Galien, C. liu. de /a Meihode. — A.. P.
2 Hipp.au liu, de* vlceres, et Gai. au liu, 4 de la Méthode. — A. P.
3 Galien au 6. de la Méthode. — A. P.
'E Ï.IVRH ,
geon recenlemeut tiré de dessous l'aile : puis de ceste poudre qui s'ensuit :
"if. Aloës, Ihuris, myrrhœ, sanguinis draco-
nis ana 3. j.
Misée, fiai pululs sublilis.
Et l'on pourra aussi faire vne embrocation d'oxyrhodinum , ou autre repercussif, comme le cataplasme fait de farines, de vinaigre et huile rosat, pour adoucir et appaiser la douleur et euiter inflammationiusques au quatrième iour : puis on pourra seurement vser du Cerat de Vigo, lequel me semble estr e fort propre pour les os du Crâne fracturé, pource qu'il attire la matière du profond à la superficie, resoult et deseiche modérément : et à cause de son odeur, resiouist l'esprit animal, robore lecerueau et les membranes Ce faisant appaise la douleur, comme on le pourra connoistre par les ingrediens qui entrent en sa composition , qui est telle :
'2f. Olei rosati omphacini, resinœ pini, gum-
mi elemi. ana § . ij.
Maslicli. § . j. Q>.
Pinguedinis arietis. § . ij. C Foliorum betonica;, matrisyluœ, anlhos
ana manip.j.
Ammoniaci g . fi .
Granorum tinctorum 5. x.
Liquéfiât pinguedo, el triUiranda triturenlur.el liquefacsimul ammoniapum cum acelo scillilico : deinde bulliant omnia simul inîb.ij.Vini boni, lenlo igne vsque ad consumplionem vini , deinde expriinantur: cum exprcssione addantur
Tcrebinlhina; Venelie g . iiij;
Cerœ albœ quantum sufiicil.
Fiai ccrolum molle.
Desquels remèdes sera vsé selon la nécessité : ce qui est enioint d'Hippocrales,eten laAlelUodede Galien, qui
DES PLAYES E
commandent tousiours indications contraires.
Pareillement faiidra frotter lontela nucque du col et Tespine du malade de ce Uniment, lequel a grande faculté d'adoucir les nerfs pour empescher le spasme : comme pourras connoistre aussi par les ingrediens qui s'ensuiueut :
Rutœ, inarrubij, roiismarini, ebulorum, saluiaj, Iwbîe paralysis, ana. m. (i,
Radicis iieos, cyperi, baccanim lauri , ana g.j.
Florum chama;nicli, mcliloti, hypericonis, ana m. j.
Pistentur et macerentur omnia in vino albo per noctem : deinde coquantur in vase duplici cum
Oleo lunibricorum , liliorum, et de terebintbina , axungi;B anseris et huma, ana 5. ij.
Vsqiie ad consumptionem vini : poslea colentur, et in colatura adde
Terebinlhina; Venetœ g . iij.
AquiE vitiE § . G .
Cerae quantum sulBcit.
Fiat linimentum secundum avtem.
Mais la douleur estant appaisée , faut désister do toutes choses onctueuses , de peur qu'elles ne rendent la playe sordide et maligne, et que les parties proches ne se pourrissent, et par conséquent la Dure-raere et l'os: pource que les parties ne seroient gardées par leurs semblables , ce qui se doit faire par remèdes desiccatifs.
Parquoy ne faut aux playes et fractures de la teste vser de remèdes oléagineux, humides et suppuratifs : si ce n'est pour miliger la douleur et suppurer en cas de nécessité : car (comme dit Galien) il faut laisser souuentesfois la propre cure pour subuenir aux accidens ' .
PARTrCVLTliR. 45
D'auantage , Hippocrates ne veut (ju'aux fractures du Crâne y soit fait fomentation de vin , ou bien peu > : et ce bien peu , interprète Vidus Vidius, si ce n'est quand on craint inflammation : pource que la fomentation de vin a faculté de reprimer, refroidir et seicher (supplé que ledit vin soit noir et rude). Et combien que ledit vin ait faculté et vertu desiccatiue , toulesfois actuellement humecte. Ce qui est grandement contraire aux playes delà teste, et principalement si l'os est decouuert : en sorte qu'il y auroit danger par la réfrigération du vin , qu'il feroit au cerueau , qu'il ne suruint spasme ou autre mauuais accident. Et partant ne faut vser de choses froides et humides, si ce n'est, comme auons dit , pour reprimer l'inOammation et appaiser la douleur causée par ladite iiiflammalion :
mais seront appliquées sur les os dénués poudres catagmatiquesetcephaliques , ainsi appellées des anciens Grecs, parce qu'elles sont propres aux fractures des os de la teste et autres : à cause que par leur siccité consomment l'humeur superflu , et en ce faisant aident à Nature à séparer lesdits os, et engendrer chair dessus.
Et sont lesdites poudres telles :
Thus, radix ireos Florentiaî, farina liordei , et erui , pulu. aloes liepatlcaî, sanguis draconis, mast. myrrha, radix aristolochiœ, gentian^e, erucœ.
Et généralement tous simples qui sont desiccatifs , abstersifs sans érosion. Lesquels seront appliqués après que la douleur, inliammation et aposteme seront passés: mais alors qu'on voudra mondiûer les membranes et faire séparer et incarner et couurir les
' Gai. au ^. de la Méthode. — A. P.
' Hipp. de vid. cap. — A. P.
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OS , en convient vsev en les diuersifiant selon la lemperatun; et habitude du corps, et des accidons qui seront trouués ausdites fiactuies : ayant en considération que l'os porte plus forts remèdes , et veut aussi plus estre deseiché que le Pericrane et Dure-mere, d'autant qu'il est plus sec et non sensible. Et pourceste raison, lors qu'on appliquera lesdites poudres cephaliques aux membranes , seront meslées auec miel , ou syrop rosat , ou d'absynthe, ou leurs semblables , à fin de les rendre moins desiccatiues et acres.